Ma tête me fait horriblement mal...
Je me risque quand même à ouvrir les paupières. Elles sont légèrement collées... Le sang oui, il a séché. Mais combien de temps suis-je alors resté ainsi? Je n'entends rien... Merde le souffle m'a rendu sourd! Ah non j'entends les oiseaux, tout va bien...
*QUOI? LES OISEAUX?*
J'ouvre vivement les yeux, la lumière du jour m'aveugle. Inutile. Je les referme en les massant...
*quel con...*
Je vois enfin mais la situation est des plus étranges: Je suis entouré d'arbres à perte de vue, visiblement au beau milieu d'une clairière! Assis tant bien que mal sur l'herbe verte encore perlée de rosée, j'envisage un rapide coup d'œil.
*Mais où suis-j...*
BANG!!!
Un coup de feu plus qu'insupportable retentit. Avant de m'en rendre compte je suis à terre, un vieux réflexe. A une cinquantaine de mètres, un homme lève les bras en signe défensif. Une chose se jette sur lui, je n'ai pas le temps de la détailler mais ce n'est rien de connu, rien d'humain en tout cas. Une chance que personne ne m'ai vu.
*Mais... Cette chose le taille en pièce!*
Je réprime un haut le cœur et m'apprête à déguerpir sans demander mon reste. Mais des hurlements de berserk retentissent. Un autre humain s'acharne sur ce... ce truc.
*Mon Dieu... Ai-je sombré dans le neuvième cercle de l'enfer?*
Là c'en est trop, il vaut mieux fuir. Je rampe jusqu'à un bosquet et détale comme un dératé. (ce qui risquerait d'ailleurs de m'arriver si je tarde trop par ici)
Enfin des habitations. Elles sont en ruines mais c'est mieux que rien... Attends une seconde... Il y a peu de chance qu'elles soient vides.
D'ailleurs, il y a quelqu'un: Un homme d'une quarantaine d'année, un paysan visiblement, m'aperçoit. Surpris, il va pour me parler, mais ses yeux se révulsent, manifestement effrayé. Il esquisse un geste de fuite, puis, le regard fou, s'empare d'une lance à proximité et se jette à ma poursuite.
*Mais où j'ai atterrit, bon sang!*
Demi-tour. Mais il vaudrait mieux éviter les autres tarés...
*La forêt, vite!*
La mer végétale, bien que profonde et sombre, me semble un refuge bien plus approprié. Je m'y plonge la tête la première et évitant soigneusement branches et autres racines.
*Mais qu'est-ce qu'il me veut? Putain mais ils sont tous complètement à la masse!*
Les arbres me griffent, les feuilles mortes me ralentissent, les ténèbres m'enveloppent. Mais je cours, je cours jusqu'à ce que mon propre sang me consume, qu'il me cogne les tempes et me ronge comme de l'acide.
Je n'en peux plus...
Un énorme tronc tortueux se dresse droit devant. Il est creux, je pourrais m'y dissimuler...
A peine ai-je commencé à ralentir qu'une masse me heurte de plein fouet dans le dos m'aplatissant à terre. Le paysan, à bout de souffle, s'apprête à m'empaler. Dans un ultime effort, je trévire, l'évite, attrape sa lance planté à mon flanc, et le percute au crâne avec le bout du manche. Sonné, j'en profite pour lui retourner sa lance, et le transperce de part en part. Tout comme mon cœur, que je sens lui aussi transpercé pour la seconde fois.
Je décide de m'asseoir quelques temps, histoire de... Je ne sais pas, histoire de m'asseoir. J'en ai besoin.
Le fou furieux me fixe encore, du fond de sa mare de sang, aussi immobile qu'une statue de marbre insensible à la fiente la recouvrant. Je ne peux détourner mon regard du sien, rongé par la culpabilité de n'avoir su tenir ma propre promesse.
-Je suis en enfer c'est ça?
