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 /!\ Dans le couloir...

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Vincent
Chef des Ombres - Idole martyrisée
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MessageSujet: Re: /!\ Dans le couloir...   Jeu 14 Sep - 2:31

Se retenir suffisamment longtemps pour que le rêve ne tourne pas au fiasco avait tellement crispé Vincent que lorsqu'il sentit le jeune Indien se libérer sous ses doigts, il ne parvint pas à faire céder le barrage qui contenait son incommensurable jouissance. Un peu hagard, abruti de plaisir, il lui fallut quelques secondes pour se ressaisir et combler son retard. Et peut-être encore plus intensément que la première fois, il ressentit cet amour fusionnel qui l'unissait dans tous les sens du terme à Elhil, ce désir inconnu des mortels humains, cette joie inenvisageable par les Ombres ordinaires. Pendant un interminable instant, alors que son corps luisant de sueur se contractait contre celui de son cadet, Vincent se sentit vivant, plus qu'il ne l'avait jamais été avant sa plongée dans le coma. La jouissance le gagna à son tour, et plus rien n'eut d'importance.

Puis le Français laissa sa tête retomber sur l'oreiller, auréolant d'une tâche noire les lumineux flots formés par la chevelure d'Elhil. Il avait fermé les yeux pour mieux s'abandonner au divin apaisement qui s'emparait de lui, à ses sens endoloris par l'afflut d'informations, à la souffrance bénie qui baignait ses reins. Et plus que tout, avant que son esprit malsain et perpétuellement en deuil ne recommence à fonctionner, il voulait goûter pleinement à cette peau chaude lovée contre la sienne, à ce corps délicat qui l'avait accepté en lui. Vincent se croyait à mille lieues de cet effroyable endroit, très loin du manoir et de la chambre de l'aryen, il se voyait sur un cotonneux nuage au goût de paradis, sur lequel il pourrait rester éternellement ainsi, uni à son ange, son coeur s'accordant aux pulsations encore trop rapides qu'il décelait à travers sa paume. Elhil inclina la tête en arrière, et son aîné posa délicatement sa joue contre la sienne, dans l'espoir avoué d'emboîter à la perfection leurs silhouettes de fantômes.


"Je t'aime, Elhilarasan."

Il avait déjà beaucoup trop parlé, mais pouvait-il vraiment retenir ces quelques petits mots auxquels toute sa pensée se résumait? Déjà l'orgasme s'éloignait, l'apaisant nuage se délitait. Par cette innocente formule magique, Vincent comptait sans doute ralentir au maximum cette déliquescence qui les ramenait à la fausse réalité d'Hollow Dream. Encore un peu, un tout petit peu. Quelques minutes, quelques secondes sans penser, simplement pour se noyer dans l'odeur exaltante de la sueur de son jeune amant. Pour bénir les dramatiques circonstances qui avaient poussé une créature aussi magnifique dans ses bras drapés de noir. L'aveu qu'Elhil lui avait fait concernant ses origines lui revint en mémoire, et Vincent déposa un baiser au creux de la fine épaule. Si seulement il avait pu revenir sur terre avec l'ancien chanteur, comme il aurait pris plaisir à torturer de ses mains les envieux qui avaient pu convaincre le jeune Indien qu'il n'était qu'une abomination... Le Français était persuadé que sans ces larves, son bel amant aurait pu vivre heureux dans le monde réel. Il en était furieux, et en même temps, il n'en était que plus fier de l'aider à approcher le bonheur en cette ville de désespoir.

"Ce n'est pas grave, Vincent..."

L'ancien interne fronça fugitivement les sourcils au-dessus de ses yeux clos, mais on ne combattait pas si aisément une réminiscence de sa vie passée.

"Tu t'en sortiras mieux au prochain coup. J'en connais plein à qui c'est arrivé, la première fois."
La fille lui parle gentiment, mais il n'est pas certain que cela change quelque chose. Il est assis au bord du lit, ses hanches maigres d'adolescent prises dans un caleçon bon marché. Il fixe ses orteils avec une fascination notable. Sans doute pour oublier la teinte cramoisie qui a envahi son visage. Honte. Mort de honte.


Pour un peu, Vincent en aurait rit. Voilà quelque chose dont il ne se rappelait plus du tout - et pourtant, Dieu sait qu'il avait souvent vécu ce genre de scènes, bien trop souvent à son goût, avant de comprendre qu'il réfléchissait trop et qu'il lui suffisait de laisser parler son instinct. Le chef des Ombres caressa d'un air contemplatif les formes fines de son amant, non sans penser pour la énième fois qu'il avait véritablement été un minable de son vivant. Mary n'aurait pas été de cet avis, au contraire, mais lui n'en avait cure. Son ancienne sensibilité, sa timidité et sa naïveté défuntes ne lui apparaissaient plus que comme de risibles faiblesses. Le gentil Vincent Korbaz n'aurait jamais été digne de toucher un simple cheveu d'Elhil.

Mais le souvenir avait marqué la fin du rêve éthéré qui venait après le plaisir, et Vincent sentit que son nuage achevait de s'évanouir dans un ciel trop gris pour lui. Il embrassa la gorge ambrée contre laquelle il respirait, et il se résolut à se retirer du corps juvénile. Il poussa la maîtrise de sa passion jusqu'à quitter le délicat oreiller que formait la joue d'Elhil pour s'asseoir, lisser vivement les draps humides et tirer sur eux les couvertures immaculées du jeune Indien. Il les remonta le plus haut possible, avant de se glisser à nouveau tout contre son cadet, comme pour lui quémander encore un peu de chaleur. Intérieurement, le Français souriait: il avait eu raison, depuis le début il avait eu raison. N'étaient-ils pas tellement mieux, ainsi? Elhil oserait-il prétendre qu'il aurait préféré rester coupablement allongé sur le torse habillé de son aîné, au lieu de se reposer ainsi contre sa peau dénudée? Le sourire de Vincent se fit visible, et ses doigts passèrent sur le tendre ventre du jeune chanteur. Il avait vraiment bien fait de se montrer déraisonnable.

Tout en prolongeant ses innocentes (si, si) caresses, il repensa à cette énigmatique vie antérieure que l'Indien lui avait en partie dévoilée, et la demande de celui-ci lui revint en mémoire. Vincent hésita. Qu'avait-il à raconter? Que devait-il taire? Bon, qu'il était un piètre amant de son vivant, ça il éviterait de le claironner haut et fort. Mais à part ce genre de stupidités, avait-il véritablement quelque chose à cacher? Quelque chose d'aussi lourd à porter que le viol dont Elhil se savait issu? Non. Bien sûr que non. Si la mort du Français était pour le moins saugrenue, sa vie avait été d'une monotonie affligeante. Peut-être était-ce tout bêtement pour cela qu'il n'avait jamais tenu à en parler.


