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 Fuite en avant

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Vincent
Chef des Ombres - Idole martyrisée
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MessageSujet: Fuite en avant   Dim 29 Juin - 21:25

[j'attends Elhil, mais ce n'est pas forcément exclusif]





Il pleuvait, il pleuvait encore et toujours. Il pleuvait lorsqu'il était arrivé à la bibliothèque, la veille. Il pleuvait lorsqu'il s'était évanoui plus qu'endormi sur un mauvais matelas, après avoir rafistolé tant bien que mal une humaine réduite en charpie par il ne savait quel monstre. Il pleuvait lorsqu'il s'était réveillé, un peu avant le lever du soleil. Et il continuait de pleuvoir. Une interminable averse sans accalmies ni coups de vent, un déluge sans fin, glacial et inéluctable. Toute cette eau aurait dû faire de Hollow Dream un véritable marais, mais le sol détrempé se contentait d'être boueux, comme s'il subissait la pluie depuis à peine une heure.

Il pleuvait, et cela n'avait rien de normal.

Vincent était facilement sorti de la bibliothèque; Mary dormait encore, Samuel le Gorille était ailleurs, et aucun d'entre eux n'avait donné de consigne au mastodonte qui gardait l'entrée. Celui-ci avait laissé partir l'ancien interne sans broncher, d'autant plus que Vincent avait quitté le vieux bâtiment avec la tranquille nonchalance de celui qui ne pense absolument pas à mal. Aussi ironique que ce fût, il n'avait aucune intention de fuir. Où serait-il allé? Et puis, Mary lui avait promis des explications sur son amnésie, et mauvais pressentiment ou pas, il tenait à les entendre. Avant cela, et aussi inconscient que ce fût, il voulait simplement faire un tour.

Sa promenade s'avéra rapidement beaucoup moins gérable que prévu. La pluie, froide à souhait, s'infiltrait dans le moindre interstice de son vieil anorak, glaçait son visage et engourdissait ses mains. La boue engluait ses chaussures et rendait sa marche on ne peut plus pénible. Aussi, lorsqu'il vit qu'une partie de l'ancien théâtre était toujours debout, il se hâta de quitter la rue principale pour aller s'abriter sous les restes du premier balcon. Là, il baissa son capuchon pour jeter un coup d'oeil méfiant aux alentours, avant de se laisser tomber dans l'un des fauteuils survivants.

Il regardait la pluie tomber sur la scène. Il réfléchissait.

Mary, Samuel, Soledad... Il n'avait jamais vu aucun d'entre eux, et pourtant ils semblaient tous le connaître - ils semblaient tous le détester. La métisse, tout particulièrement, ne cachait pas la haine qu'elle éprouvait pour lui. Au début, il avait préféré croire qu'ils étaient tous cinglés, qu'ils devaient le confondre avec quelqu'un d'autre, ou je ne sais quelle illusion tordue générée par la Vallée; enfin quoi, il était incapable de faire du mal à qui que ce fût! Mais le temps aidant, il avait bien dû se rendre à l'évidence: le problème venait de lui.

Le problème, c'était ce costume trois pièces dans lequel il s'était réveillé, trop léger pour le climat de la vallée, trop sophistiqué pour son caractère - il s'était d'ailleurs empressé d'emprunter d'autres vêtements à la bibliothèque, remplaçant le distingué tissu noir par un vieux jean et une grosse chemise de laine.

Le problème, c'était ces envies stupides et incompréhensibles qui lui traversaient l'esprit - se coller à un mur lorsqu'on l'agressait, fusiller quelqu'un du regard comme si cela pouvait réellement lui faire du mal...

Le problème, c'était ces bribes de souvenirs qui caressaient ses pensées et y mêlaient des images étranges, des sentiments inquiétants.

Le problème, c'était ce vide dans sa mémoire, ce gouffre noir et mouvant qui le fascinait et le terrifiait tout à la fois.