Mais la statue ne me répond pas. Ce qui est en soit rassurant, je ne pourrais supporter de le voir se relever pour me pourchasser à nouveau...
Un bruissement d'eau. Une source semble couler à proximité.
Exténué, je me traîne jusqu'au cours d'eau, poussé par une furieuse envie de me laver de tout ce sang qui me souille.
Sur la berge, je m'agenouille sur les galets qui m'écorchent. Mais qu'importe? En plongeant mes mains dans l'onde fraîche, j’aperçois un instant mon reflet avant qu'il se trouble. Calmement, j'attends de revenir à la surface des eaux.
*Oh mon Dieu... Je suis... Monstrueux.*
Effectivement, je suis couvert de sang et d'autres... morceaux... Je dois faire peur à voir! Enfin bon, de là à vouloir me tuer...
Vu l'étendue des dégâts je préfère m'y plonger. La douce pureté de l'eau cristalline est une véritable bénédiction. Le froid ravive mon corps épuisé ainsi que certaines blessures.
Le mouvement fugace d'un oiseau près de la rive me file une peur bleue.
Un rire nerveux m'échappe des lèvres.
*Et bien au moins le décor vaut le détour!*
-Et toi tu peux me dire où on est là?
L'oiseau semble me regarder, accusateur. Il faut que je me reprenne si je veux survivre. Ce n'est pas le moment de perdre les pédales. En riant intérieurement de mes réflexions je me demande ce qui m'empêche de penser que je sois devenu fou à lier.
Bien sûr, je suis mort, ça ne fais aucun doute. L'explosion, le choc. Tout ce sang... Et voilà que je me retrouve tout à coup perdu en ce lieu à subir la folie meurtrière des Hommes, telle qu'elle a toujours été, telle que j'en fais moi aussi partie. Mais ces terres, ces forêts sont enchanteresses. Ce ne peut être l'enfer... Non, bien sûr que non. Mais le purgatoire... Qui sait?
Peut-être aurait-il fallu trouver une manière d'éviter ce qui vient de se passer.
*Mais il m'a attaqué!*
Oui, mais tuer n'est pas digne de ma foi. Seulement...
A genou dans l'eau rêveuse, je L'implore, Lui et Sa miséricorde. Nous qui devons tout pardonner, ne peut-on bénéficier de Son pardon?
Le silence ambiant, me renvoyant à mon silence, est la seule réponse qui me parvienne.
Au cœur de cette forêt se trouve une simple bâtisse de pierres en ruine. Le crépuscule, ayant éclos des feuilles mortes pour s'étendre vers le ciel, me somme de trouver refuge rapidement. J'en profite pour recueillir hâtivement du bois sec ainsi que quelques millepertuis et fleurs de soucis pour mes blessures. Il ne vaudrait mieux pas que ça s'infecte ici...
Le toit n'a visiblement pas su tenir aux assauts répétés des éléments. Heureusement le bas de la cheminée est en bon état, personne n'en verra les flammes. Les vêtements trempés, je m'active d'allumer l'âtre. Un chaudron y repose encore, comme quoi je ne nage pas forcément à contre courant. Si seulement j'avais de quoi le remplir...
Contre toute attente, fermement accroché à la lance, cette nuit, et les suivantes, je dormis profondément. D'un sommeil sans rêves.
Les mois ont passé. L'hiver pour compagne, je n'ai rencontré personne. Du moins... J'ai toujours évité de croiser la route des autochtones. Mais j'en ai vu de nombreux, de loin. Des humains, des fantômes, des vampires, des morts vivants, toutes sortes de créatures hybrides... La thèse d'un enfer de glace se précise. Du moins... un purgatoire tout du moins. Ils forment visiblement trois clans distincts, une guerre commune. Comme quoi, rien ne change jamais, même ici-bas. Sauf qu'ici il faut se battre pour se nourrir... ou bien pour éviter de nourrir un autre...
J'ai bien fait, finalement, de rester à l'écart. Je chasse et cueille le nécessaire, me couvre de la fourrure de mes proies. Je fais même du savon avec leur graisse et de la cendre!