"Je m'appelais Vincent Korbaz."

Enoncer ce patronyme alors qu'il venait de faire l'amour à son cher ange lui fit un drôle d'effet, comme s'il évoquait une très vieille histoire qui tenait du conte de fée.

"Mes parents n'ont jamais été très riches: ma mère faisait des ménages, mon père travaillait sur des chantiers. Mais leur situation financière n'est devenue difficile qu'après l'accident."

Il s'interrompit à nouveau, surpris par les immenses lacunes qui avaient envahies sa mémoire pré-comateuse. C'était tout juste s'il se rappelait le visage de celle qui l'avait mis au monde, ce qui lui fut étrangement désagréable.

"Pendant que ma mère était enceinte de moi, mon père a fait une grave chute depuis la structure d'un immeuble en construction. C'était au début des années cinquante, et les médecins n'ont sans doute pas su le soigner correctement. Il a sombré dans le coma, et il ne s'est jamais réveillé jusqu'à sa mort, dix ou onze ans plus tard. Je suppose qu'une créature du coin a dû l'avoir. Je ne l'ai jamais vu ici."

L'idée que son père était peut-être quelque part dans cette vallée lui avait souvent effleuré l'esprit, mais il n'avait jamais éprouvé la moindre envie de le chercher. Vincent n'aimait pas du tout penser que son géniteur avait certainement échoué au même endroit que lui-même. Cette pensée véhiculait la terrifiante idée que le village avait peut-être voulu avoir le fils après le père, et même les nerfs d'acier du chef des Ombres ne pouvaient sereinement affronter une telle éventualité. Personne n'est disposé à comprendre qu'il a pu se faire manipuler du début à la fin.

"C'est de là que vient mon intérêt pour le coma. Comme je ne m'entendais pas avec les enfants de mon âge, j'ai pris l'habitude de travailler davantage. J'ai choisi la médecine, persuadé qu'ainsi, je comprendrais enfin ce qu'il se passait dans le cerveau d'un être en coma stade trois. C'était... très obsédant. J'ai méprisé tous les autres aspects de ma vie dans le simple but de savoir, de résoudre ce mystère. Je n'ai pas été déçu."

Il se laissa aller à un ricanement cynique, avant de se reprendre. Le chef des fantômes n'avait pas à remonter à la surface tant que Vincent resterait dans les draps d'Elhil. Il glissa un baiser derrière l'oreille de son cadet en guise d'excuse, avant de reprendre d'une voix plus douce:

"La suite, tu la connais certainement. J'ai essayé de plonger moi-même dans le coma, pour ensuite en revenir et décrire ce que j'avais ressenti lors de ce bref contact. Je n'ai jamais réussi à rentrer. Six mois plus tard, j'ai fini par comprendre qu'il ne servait à rien de continuer à m'épuiser dans une lutte aussi vaine que la survie. Et je suis devenu moi. Tu vois, cela n'a rien d'extraordinaire."

Oui, c'était aussi banal que prévu. Sauf qu'il n'avait pas expliqué pourquoi il avait renoncé, pourquoi il avait refusé de continuer à se battre pour revenir à la vie. Il n'avait pas parlé d'Emily. Mais ce n'était pas si grave, après tout. La montre qui continuait à chantonner son délicat tic-tac sur la table de nuit était marquée d'un E, mais ce n'était plus l'initiale de la jeune femme. Elle n'était qu'un souvenir à moitié effacé. A présent, il n'y avait plus qu'Elhil.

Sa propre vie n'évoquait pratiquement que pitié et dégoût à Vincent. Mis à part ce sentiment de prédestination qui avait le don de le hérisser. Tout de même, il valait mieux qu'un simple jouet au service d'Hollow Dream. Il lui fallait s'accrocher à cette idée, et repousser sans relâche la sinistre perspective qu'une telle machination impliquait: peut-être que même l'amour qu'il portait à Elhil... Ah non, pas ça. Tout mais pas ça. Pas son ange. Le Français attira un peu plus le jeune aryen à lui, en une attendrissante tentative de se l'approprier, de ne pas laisser la vallée le lui prendre comme tout le reste. C'était son amant, sa lumière, son espoir. Le noeud qui avait commencé à étouffer le coeur de Vincent se détendit un peu, et l'Ombre laissa échapper un soupir de soulagement. Assez pensé à ces choses néfastes - il était au lit avec Elhil, bon sang! Ses doigt glissèrent le long de la colonne vertébrale du bel Indien, tandis qu'il cherchait un autre sujet de conversation pour faire oublier celle-ci. Et soudain, l'inspiration lui vint dans un beau et volumineux paquet cadeau:


"Dis-moi mon ange, si je suis un simple fils d'ouvrier... il n'y a pas quelque chose dans ta religion qui fait que tu es d'une caste supérieure à la mienne? Que je ne peux pas te toucher sans mettre en péril tes réincarnations à venir?"

Perspective intéressante, qui flattait secrètement l'orgueil du défunt anesthésiste: il avait toujours adoré jouer les démons tentateurs.

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Elhil
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MessageSujet: Re: /!\ Dans le couloir...   Sam 14 Oct - 21:22

[Un mois de retard... Boude chui pas douée XD]

Il n'en aurait pas fallut plus pour qu'Elhil s'endorme. Pas un sommeil guidé par la main de l'ennui ou de la fatigue même; non, juste par pure et simple félicitée. Cela aurait sans doute été la seule –voire l'unique –fois où son repos n'aurait pas été troublé par des cauchemars et autres rêves désagréables qui le hantaient depuis trop longtemps. Rien ne lui aurait fait plus plaisir que de sentir la peau tiède de son amant contre la sienne, même au plus profond stade de son sommeil, et de pouvoir le contempler tout son saoul à son réveil.
Cette perspective était délicieusement alléchante. Même si elle apportait inévitablement sa dot de risques plus ou moins mortels et de "mais" aussi agaçants que des coups de marteau assenés sur un métal récalcitrant…Et même si Vincent lui avait peut-être pour lui des projets plus audacieux qu'une innocente sieste réparatrice.

Les yeux vert d'eau de l'Indien languissaient sous ses paupières, qui semblaient ployer sous un poids nouveau. Il somnolait, sur cette intangible limite où la réalité se mêlait confusément au rêve et aux fugitives réminiscences. Il sentait la caresse d'un souffle sur sa nuque, mais entendait aussi le lointain ronflement d'une pluie nocturne sur le toit de sa maison, et une voix masculine lui murmurer qu'il pouvait pleurer, s'il en avait envie.