Le problème, c'était son suicide raté, après la mort d'Emilie.

Emilie.

Vincent réalisa soudain qu'il était enfin seul, que s'il voulait pleurer la mort de la jeune femme, c'était l'occasion ou jamais. Pour une fois, il n'avait de compte à rendre à personne. Ni à Mary, ni à Sélène, ni à tous ces idiots qui pensaient que parce qu'il était arrivé ici volontairement, il savait comment en repartir. Il n'y avait que lui, lui et son chagrin, lui et son coeur exsangue, lui et une absence insoutenable.

Pourtant Vincent ne parvint pas à pleurer. Ses yeux avaient oublié comment faire.

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Elhil
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MessageSujet: Re: Fuite en avant   Lun 30 Juin - 16:41

Les yeux d'Elhil dévisageaient le vide, grands ouverts. Il avait l'impression de n'avoir pas une seule fois cillé depuis qu'il avait fuit le pont couvert ; c'était le même paysage morne et le même rideau de pluie qui lui martelait une évidence –la même, toujours la même : ce n'est pas normal. Sans répit.

Il avait vu les bâtisses noircies par des flammes défuntes. Il était resté bêtement à les fixer, sous la pluie continuelle, comme si à force de les regarder la supercherie s'effacerait d'elle-même et laisserait place à une vérité rassurante : celle du refuge humain où on l'avait conduit, il y a moins d'une semaine. Les poings serrés à s'en blanchir les doigts, Elhil cherchait à comprendre. Mais sa tête lui semblait pesante, et ses tempes pulsaient douloureusement. Il porta ses mains à son visage –ses mains glacées, fantomatiques- et tenta d'apaiser la chaleur étourdissante de son front sous ses doigts engourdis par le froid. Et ses yeux restaient ouverts, fixant le sol boueux entre les barreaux sombres et flous dessinés par ses mains. Il ne savait pas ce qu'il avait bien pu se passer. Ce qui était arrivé au village. Ou ce qui lui était arrivé.

Et il avait peur.
De cet inconnu, de la bête qu'il avait vue, de ce qu'il avait osé faire –ou plutôt ne pas faire…Il avait peur de ce blanc, de ces cris d'oiseaux et de cette montre ; juste parce qu'il ne savait pas ce que tout cela signifiait, ou devait signifier pour lui.
Elhil s'approcha à pas lents des ruines. Des tronçons de murs tenaient encore un peu debout, des poutres noires, friables sous les doigts, s'élevaient comme de sinistres potences vers le ciel. Tout cela semblait ancien, mais il s'accrocha à l'idée qu'un incendie avait pu ravager le village en une seule nuit, et laisser des cendres déjà froides le lendemain... Il regarda tout autour de lui, ses cheveux détrempés ondoyant tristement autour de son visage, puis baissa le regard vers le sol de l'ancien refuge, noir et jonché de débris informes.
Sa gorge se serra, et ses yeux brûlèrent enfin d'être restés trop ouverts. Il sentit les gouttes de pluie tomber sur l'arrière de son crâne, et s'écouler le long de sa nuque et au-delà de la mince protection de son vêtement.
Il releva la tête, l'air perdu, et fit quelques pas en direction d'un autre bâtiment –le théâtre, non ? – qui n'avait pas l'air complètement détruit. Au moins, il pourrait s'abriter de la pluie, jusqu'à ce qu'elle s'arrête. Elle s'arrêterait, n'est-ce pas ? Il le fallait…

Il passa la porte à double battants du théâtre, qui s'écarta dans un grincement aigu. Il y avait encore quelques sièges épargnés tout près de l'entrée, mais le reste n'était qu'un défilé ordonné de carcasses noires dressées comme des stèles jusqu'à la scène, curieusement intacte, et offerte à la pluie.
Ses yeux restèrent fixés l'espace d'une seconde sur les planches inondées tandis qu'il sentait son souffle se tarir dans sa poitrine. Quelque chose sourdait dans son cœur, une émotion indéfinissable ; cela ressemblait à de la peine, de l'amertume. Il ne voyait clairement ce que cette scène lui inspirait, et ne tenait pas à le savoir. Il se sentait déjà assez mal comme ça.