J'ignore depuis combien de temps je (sur)vis ici. J'ignore combien de temps je tiendrais encore. C'est un miracle (si je puis dire) de ne pas avoir finit dévoré par une de ces monstrueuses créatures.
Dieu me manque. Non pas qu'il fut vraiment très présent avant ma mort, mais je pouvais toujours avoir l'espoir d'un avenir meilleur. Là je me demande s'il y aura une fin un jour... La seule chose qui me permette de tenir le coup, c'est la possibilité de réussir à me purger de mes péchés. Ainsi je quitterai ces ténèbres pour la lumière éternelle.
Du moins... je crois.
La dame hivernale garde jalousement ses provisions. Je rentre encore une fois bredouille d'une chasse improbable, ma lance n'ayant pas goûté à l'ichor depuis bientôt une demi-lune. D'autant qu'il ne me reste que très peu de sanglier séché.
Je n'aime pas marcher dans la neige. C'est bruyant et ça laisse une piste bien redoutable...
Dans ma demeure, en déposant la lance et les maigres racines de mon repas du soir, le compte des provisions me semble bien maigre.
*J'espère ne pas avoir à me rapprocher du village pour y voler ma pitance. Je me demande s'ils sont vraiment tous aussi barges...*
Quelque chose ne va pas. Pas de crépitement, le feu doit être éteint.
Une voix écorchée me fit virevolter:
-Tu me semble bien soucieux, humain.
Une sorte de démon se tient face à moi. Se tenant sur une seule jambe, avec un unique œil au milieu d'une tête hideuse, il pointe un doigt inquisiteur au bout de son unique bras vers moi s'apprêtant à quelque maléfice.
Je me signe machinalement. Le monstre éclate d'un rire malfaisant.
-Parce que tu crois que ça te servira ici? Dit-il en faisant lui même le signe de croix pour bien m'en montrer l'insignifiance.
-Non! C'est impossible!
Tout espoir de rédemption s'évanoui brusquement. Le silence de Dieu me hurlant son absence.
Pour la troisième et dernière fois, mon cœur fut empalé d'un pique de glace.
Ivre de colère de ne pas voir le démon immédiatement foudroyé, je sens monter en moi un froid implacable des méandres de la foi qui me restait. Le corps brûlé par la désillusion, il me faut coûte que coûte détruire cette aberration.
La lance rangée derrière moi, hors de portée, je prends une pierre du mur écroulé et la lui jette au visage, le touchant en plein œil. Le géant recule, gémissant de douleur, et se cogne contre le chaudron. J'attrape la lance et le transperce en plein cœur.
D'une force incontrôlée, le monstre est maintenu sur place, se vidant de son sang dans le chaudron.
En même temps que sa vie, la lueur meurtrière de mes yeux disparait, emportant avec eux l'espoir ainsi que toute forme d'humanité. Mon corps devient spectre, mon âme esseulée m'abandonne... Ma chevelure virant au noir, ma peau au blanc: Un voile de ténèbres enveloppant une neige immaculée.
*...ag filleadh chuig tréigean, amhail an eirlys a bann...*
(...me rendant à l'oubli, tel un flocon qui sombre...)
Quelques années de solitude, de tourments et de songes oniriques.
La mémoire aussi subit les outrages du temps. Je ne me souvenais plus de moi, plus de mon passé. Des bribes de souvenirs m'assaillaient, ce n'était plus mes souvenirs, mais des souvenirs. La mythologie celtique me semblait particulièrement réelle. Une lance, un chaudron, mon grand père monstrueux. Un souvenir lui disait que l'on le nommait Llugh*.
Un bruissement de feuilles inhabituel me sortit de ma torpeur. Cinq jours durant j'ai regardé cet arbre croître avant de sentir un être vivant m'approcher. Non, deux humains. Ils étaient certainement venus chasser. Personnellement je ne chassais plus, ne me nourrissais même plus. Le temps comme suspendu. Les voilà qui approchaient. Je me camouflai parmi les arbres, les laissant approcher...