Une voix plus audible se superposa au reposant marasme de ses pensées. Je t'aime…
Le blond esquissa un léger mouvement de tête pour frotter délicatement sa joue contre celle de son amant, le tout accompagné d'un sourire qui laissait clairement apercevoir cet indicible plaisir mêlé d'orgueil qu'il avait à être le destinataire unique de ces mots sacrés.
Et il était assez curieux d'entendre son prénom complet être prononcé par une autre personne que soi-même. Même vers la fin de sa vie, on ne l'appelait qu'Elhil. Et les fantômes du manoir ne s'embarrassaient pas de prénoms plus pesants qu'eux-mêmes…
Un baiser vint flatter la peau de son épaule, accompagné de caresses éparses sur les lignes nues de son corps. Le blond se laissait paresseusement dorloter par son amant, frémissant de délice sous le parcours sinueux des doigts de pianiste le long de son abdomen. Pour l'instant, il ne voulait pas briser ce calme cotonneux où seuls résonnaient le tempo de son cœur encore emballé et son souffle profond. Ah, s'ils pouvaient rester indéfiniment ainsi!…
Elhil sourit à nouveau, presque ironiquement. Il était sûr d'avoir formulé ce souhait sous l'Arbre, une semaine plus tôt. Ne jamais quitter Vincent…Cette semaine avait été la preuve acerbe qu'il ne devait pas se faire trop d'illusions concernant sa relation avec le chef des Ombres. Une claque ahurissante pour son indéfectible part humainement optimiste, en fait; et avouer que le Corbeau avait quelque part raison lui était insupportable. Pas maintenant, pas alors qu'il était lové contre son amant, qu'il pouvait le sentir contre et en lui...
Sa main se crispa sensiblement sur la douce texture de ses draps froissés, alors que Vincent prenait déjà l'initiative de se retirer pour ramener sur eux une couverture immaculée, le tout sans un mot.

La jeune Ombre remua légèrement ses épaules pour mieux accoler son dos au torse du Français. L'œuvre de chair avait semblerait-il le don de le rendre particulièrement paresseux; il n'avait ni l'envie ni la motivation nécessaires pour prendre la plus quelconque des initiatives. Après tout, il était on ne peut mieux, ainsi…


"Je m'appelais Vincent Korbaz."

Sous le coup de la surprise, Elhil tressaillit et ses yeux s'ouvrirent en grand, toute apathie l'ayant définitivement quitté au profit d'une perplexité nourrie d'intérêt naissant. Vincent… quoi?
Le jeune Indien se retourna lentement pour faire face à son bien-aimé, affichant sans retenue sa curiosité.

"K-Korbaz…?"

Le blond esquissa une moue furtive, peu fier que son sempiternel accent ait savamment écorché le patronyme du Français. Vincent Korbaz…c'était assez curieux à étendre, surtout quand on était habitué à son seul prénom.
Elhil éleva une main avec lenteur, pour que sa paume épouse les contours du visage marmoréen de son amant, et esquissa un sourire si léger qu'il en devenait indéchiffrable.
L'ancien interne poursuivit sur sa lancée, lui narrant dans ses grandes lignes sa vie d'humain, la condition de ses parents, son intérêt quasi vindicatif pour le coma qui lui avait arraché son père...
L'espace d'un instant, l'Indien tenta d'imaginer un homme ressemblant à son bien-aimé errer dans les mornes paysages d'Hollow Dream, accroché fermement à son humanité pendant une décennie entière. Avait-il tenu tout ce temps pour son épouse, et pour cet enfant qu'il aurait dû voir naître et élever? Une Ombre ne pouvait être que gênée, voire irritée face à cette seule idée d'espoir inaltérable. Mais là, c'était sensiblement différent… et Elhil était incapable d'expliquer pourquoi cette particule du passé de Vincent le marquait aussi significativement, pourquoi cela le mettait mal à l'aise.

Le ricanement de Vincent creusa furtivement cette impression de trouble, et un frisson se fraya un chemin le long de sa colonne vertébrale. Il croisa le regard anthracite du Français, presque désorienté, et se laissa bien docilement aller à la cajolerie de son amant, le prenant plus comme un réconfort que comme l'excuse qu'il lui offrait muettement. Un réconfort qui fut grandement épaulé par le doux timbre de sa voix, lorsqu'il reprit la parole.
Oui, comme tous les captifs d'Hollow Dream, il connaissait la dernière partie de sa "légende". Vincent, qui avait répondu aux questions que tous se posaient, qui avait établi une raison à cette sinistre mascarade, une ébauche tangible de logique à ce rêve éternel. Celui qui était connu de tous les camps confondus. Lui, le chef des Ombres depuis trente longues années…

Elhil ferma les yeux un bref instant, son front se collant contre la clavicule de son aîné. Certains mots tournaient encore dans sa tête, comme une valse entêtante. A présent, il pouvait se targuer de connaître Vincent mieux que la moyenne des Ombres ou de tous les résidents de la vallée…Ce constat le fit sourire d'un orgueil nouveau et particulièrement malicieux. Ce sentiment de fierté côtoyait et affrontait régulièrement une autre part de lui, qui estimait sévèrement qu'il n'était pas digne d'une telle attention.
L'ancien chanteur sentit l'étreinte de Vincent se raffermir, et ses doutes moroses furent balayés par une impitoyable vague de tendresse. Il éleva légèrement la tête pour déposer ses lèvres sur celles du Français avec la délicatesse d'un papillon, sans chercher encore à le rendre plus lascif.
Lorsqu'il l'interrompit, il fut assez surpris de voir le chef des Ombres amorcer une reprise de parole. Une surprise qui prit une ampleur insoupçonnée quand Elhil assimila, incrédule, les propos de son amant.
Il resta un bref instant immobile et silencieux, figé dans une stupéfaction qui ne trahissait aucun autre sentiment, ses yeux pers fixant sans ciller le visage de l'ancien interne.

Une caste supérieure à la sienne…? Ses réincarnations futures en péril…?

Un hoquet fit tressaillir la cage thoracique du jeune Indien, avant qu'il ne fasse la chose la plus improbable pour une Ombre digne et fière de ce titre, mais qui à n'importe quelle tierce personne peut au fait des coutumes de la vallée aurait parut tout a fait banal…
Il éclata de rire.
Et non, pas un rire machiavélique, sardonique, vicieux, dément ou nerveux. Le plus simplet des rires qui soient, ni réellement sonore, ni retenu... Et autrement plus alarmant que des soupirs de plaisir dans un manoir habitué aux seules lamentations des fantômes, d'ailleurs.

Elhil, les joues rosies par cette soudaine hilarité, porta inutilement ses mains à son visage pour tenter de réprimer cette insolite réaction. Il se réfugia dans les bras de son amant, et chercha encore à étouffer son rire en enfouissant son visage au creux de son épaule.
Ce ne fut que quelques interminables secondes plus tard que la chambre retrouva un semblant de silence, et que les épaules nues du blond virent leurs soubresauts s'espacer nettement.