Elhil soupira profondément, ses mains relâchèrent leur étau sur la porte, qui se referma sans qu'il eût besoin de la pousser. Il était trempé jusqu'aux os, et ses vêtements appesantis par l'eau, son sournois début de fièvre ne faisaient qu'accentuer son sentiment d'abattement. Il releva la tête, en quête d'un endroit où se reposer un peu…et ce ne fut qu'à cet instant que ses yeux tombèrent sur Vincent.
De surprise et de frayeur, il esquissa un mouvement de recul bien inutile, car il se retrouva aussitôt dos à la porte. Cette dernière émit un grondement erratique qui sonna comme un ricanement moqueur à ses oreilles.
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Vincent
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MessageSujet: Re: Fuite en avant   Jeu 3 Juil - 19:10

Il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville.

Que c'était beau. Que c'était juste. De qui était-ce de nouveau, Rimbaud? Verlaine? Peut-être même Baudelaire... Il les confondait toujours, ces trois-là. A sa décharge, il n'avait jamais spontanément ouvert un recueil de poèmes. Ceux qu'il avait lus pour le collège ou le lycée, il les avait oubliés. Ensuite, il n'avait plus eu le temps. Enfin, sauf ces six derniers mois, paradoxalement: à Hollow Dream, quand on n'était pas poursuivi par une quelconque monstruosité, on avait tout le temps de s'ennuyer. C'était pour éviter de macérer dans son jus qu'il avait commencé à s'aventurer du côté de la bibliothèque.

D'après une idée d'Emilie, bien sûr.

Il pleure dans mon coeur.

Comme il pleut sur la ville.

Vincent soupira, passa ses mains sur son visage et les laissa un instant à hauteur de sa bouche, jointes en une prière catastrophée. Rien de tout ceci n'avait de sens. La pluie, les ruines, Mary, Sélène. Il ne reconnaissait personne, ne se sentait chez lui nulle part - pour autant qu'il se soit jamais senti chez lui dans cette vallée de merde. Mais au moins, avant il avait quelques répères, d'infimes certitudes. Maintenant il n'était plus qu'un amnésique au bord de la dépression. Un amnésique qu'en plus tout le monde avait l'air de haïr.

Alors la porte du théâtre s'ouvrit dans un sourd grincement, et Vincent sentit un frisson le parcourir des pieds à la tête, hérissant ses cheveux sur sa nuque. Il n'avait dit à personne où il se trouvait. Il était seul, sans arme, sans aucune capacité martiale au corps à corps. Si c'était une créature, il était mort.

Lentement, il se releva, retenant le strapontin pour ne pas le faire bêtement claquer et contresigner son ordre d'éxécution. Doucement. Pas de panique. Il ne savait peut-être pas se battre, mais ce n'était tout de même pas par hasard qu'il avait survécu six mois dans cette jungle - c'était d'ailleurs à se demander comment il avait pu commettre la folie de sortir aussi démuni; qu'est-ce qu'il avait cru, que ses mains lui suffiraient pour se défendre?...

Attendez. Si, c'est exactement la sensation qu'il avait eue.

Pas le moment pour les questions sans réponses. Réfléchir. Il était dans l'ombre, peut-être aurait-il un moyen de se cacher. Si c'était une Chimère, trouver de quoi se défendre - l'une de ces bûches carbonisées devait bien pouvoir faire office de batte de base-ball. Si c'était une Ombre, surtout maîtriser sa trouille. Et chercher le plus court chemin vers les autres humains.