-...non mais arrête d'insister, elle est nulle ta blague. Si je ris pas, c'est pas parce que j'ai pas compris!
-Mais si voyons! Le pingouin, on s’attend à ce qu'il y fasse un truc! N'importe quoi, mais quelque chose! T'es vraiment trop coincé, merde.
-Vas chier.
-Demain c'est toi qui t'en occupe en tout cas, moi je veux pa...
-Pas quoi? Si tu finis pas tes phrases, c'est même pas la peine de continuer à me soûler. Dit-il en se retournant pour capter l'attention de son interlocuteur. Mais ce qu'il vit le terrifia: Une ombre enveloppée de peaux de bêtes le fixait sans expression aucune en trainant avec lui, tel un ours en peluche, son compagnon inerte, les yeux ensanglantés.
Je m'avançai très lentement, déterminé, vers l'intrus. L'épouvante que celui-ci ressentait s'imprégna en moi, chaque parcelle de mon corps spectral me réclamant plus d'horreur.
Après un instant d'hésitation, l'humain se repris, encocha une flèche et tira juste sans viser. Un instant je me dématérialisai, juste suffisamment pour laisser la pointe me traverser le cœur sans rien sentir, ce qui me fit lâcher le bras du premier homme qui s'effondra dans l'indifférence générale. Aussitôt, Je me précipitai vers l'assaillant, et lui décocha un coup de point d'une violence inouï dans le plexus. Ses côtes se brisèrent comme de la glace, lui perforant les poumons.
Le condamné me regardait approcher, les yeux écarquillés, sa frayeur n'ayant d'égal que le plaisir qui m'envahissait. Soudainement, l'importance de la peur m'apparu clairement. Je vis à quel point elle pouvait être nécessaire. Ainsi je me sentais presque... vivre.
Quelques jours durant, j'envisageai de retourner parmi les humains. Mais une chaleur inhabituelle provenant des alentours du manoir m'intrigua. Sur place, une vision Dantesque me remplit d'émerveillement. Le manoir en flamme abritait des créatures se battant sauvagement. Seulement, aucune peur ne s'en dégageait, juste une féroce rage commune.
Ils finirent par battre en retraite ensemble, ce qui semblait plutôt étrange, aussi je les suivis de loin. Mais à peine arrivée aux abords de la vallée, une immense lumière m'éblouis. Mais loin d'être divine, cette clarté leur apporta mort et désolation. Une douce frayeur générale me rempli les poumons. Mais cette extase se calma rapidement en m'apercevant que les bêtes à l'origine de ce carnage pouvaient s'en prendre aussi à moi. Je battis en retraite, et ne dû mon salut qu'à un fantôme à proximité qui attira un de ces monstres loin de moi.
Ma propre frayeur me chamboula. Je ne pouvais décemment pas rester au milieu des terres sans craindre pour ma survie.
Mais où me cacher? Les humains? Ils ne voudraient pas de moi. Les Démons? Sûrement pas! Le manoir, alors... Il doit être détruit, et personne ne s'y trouvera, c'est l'endroit idéal.
Je n'ai jamais eu affaire à ses habitants. Connaissent-ils mon existence? M'ont-ils simplement ignoré? Et quelle pourra être leur réaction?
*Níl sa saol ach gaoth agus toit...*
(La vie n'est que vents et fumée...)
Style de combat:Llugh possède une lance dont il ne sert que rarement puisqu’elle lui porte une folie meurtrière. Autrement, peu téméraire, il évite toujours le combat.
Comment avez-vous connu Hollow Dream?
En cherchant des News pour Psychovision, un site de critiques littéraires et cinématographiques du fantastique. (Ne vous en faite pas j'ai déjà fais la pub pour Hollow Dream!)
*Llugh se prononce "lou" (tout comme Lù)