"On dirait que ça ne te déplairait même pas…"

Le murmure taquin d'Elhil à l'oreille de l'ancien interne dénotait clairement son amusement. Il déposa un baiser sur la gorge du Français, avant d'ajouter après un nouveau petit tintement de son rire:

"Le système des castes ne concerne pas les bouddhistes. Et de toute façon, tu pourrais être le plus impur des dalits que je sacrifierais volontiers toutes mes vies futures pour rester avec toi!"
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Vincent
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MessageSujet: Re: /!\ Dans le couloir...   Dim 12 Nov - 23:52

[En retard moi zaussi, mais revenue avec une petite touche de sadisme pour relancer la conversation... Evil smile ]



Un rire. Inattendu, insensé. Stupéfiant. Irrésistible. Il dévala le long de l'échine de Vincent comme la plus suave des caresses, s'inscrivit dans sa chair, se coula dans son coeur par tous les pores de sa peau. Tétanisé, muet, le Français fut soudain incapable de se détourner de ce jeune Indien hilare, qui essayait vainement d'endiguer son accès de rire derrière les fins barreaux d'albâtre qu'étaient ses doigts. Lui-même ne fit pas un geste, ni pour interrompre ni pour approuver ce son incongru qui redonnait vie au visage de son jeune amant. Il était incapable d'élaborer une pensée aussi complexe.

Elhil riait, grâce à lui qui plus est. Et quelque chose dans cette phrase restait profondément incompréhensible pour Vincent. Comment une Ombre, comment son mélancolique angelot pouvait-il produire un son si beau, si... vivant? Un sourire incrédule et hésitant fit son apparition sur les lèvres du Français, qui réagit à peine en sentant son cadet étouffer ses gloussements au creux de son épaule. Les lèvres de l'aryen étaient douces, son souffle haché et chaud, sa peau luisante de sueur embaumait d'une douce flagrance salée. Vincent sentit une digue céder dans sa poitrine, et il s'en fallut de peu pour qu'il ait lui aussi une réaction tout à fait déplacée: il faillit se mettre à pleurer.

Furieux contre lui-même, l'ancien interne ravala cet indigne accès de faiblesse en même temps que sa salive. Et pourtant, il ne pouvait nier ce que son âme meurtrie lui gémissait: il n'était pas conçu pour affronter de telles émotions. Son esprit moribond, engourdi par trente ans de jalousie et de cruauté, s'était tellement déshabitué du bonheur et de la gaieté que chaque manifestation de ces émotions lui faisait l'effet d'un coup au visage. C'était ce qui l'avait fait crier lorsqu'il avait pris possession de son ange dans la clairière, c'était ce qui le faisait presque souffrir alors qu'intérieurement il dégustait chaque note du merveilleux rire d'Elhil. Ce corps juvénile qui se prélassait contre le sien était à la fois le plus magnifique et le plus éprouvant des trésors. Mais comme le jeune Indien lui-même l'avait ressenti lors de leur union, de la douleur à la douceur, il n'y avait qu'une lettre...

Le sourire de Vincent s'accentua quelque peu, encouragé par les paroles taquines de son amant. Il se recula un tout petit peu, pour pouvoir plonger à loisir dans les lacs bleu-vert des yeux d'Elhil. Qu'il pouvait aimer ce bel aryen... Ses lèvres allèrent chercher la bouche de son cadet en un sage et tendre baiser, tandis qu'il le repoussait sur le dos à force de cajôleries. Allongé en surplomb de l'ancien chanteur, Vincent prit un peu de recul, dévisageant d'un air contemplatif le joyaux délicatement rosi qu'était le visage de son cadet. On n'aurait pas dû profaner un tel être d'une étreinte charnelle. C'était un véritable crime. Mais comme l'avait fait remarqué Elhil, ce n'était pas pour déplaire à Vincent...


"Douterais-tu que je sois l'être le plus impur de cette vallée?"

Son sourire se fit plus aguicheur, un tantinet salace même, tandis qu'il se penchait à nouveau sur le bel Indien. Il laissa son nez frôler la pommette d'Elhil, ses lèvres jouant celles de l'aryen tandis que son torse s'accolait plus étroitement à son vis-à-vis... et que ses jambes se mêlaient un peu audacieusement à celles de son cadet. Ses mains se coulèrent le long des flancs d'Elhil, mais elles s'arrêtèrent sagement sur les hanches, plus caressantes que provocatrices.

"Et je suis également le plus chanceux..."

Son murmure s'acheva en un autre baiser, qu'il s'appliqua à faire passer de la simple cajôlerie à une étreinte plus passionnée. Il aimait tant parcourir ainsi les différentes gradations de l'étreinte amoureuse... Les gémissements qu'il tirait à son jeune amant par ses incessants changements de rythme faisaient partie intégrante de son délice, tout comme Elhil prenait un malin plaisir à titiller sa bouche du bout des lèvres avant de lui accorder un baiser digne de ce nom. C'était un jeu aussi ulcérant que jouissif, et Vincent aurait donné n'importe quoi pour le voir se prolonger jusqu'à la fin des temps. Vraiment n'importe quoi.

Le Français relâcha son emprise sur la bouche de l'aryen pour aller déposer un baiser dans sa gorge, avant de resserrer son étreinte autour de sa taille pour mieux l'attirer contre lui. Elhil était d'une chaleur exquise, particulièrement étonnante chez une Ombre, et Vincent sentait son bas-ventre frémir au seul contact de sa peau légèrement ambrée. Il voulait ce bel Indien avec un égoïsme rare, pour lui seul, pour toujours. Jamais il ne laisserait quelqu'un se mettre entre eux, jamais la moindre créature de cette vallée maudite ne poserait un seul doigt sur sa chevelure d'or. L'ancien chanteur pourrait toujours rire, autant qu'il le voudrait, et si une Ombre s'en offusquait, son chef l'enverrait irait faire un peu de tourisme chez les Chimères. Rien ne pourrait leur arriver. Vincent avait réussi à s'en convaincre, et il aurait vraiment aimé en faire de même pour Elhil. Caressant, il murmura d'une voix étudiée pour rassurer, sans se douter le moins du monde qu'il allait réaliser le contraire de son objectif:


"Tout va pour le mieux, mon ange."