Il ne s'autorisa à regarder du côté de la porte que lorsqu'il s'estima à peu près en possession de ses moyens. Ce qu'il découvrit alors lui appris qu'il aurait aussi bien pu s'épargner sa séance éclair d'auto-suggestion: le jeune garçon trempé qui venait de pénétrer dans le théâtre en ruine n'avait rien, absolument rien d'une créature. Il ne fallut qu'un sursaut de peur de sa part pour le confirmer.


"Eh, du calme, du calme! Je suis un humain!"

Il écarta les mains de son corps, paume vers l'avant, et s'avança pour que le peu de lumière qui s'infiltrait par les trous du toit dévoile son visage. Il souriait avec toute la douceur qu'il était capable de mobiliser avec son coeur qui battait encore à cent à l'heure.

"Je suis humain, tu vois? Je suis comme toi."

Le tutoiement était parti tout seul: dans ces lieux de survie, on ne s'encombrait pas de manières superflues. Et puis, il était difficile à Vincent de vouvoyer un être qui lui évoquait aussi irrésistiblement un petit animal abandonné sous la pluie.

Un petit animal terrifié.

L'anesthésiste s'approcha un peu plus, examinant l'adolescent avec une sincère curiosité. Son esprit de médecin nota tout d'abord ce qui clochait: les cernes, le teint maladivement pâle, les tremblements. Cela faisait un certain temps qu'il était dehors, apparemment. Cette chair que l'on sentait fragile, plus faite pour les caresses de sa mère que pour affronter


Sa mère était une salope.


le monde. Vincent frémit. Quelque chose avait remué dans le gouffre noir, aux milieux de ses souvenirs assoupis. De la rancune. Envers ce garçon? Non, pour quelqu'un d'autre.

Jamais, jamais envers lui.


L'ancien interne serra nerveusement les poings avant de les rouvrir, dans l'espoir avoué de se détendre un peu. Ce n'était pas le moment. Pour autant qu'il le sache, il n'avait jamais croisé ce gamin auparavant. A la louche, il lui donnait quinze ans. D'origine indienne, peut-être, même si son teint pâle et ses cheveux clairs

Ses si beaux cheveux blonds...


accusaient un métissage. Sans doute un nouvel arrivant, vu ses vêtements beaucoup trop fins. Vincent nota d'ailleurs que sans cette chemise blanche détrempée qui collait au torse du jeune inconnu, il aurait été bien en peine de déterminer s'il devait dire "il" ou "elle".

Chemise trempée. Corps glacé.

Le Français se défit de son anorak avec des gestes lents, avant de le tendre au garçon, sans s'approcher à moins de trois mètres. Il ne voulait pas l'effrayer encore plus.


"Tiens, enfile ça, sinon tu vas tomber malade. Comment est-ce que tu t'appelles?"

Moi je n'ai pas besoin de manteau. Je ne sens pas la neige.


Là Vincent tressaillit de manière visible: dans cette morne vague qui agitait sa mémoire, il avait cette fois saisit un mot. Neige.

Mais pour l'instant, le remou avait disparu.

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Elhil
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MessageSujet: Re: Fuite en avant   Ven 11 Juil - 14:51

En reculant aussi brusquement, Elhil s'était cogné contre la porte de tout son corps ; l'arrière de son crâne, en particulier, avait heurté sans grande douceur le bois sombre et solide du panneau. Et du coup, l'apparition de Vincent et tout ce qu'elle tenta de soulever en lui furent brièvement éclipsés par un pur et simple réflexe d'enfant : il baissa la tête dans un "Aïeee" plaintif tout en enlisant ses mains dans sa chevelure, comme pour y atténuer l'élancement désagréable mais furtif du coup. Intérieurement, il eut le temps de se trouver particulièrement puéril et ridicule, alors même qu'il était en face d'une menace potentielle et que son soucis premier serait de sortir au plus…

"Eh, du calme, du calme! Je suis un humain!"

…vite.

Humain ?