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Elhil
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MessageSujet: Re: /!\ Dans le couloir...   Dim 3 Déc - 22:01

[Pauvre Elhil v_v je rends ce perso complètement cinglé...XD]

Blotti dans les bras de Vincent, Elhil reprenait doucement son souffle, comme exténué. En une heure tout au plus, il avait plus parlé et agit qu'en deux semaines entières; et sa gorge n'était plus accoutumée aux inflexions sonores de sa voix (les rares fois où il se permettait de chanter, c'était encore à mi-voix), et encore moins a ce genre de rire si soudain.
Lui-même restait stupéfié de sa propre réaction. Elle désaccordait totalement sa nature même d'Ombre, parjurait l'éternelle image des fantômes mélancoliques que rien n'était venu entacher jusqu'à présent… Avait-il seulement le droit de se laisser aller à un comportement si humain?
Une part de lui considérait cela comme une bénédiction, une petite parcelle de vie qui s'ajoutait à l'immense trésor que lui offrait Vincent à chaque regard, chaque effleurement. Et l'autre part, ce maudit Corbeau, lui susurrait tant de reproches qu'il avait envie de se gifler pour cet inconcevable écart de conduite.
S'il pouvait seulement s'épargner ce genre de pensées si versatiles…cet instant d'intimité avec Vincent n'en serait que plus délectable! Mais voilà, il pensait trop; et à tord et à travers qui plus est…Toujours se remettre en question, toujours…

L'Indien se sentit doucement repoussé sur le dos, et leva candidement ses yeux clairs vers Vincent. Il lui souriait. Il ne le rabrouait pas. Il l'aimait… et qu'il était doux et rassurant de pouvoir lire si distinctement ce sentiment dans ces orbes de velours noir…! Ses songeries furent dûment mises au placard, du moins pour un petit moment de satisfaction béate. Elles reviendraient, c'était plus que certain, mais pour l'instant –juste cet instant, et quelques petits autres- il n'avait plus peur d'être cette grossière caricature d'humain.
La jeune Ombre répondit au sourire séducteur par une œillade de connivence taquine. L'idée d'être impur en plus de tentateur amusait Vincent, c'était indéniable.
Le Français lui octroya de nouveaux baisers, accompagnés de délicieuses caresses qui allaient au-delà du simple contact de tendresse. Elhil ferma brièvement ses yeux clairs pour mieux s'enivrer de cette nouvelle slave de sensations électrisantes, et poussa un soupir s'apparentant curieusement à un ronronnement.
Depuis combien de temps étaient-ils là? Quinze minutes, une, deux heures…? Il ne savait pas, il n'avait pas vraiment envie de savoir non plus. La montre, sur la table de chevet, égrenait les secondes qu'il passait avec Vincent, et plus tard, égrainerait celles qui le sépareraient de lui. Il ne voulait pas voir arriver le moment où le Français reboutonnerait sa chemise blanche et sortirait de sa chambre en affectant un air placide. S'il pouvait seulement le garder toujours contre lui! Si seulement…

Il aimait que Vincent le serre contre lui. Tout doucement, mais fermement; comme s'il était quelque chose de précieux, de chéri. Pourquoi avait-il fallut qu'il attende si longtemps pour être aimé? C'était simple, en fait. Tout était allé si vite, au pied de l'Arbre! Quelques mots, comme autant de flèches plantées dans son cœur, quelques gestes comme autant de gifles portées à ses certitudes passées, et il s'était retrouvé à faire l'amour avec un homme. Il devrait rougir de s'être laissé couler si facilement dans le gouffre de ces beaux yeux noirs; mais non. S'ils s'aimaient, qu'est-ce que ça pouvait bien faire…?

"Je t'aime…"

De si petits mots, soufflés au creux de l'oreille, comme un secret gardé par eux seuls…. Il ne se lasserait sans doute jamais de les prononcer. Il sourit doucement, et laissa ses mains répondre aux caresses de Vincent par autant de cajoleries plus ou moins lascives. Oui, si seulement il pouvait toujours…

"Tout va pour le mieux, mon ange."

Un instant de flottement.
Silence absolu; écho. Tout va pour le mieux.
Comme une goutte d'eau qui perce la surface, dans un "ploc" résonnant, ténu.
Comme un souffle de vent gémissant au milieu d'une plaine déserte.
Comme une hache que l'on abattrait sur son crâne.

Les yeux pers d'Elhil s'écarquillèrent, en demeurant fixés sur Vincent. Sur ses prunelles noires.
Tout va pour le mieux.

Un bruit de déchirure, ou alors le claquement d'un fouet…et ces images…!
D'autres yeux noirs, un autre regard, mais la même noirceur. Ce visage familier, qu'il pensait avoir réussi à oublier. Maintenant, il sentait encore une fois son haleine aux relents éthyliques sur sa bouche, et la morsure de ses grandes mains sur ses poignets.
La pression de ses lèvres contre les siennes. Ca avait duré longtemps, trop longtemps pour que ce soit une plaisanterie…
Jalal…

Nouvel éclat, nouvelle déchirure. Tout va pour le mieux…
Il sent ses entrailles brûler; son cerveau est engourdi, c'est à peine s'il sait ce qu'il fait. Il s'habille, il se coiffe. Des gestes machinaux, mécaniques. Il se voit à peine dans la glace. Monstre. En fait, c'est une bonne chose de ne pas pouvoir contempler son reflet…
Il vient, il est là, face à lui. Il a l'air gêné, mais que la situation est amusante! Pourquoi ne rit-il pas avec les autres?
Oui, c'est vrai. Tout va pour le mieux. Philosophie intéressante…
Il l'embrasse, le provoque, lui fait du charme. C'est une autre preuve de sa nature tordue. Monstre.
Mais tout va pour le mieux: Il tombe.

Un long, long frémissement de terreur parcourut chaque centimètre carré de la peau d'Elhil.
Ces réminiscences n'avaient pas duré plus d'une seconde.

Jalal…

Il était là, tétanisé, le souffle coupé, à fixer Vincent comme s'il venait d'énoncer la pire des malédictions. Ce n'était pas si loin de la réalité, après tout. Ces mots avaient toujours eut le sensible don de lui porter malheur.

L'espace d'un instant, il s'imagina que tout était faux. Faux, ce Vincent consolateur accompagné d'un cardinal. Faux, cet arbre plein de vie. Fausse, cette étreinte amoureuse. Fausse encore, celle-ci.
Il était devenu fou, et avait inventé tout cela pour combler son ennui?! Son rêve dérapait, se confondait avec le passé! Mais Vincent n'était pas Jalal. Alors pourquoi…?!