Le jeune chanteur leva un regard hésitant vers l'homme du théâtre, qui venait d'apparaître dans la faible lumière du jour. Il souriait, doucement.
Elhil abaissa lentement ses bras, ses grands yeux pers chevillés sur lui. Tout ce qu'il parvenait à faire, c'était le regarder ; il aurait pu penser à raison qu'il n'avait rien à craindre d'un humain, pourtant cela ne lui effleura même pas l'esprit : Quelque chose le frappait chez cet homme inconnu ; il ne cessait de couler son regard de son visage à ses mains. Non en effet, il n'avait pas l'air menaçant. Et même si Elhil pouvait donner une image de crainte extrême, collé comme il était contre la porte, il n'éprouvait pas de la crainte. De la fascination stupéfaite, oui. Sauf qu'il ne savait pas pourquoi.
"Je suis comme toi"... Il le croyait sans problème. Humain, il était humain… L'Indien décontracta ses muscles sensiblement, quoique étant toujours secoué de frissons de froid, tandis que l'inconnu s'approchait un peu plus. Rester humain, c'était tout ce qui comptait dans cette Vallée, non ? Il était humain. Oui. Grands dieux, oui…

Rire.

Elhil sursauta, et dévisagea d'un air quasi accusateur Vincent, avant de se raviser aussitôt, glacé d'effroi. Non, non…Ce n'était pas cet homme qui avait rit. Personne n'avait rit.
L'adolescent expira lentement, à nouveau tendu à l'extrême. Ce devait être la pluie. Ou un grincement de la charpente. Quelque chose de normal…qu'il avait mal interprété. Forcément.

Son regard se détacha de l'inconnu, glissa de côté avec gêne. Il était mal à l'aise, maintenant que l'homme était plus proche ; il se sentait pataud, maladroit – mais…depuis quand manquait-il d'assurance devant les autres ?
Elhil releva ses yeux vert d'eau, et tomba une nouvelle fois dans un abîme contemplatif, comme un papillon piégé par la lumière brûlante. Ses mains étaient vraiment belles ; serait-il musicien ? Cela semblerait bizarre de le lui demander comme cela, de but en blanc…et pourtant la question flirta encore de longues secondes avec ses lèvres pincées avant qu'il ne se résigne au silence. Il regarda fixement les mains blanches ôter l'anorak des épaules du Français, mais ne comprit qu'à la dernière seconde, lorsqu'il lui tendit le survêtement, qu'il l'avait fait pour lui.

Qui est-ce qui pleure ? Pourquoi saigne-t-il, qu'est-ce que j'ai fait ?!! VINCENT !

Elhil le fixa avec des yeux ronds. Encore cette impression sans nom qui roulait comme un nuage d'orage dans sa poitrine, et frappait de sa foudre sournoise lorsqu'il s'y attendait le moins…A chaque fois, c'était une émotion, difficile à définir. Généralement, désagréable, et condamnée à demeurer anonyme dans les limbes déchiquetés de sa mémoire.

"Tiens, enfile ça, sinon tu vas tomber malade. Comment est-ce que tu t'appelles?"

Après un temps d'hésitation, le jeune chanteur tendit ses mains vers le vêtement tendu, referma ses doigts tremblants et gourds sur l'étoffe encore chaude. Sentir un peu de chaleur le ranima un peu ; il ramena lentement l'anorak directement contre son torse, et inclina un peu la tête, perdu dans cette tiédeur humaine et si réconfortante. Un sourire timide se dessina sur ses lèvres alors qu'il relevait un visage reconnaissant vers l'humain. Humain, oui, alors pourquoi mon cœur bat-il si vite ?

"M- Merci beaucoup…"

L'Indien déglutit faiblement ; son sourire frémit puis disparut, tandis que son regard flanchait à nouveau.

"Je m'appelle Elhil."