Accalmie.
Non. Tout ça était vrai. Elhil expira faiblement, son regard toujours ancré sur son aîné. Il n'avait pas eut le temps de juguler ses émotions, trop vives, trop soudaines. Vincent avait certainement sentit cette vague d'effroi parcourir son être.
Et après la terreur, venait la tristesse. Aussi intenable et incontrôlable qu'avait pu l'être son précédent rire.
Ses lèvres, jusque là entrouvertes de stupeur, se plièrent en une ligne pâle et frémissante. Il remarqua alors que ses mains s'étaient posées sur les épaules du Français comme pour le repousser, sans y être visiblement parvenues. Quand l'idée de le repousser lui avait-elle traversé l'esprit? Quant il pensait à Jalal…?
Sa peine se creusa. Comment expliquer à Vincent une réaction aussi stupide? Il ne comprendrait pas…peut-être le prendrait-il mal…

L'Aryen murmura faiblement le prénom de son bien-aimé, sans le lâcher des yeux, et allongea avec une lenteur imprégnée d'une maladroite tendresse ses bras nus autour de son dos, pour s'accoler plus étroitement à lui. Il huma désespérément le parfum de ses cheveux de jais, et murmura d'une voix tremblante:

"Est-ce que c'est vrai…? Est-ce que tout ira vraiment pour le mieux? J'ai envie d'y croire, Vincent, vraiment…"

Sa voix s'affaiblit encore, mais son étreinte elle se raffermit.

"J'ai besoin d'y croire."
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Vincent
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MessageSujet: Re: /!\ Dans le couloir...   Dim 10 Déc - 7:50

Soudain le bateau chavira, la douceur et la joie s'éclipsèrent, disparurent sous une terrible lame de fond. Stupeur. Surprise de voir les yeux de son amant s'agrandir d'horreur, de sentir sa peau dénudée frémir au contact des doigts décharnés de l'angoisse. Quoi, qu'avait-il fait, qu'avait-il dit? Pourquoi cette peur, cette paroi de glace soudain érigée entre eux? Pourquoi ces mains délicates plaquées sur ses épaules pour le repousser, l'éloigner à jamais comme la nuisance qu'il n'avait pas conscience d'être? Pourquoi? Puis la stupeur devint tristesse, déception, même un peu de colère. Stupéfait, Vincent sentit les sentiments néfastes envahir son esprit à une vitesse folle, déchirer le voile de son bonheur et en déchiqueter les lambeaux de leurs crocs acérés.

Et la déception devint souffrance, lorsque le fait s'imposa dans son âme trop prompte à déceler le trouble de son cadet: Elhil, son Elhil, son ange le repoussait. Pourquoi il n'en savait rien, mais c'était un fait. Elhil le repoussait, et vu la peur gravée sur ses traits fins, vu le désespoir qu'il déversait dans le coeur grand ouvert de l'ancien médecin, ce n'était certainement pas parce qu'il était lassé des cajôleries du Français. Elhil le repoussait. Ces trois mots frappèrent Vincent comme un coup de gourdin en pleine tête, et il s'assit brusquement dans le lit, dévisageant lui aussi son cadet d'un regard soudain voilé par la douleur. Ah non, pas ça! Tout mais pas ça! En cet instant, il n'était pas armé pour résister à pareille injustice, il n'avait aucun moyen de contrer la lame qui transperçait son âme et la mettait consciencieusement en charpie. Elhil le repoussait... Encore un coup de massue, et encore un. L'imposant édifice de son incommensurable orgueil s'effondra comme un chateau de carte. Elhil le repoussait. Elhil le repoussait. Mais par tous les démons de l'Enfer, qu'avait-il fait?!

La tornade passa en cinq secondes, d'autant plus vive et destructrice qu'elle visitait un coeur d'Ombre conçu pour assimiler les horribles émotions qu'elle véhiculait. Cinq secondes, qui, si elle ne furent pas suffisantes pour jeter à bas toutes les défenses du chef des Ombres, permirent largement à l'insidieuse tempête de projeter à terre le petit oiseau couleur rubis qui essayait de survivre dans ce milieu hostile, et d'ensemencer l'esprit de Vincent de cette terrible graine de la souffrance amoureuse: le doute.

Puis les yeux pers de l'aryen rencontrèrent le trouble de ses orbes noires, la voix chantante murmura son nom. Et soudain le tumulte s'essoufla, mort avant d'avoir pu dégénérer en un horrible cyclone qui aurait tout détruit sur son passage. L'oiseau cardinal, sonné, se remit sur ses pattes et entreprit de défroisser ses ailes mises à mal. Vincent eut un pâle sourire, encore hésitant, tandis que ses iris de charbon se ranimaient quelque peu. Bien sûr que c'était une erreur. Son ange ne pouvait pas le repousser, n'est-ce pas? Le jeune Indien se redressa à son tour, et il vint chercher refuge contre le torse de son aîné, gauchement, comme s'il s'attendait à se faire rejeter à son tour. Mais il fallait plus qu'un méchant coup de vent pour briser les ailes du solide passereau rouge, et bien que Vincent restât de marbre, il retint l'aryen contre lui avec une délicatesse sans égale, comme on recueille un oiseau blessé. Sans un mot, sans un son, sans même un regard, il enserra tendrement le corps juvénile soudain tremblant, lui-même demeurant perdu dans un gouffre de réflexion.

D'un côté, le Français se doutait parfaitement qu'Elhil avait réagi à ses paroles, il avait plutôt bien compris que par le biais de cette innocente phrase il avait rappelé de mauvais souvenirs à son bel angelot. La partie la plus pragmatique de son esprit savait déjà que ce n'était qu'un malentendu. Mais ses sentiments ne se montraient pas si raisonnables. On ne repousse pas son amant de la sorte pour une simple réminiscence, même si "on" est une Ombre. De près ou de loin, Vincent avait senti que son cadet le rattachait à cette fameuse douloureuse expérience. Il repensa alors à leur premier baiser dans la clairière, à la façon dont Elhil s'était soudainement crispé et presque détourné lorsque son aîné s'était penché sur lui. Le pressentiment du Français se précisa, et son coeur un peu allégé par l'étreinte du bel Indien se resserra à nouveau: ainsi, il évoquait véritablement quelque chose de néfaste à son tendre chérubin... Quoi, il l'ignorait, et en cet instant il n'avait pas la moindre envie de le savoir. Mais c'était un fait, et Vincent sentit la nausée le gagner à cette constatation, cette insupportable idée selon laquelle quelque chose en lui faisait peur à cet être que pourtant il aimait au-delà de tout.

Il faisait froid dans la chambre d'Elhil, et l'ancien interne s'étonna d'avoir mis tant de temps à s'en rendre compte. Il était toujours dans le lit de son compagnon, il tenait toujours contre lui le corps nu de ce dernier, mais soudain il ne parvenait plus à s'en réjouir. Et puis cette question, cette obsédante question... Est-ce que tout irait bien? Vincent en avait été convaincu, avant de réaliser qu'il incarnait au moins en partie l'un des pires lambeaux de la vie cabossée de l'Indien. Peut-être qu'il avait eu tort dans la clairière, peut-être qu'il avait sous-estimé ce qui était pourtant sa crainte principale, à savoir faire du mal à son ange. Etait-ce éprouvant pour Elhil que son amant le prenne dans ses bras, était-ce difficile pour lui de faire taire les gémissements de sa mémoire lorsque le Français marquait de ses caresses son corps juvénile?

Lentement, Vincent s'écarta d'Elhil pour mieux l'observer, et il passa une main sous le délicat menton de l'aryen afin de l'obliger à relever la tête, à rencontrer ses yeux noirs. Attentif comme s'il essayait de lire jusque dans l'âme du bel Indien, l'ancien anesthésiste resta ainsi un long moment, plongé dans la contemplation de ces lacs bleu-verts délicatement ourlés de cils blonds comme les blés. Dans ce regard, Vincent décela de la peine, du regret, sans doute à cause de ce qu'il venait de se passer. Et puis, plus lancinante, plus meurtrière, la peur. Le Français ne s'était pas rendu compte que lorsqu'il se contentait de penser qu'il tuerait simplement quiconque chercherait à leur faire du tort, Elhil se tourmentait sans cesse au sujet de leur relation, à propos du statut de son amant, pour la destiné de leur couple... L'aryen était rongé par l'angoisse, et ce fut seulement à cet instant que Vincent comprit pleinement à quel point. Oh oui, Elhil avait besoin de croire en quelque chose, n'importe quoi, mais il en avait un besoin vital. Pour faire taire les terribles prédictions que son esprit coupable lui sifflait en permanence.

Vincent l'embrassa. Sans hâte, sans passion. Juste pour déposer ses lèvres sur les siennes, en un baiser aussi précautionneux que l'était son étreinte. Puis il prit assez de recul pour sourire au bel aryen, tout en passant la main sur l'albâtre délicatement ambré de sa joue. Oh oui, tout irait bien. Ils s'expliqueraient, ils raconteraient. Peu à peu, les non-dits allaient disparaître, et peut-être qu'Elhil allait lui aussi apprendre à vivre son éternité sans s'en vouloir de ne plus être qu'un ersatz d'humain. L'ancien interne obligea doucement son jeune amant à se rallonger, et il ramena à nouveau le drap sur leurs corps déjà refroidis. En appui sur son coude gauche, il s'appliqua à caresser du bout des doigts ce visage tant aimé, et il parvint après quelques efforts à ramener à lui le souvenir du délicieux éclat de rire dont son chérubin avait bien voulu lui faire cadeau. Vincent sourit encore, franchement cette fois, et il déposa un léger baiser sur le front trop pâle de son vis-à-vis. Un murmure franchit ses lèvres, doux, patient. Rassurant.


"Tout se passera bien. Je te le promets, Elhil. Crois-y, apprends à ne plus avoir peur. Je suis là, je ne t'en voudrai jamais, pour quoi que ce soit. Et un jour, quand tu voudras m'expliquer ce qui vient de se produire, je serai là pour t'écouter."

Autre baiser, autres caresses. Un nouveau regard de velours, comme un barrage à la folie de ce monde onirique.

"Mais pas maintenant, mon ange. Maintenant, tu vas fermer les yeux, et tu vas essayer de t'endormir. Je ne serai plus là quand tu te réveilleras, mais - non, laisse-moi parler. Tu me reverras. Demain, ce soir même si tu le désires. Dorénavant, quoiqu'il arrive, tu pourras toujours me voir, et sinon je viendrai à toi. Ne t'inquiète pas des autres. La seule chose qui importe, c'est nous, d'accord?"

Il attira Elhil dans une nouvelle étreinte, front contre front, regard perdu dans un autre regard. Son coeur se fendait à l'idée que l'Indien puisse avoir peur de lui, et il souffrait de devoir lui faire ce petit mensonge - comme s'il pouvait affirmer ne pas du tout en vouloir à son jeune amant de l'avoir rejeté, même de manière infime... Mais il ne laissait rien paraître de tout ceci. Pour l'instant, c'était à lui de rassurer. Comme il l'avait dit, le tour d'Elhil viendrait plus tard; là, Vincent ne voulait rien savoir. Il n'avait d'autre ambition que de voir un nouveau sourire sur les lèvres de son chérubin, une nouvelle étincelle dans ces iris pers, avant d'abandonner son cadet à un sommeil qu'il espérait sans rêve d'aucune sorte. Tout ce qu'il voulait, c'était le protéger. Et Vincent s'en savait capable: la vallée et ses foutus harcèlements n'auraient pas le dernier mot.

"Juste toi et moi."

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MessageSujet: Re: /!\ Dans le couloir...   Dim 17 Déc - 13:56

Elhil, ou l'art de l'autodestruction.

Ricanements de l'Autre. Tourments. Regrets. Hurlements muets. Peur.
Pourquoi tout cela?! Lorsqu'il prenait timidement son envol vers un ciel plus clément, pourquoi fallait qu'il s'arrache ses plumes, par peur du vide?!

Le blond était toujours blotti dans les bras de Vincent. Sa nervosité et son égarement se sentaient sur sa peau nue et frémissante, redevenue soudainement aussi froide que la glace. Pourvu qu'il ne le lâche pas…! Il avait si peur de tomber. De tomber si haut que plus jamais il ne pourrait apercevoir ce pan de ciel bleu que le Français lui avait dévoilé…Il avait peur que Vincent s'exaspère de ses rejets répétés et ne le quitte définitivement…

Elhil frémit de tout son corps, de toute son âme fragile et vaporeuse, et ses mains se crispèrent davantage dans le dos de son aîné. Pour mieux le sentir contre lui; pour mieux se raccrocher à lui.
Que Vincent lui promette que c'était la stricte vérité, et il serait prêt à réentendre cette phrase chargée de réminiscences. Tout ira vraiment bien?…Mais tout n'était-il pas déjà en train de déraper? Et son délicat édifice de verre, serait-il définitivement brisé…?
L'Indien laissa échapper un gémissement déboussolé, sa gorge douloureusement nouée ne pouvant rien articuler de plus concret. Ses yeux pers, brûlants de larmes encore absentes, fixaient nerveusement le mur au-delà de l'épaule blanche de son amant. Cette chambre, ce manoir, cette vallée…toute cette sinistre mascarade lui donnait la nausée. Un malaise vertigineux qui n'était qu'accentué par le mutisme du chef des Ombres.

Pourquoi ne disait-il rien…?

Son cœur martelait un tempo lourd et pénible dans sa poitrine, comme si le simple fait de battre lui était devenu trop difficile.
Et il entendait le croassement du Corbeau. Il riait, d'une froideur à couper le souffle, d'une cruauté à faire pleurer. Bien sûr qu'il devait être satisfait de cette soudaine déchéance…il le savait, et n'avait guère hésité à s'en targuer.
Mais il ne voulait pas l'entendre, lui. Il voulait le chant reposant du Cardinal. La voix de Vincent.
S'il lui promettait que tout irait bien, il le croirait. Vraiment. Parce qu'il en avait besoin.

Une main vint cueillir avec douceur son menton, l'obligeant à relever la tête. Non! Son regard croisa pourtant celui de Vincent, si noir, si profond. Un éclair de douleur déchira sa poitrine, et son visage s'empreint d'une peine étroitement mêlée de cet amour sans borne qu'il vouait au Français.
Plus que jamais il comprit à quel point il était dépendant de son amant. A quel point sa seule existence dépendait de lui. Quoiqu'il arrive, ils ne pourraient retourner à leur "relation" d'il y avait encore deux semaines. C'était l'aimer, mourir, ou devenir fou. Et rien d'autre.

Vincent se pencha légèrement, et l'embrassa. Les yeux d'Elhil se fermèrent aussitôt, embués de larmes naissantes. Il ne chercha pas à répondre ou à approfondir le contact; la force lui en manquait. Il s'abandonna juste à la douceur des lèvres de Vincent, et par ce simple don tout son corps jusque-là tendu comme la corde d'un arc se décontracta progressivement. Il avait envie de pleurer, comme lorsqu'il avait découvert l'Arbre dans les bois de l'Ouest. Il savait qu'il ne méritait pas tout cela, que tôt ou tard il finirait par briser ce présent tel un enfant maladroit…Mais il en avait besoin, comme n'importe qui d'autre dans cette Vallée. Même si une voix au creux de son oreille lui susurrait qu'il n'en avait plus le droit, il le voulait, encore.
Le Français interrompit le baiser, et le scruta à nouveau de son regard de velours. L'ancien chanteur peina à le soutenir, ses yeux trop brillants pour que ce soit normal ayant une nette tendance à vouloir fixer un point invisible sur la clavicule de son amant. Pourtant, Vincent souriait. Il souriait, et caressait son visage de sa main de pianiste. Est-ce qu'il lui pardonnait pour autant…? Peut-être. Et peut-être pas. Le cœur se serra dans sa poitrine, et ses doigts zébrèrent d'amarante la peau de l'ancien anesthésiste, au niveau de son omoplate.

"Pa…pardon…Je suis désolé..."

Sa voix n'était qu'un murmure à peine articulé, et il ne pouvait compter que sur l'acuité auditive de son aîné pour que sa prière soit entendue.
Ce dernier le poussa à s'allonger à nouveau, et rabattit une nouvelle fois la couverture sur eux. La tension revint dans ses muscles, mais sous-jacente, à peine perceptible. Il sentait les doigts de Vincent parcourir la peau de ses tempes, de ses joues, et son regard était tout aussi caressant. Pourtant Elhil restait troublé. Parce qu'il était resté silencieux, et qu'un silence pouvait signifier bien des choses… bien trop de choses.
Comme si le chef des Ombres venait de lire dans ses pensées décousues, il sourit, puis entrouvrit enfin ses lèvres pour parler.
L'Indien le dévisagea, laissant la voix douce du Français s'écouler comme un air qu'il connaissait par cœur mais qu'il n'aurait pas écouté depuis longtemps. Le seul fait de l'entendre le soulageait d'un poids devenu trop lourd pour sa poitrine. Il était rassuré, au moins en partie.
Tout se passerait bien…il ne devait plus avoir peur. Elhil frémit. Il se rendait bien compte que se battre contre lui-même, contre le Corbeau, serrait une guerre longue et douloureuse. Mais il en viendrait à bout, si Vincent lui pardonnait ses fautes.

Et un jour, quand tu voudras m'expliquer ce qui vient de se produire, je serai là pour t'écouter.

Nouveau frémissement. Vincent l'embrassa encore, et un faible gémissement franchit ses lèvres rosies.
Expliquer. Serait-il capable d'évoquer sa relation tordue avec Jalal? Devant Vincent…? Ce serait faire l'étalage de sa nature monstrueuse. Exposer sa cruauté, ce désir qu'il avait eut à faire souffrir son meilleur ami pour quelque chose dont il n'était pas –ou presque- responsable. Il faudrait qu'il en trouve la force, et le cran.
Pas maintenant.
Les mots de l'ancien interne rejoignirent la pensée qui traversait l'esprit d'Elhil. Non, pas maintenant. Il ne le pouvait tout simplement pas…

"… Maintenant, tu vas fermer les yeux, et tu vas essayer de t'endormir. Je ne serai plus là quand tu te réveilleras, mais - non, laisse-moi parler. Tu me reverras. Demain, ce soir même si tu le désires. Dorénavant, quoiqu'il arrive, tu pourras toujours me voir, et sinon je viendrai à toi. Ne t'inquiète pas des autres. La seule chose qui importe, c'est nous, d'accord?"

Une main glacée se referma sur ses entrailles, les broyant consciencieusement. S'endormir, et ne plus le trouver à ses côtés à son réveil…cette perspective était abominablement triste. Mais ce sentiment de détresse à l'idée de le quitter, ne serait-ce que momentanément, fut sensiblement estompé par la promesse de leurs retrouvailles. Plus d'attente, plus de cet amer jeu de cache-cache…?

*Juste toi et moi…*

Le blond s'autorisa un sourire, timide et frémissant, et hocha brièvement la tête pour signifier son assentiment. Il contempla longuement le visage marmoréen de Vincent, une expression indéfinissable planant sur son visage androgyne. Ne penser qu'à eux deux, sans se soucier du monde extérieur…était-ce possible? Si Vincent y croyait sincèrement, alors il ferait de même…
La main de l'ancien chanteur s'éleva doucement, et effleura du bout des doigts le menton du Français, avant de caresser les mèches noires qui avaient délicatement glissé sur ses tempes.

"Vincent…"

Encore sa voix. Basse, beaucoup trop basse. Et toujours ce prénom, comme une prière qui éloignerait les ténèbres.

"Je t'aime. Vraiment…"

Elhil posa à son tour ses lèvres sur celles de son aîné, tout doucement, et se retira presque aussitôt. Il posa sa tête sur l'oreiller, et en se tournant sur son côté droit, il se blottit contre le torse de Vincent. Un refuge qui lui devenait familier. Obéissant docilement aux indications de son amant, la jeune Ombre ferma lentement ses yeux pers, laissant sa main chercher à tâtons celle de Vincent pour entremêler leurs doigts. Il voulait qu'il reste, jusqu'à ce que son sommeil soit si profond qu'il ne le sentirait pas s'en aller. Juste pour avoir l'impression de ne plus être seul au milieu de ses rêves noirs et chaotiques…
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