Pas "Elhilaran". Mais ce n'est pas grave : ça sonnera toujours bien de sa bouche…

Elhil eut envie de rire, mais il ne parvint pas à se rappeler pourquoi. Les commissures de ses lèvres s'arquèrent furtivement, ébauche d'un sourire amusé et pensif à la fois. Et comme un violent revers de main, toutes les raisons qu'il avait de pleurer ou de se terrer dans un coin sombre resurgirent dans ses pensées : la pluie, les décombres, la créature, et ceux-là qu'il avait laissé en arrière, et…
Le souffle coupé, Elhil releva brusquement la tête vers Vincent, et parvint maladroitement à débiter :

"S'il vous plaît, dites-moi… ! Que… (Elhil remarqua avec surprise qu'il avait tendu une main vers lui -comme pour lui toucher le bras-, et la ramena aussitôt contre lui) Que s'est-il passé, au village ? Je…Je…"

Son regard peinait à s'accrocher à celui de l'autre, comme s'il craignait ce qu'il pourrait y lire ensuite…

"Je ne sais pas, je n'étais pas dans le village…Je veux dire…Je ne sais pas où j'étais, enfin…je me suis réveillé dans la forêt et…et…"

Sa voix mourut progressivement entre ses lèvres, faute de mots à ajouter. Penaud, Elhil baissa la tête, serra contre lui l'anorak – et pourquoi ne l'enfilait-il pas, d'ailleurs ? - , et fixa la flaque d'eau qui s'était déjà formée à ses pieds. Il était perdu ; et tenter de mettre des mots son état lui faisait prendre conscience de l'étendue de son ignorance. "Et la pluie ? Et cette montre ? Et vous ?" ; non, il n'avait plus la force de demander.
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Vincent
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MessageSujet: Re: Fuite en avant   Lun 14 Juil - 20:02

Lorsque le jeune inconnu se décida enfin à laisser échapper deux mots d'une voix tremblante et que Vincent entrevit l'esquisse d'un sourire entre deux mèches de cheveux blonds, le Français se détendit de manière visible: ces dernières vingt-quatre heures passées à terrifier tout le monde sans comprendre pourquoi l'avaient considérablement éprouvé, et il était plus que soulagé de constater que sa nouvelle et affreuse réputation ne semblait pas avoir atteint tous les vivants de ce maudit village.

Si Vincent se contenta d'opposer un petit geste de la main aux remerciements de sa nouvelle connaissance ("ce n'est rien"), il tiqua en revanche à l'énonciation du prénom de celle-ci et au léger accent qui l'avait accompagné. Ses soupçons sur les origines indiennes du garçon semblaient se confirmer - il avait côtoyé à la fac un surdoué originaire de New Delhi qui avait exactement les mêmes intonations. Par contre, son nom était un tantinet plus facile à prononcer.


"Elhil?"

Grimace instinctive de la part du Français: évidemment, il avait complètement écorché l'exotique prénom. Et même si ce n'était pas un pressentiment aussi net que ceux qui avaient précédé, il sentait que même s'il le disait une centaine de fois, il ne le prononcerait jamais correctement.

L'Indien sourit un peu plus franchement, pardonnant l'affront. L'anesthésiste, tout de même un peu embarassé, se passa la main sur la nuque avant de reprendre:


"Moi c'est Vincent."

Il avait failli ajouter son nom de famille, en une habitude de survivant - c'étaient les créatures qui se présentaient par leur seul prénom - mais vu l'effet que son patronyme produisait sur les gens, il préféra s'abstenir; il lui était agréable d'être considéré comme un être normal par ce jeune homme, et pas comme l'andouille qui s'était envoyé lui-même en Enfer.

Le silence qui s'était installé entre eux commença à se faire pesant. Pas dérangeant, mais pesant, comme s'il était lourd de sous-entendus, alors que l'esprit de Vincent était pour une fois d'une remarquable stérilité. Plus de réminiscences, plus de pensées moribondes. La simple et franche envie de venir en aide au jeune égaré emplissait son monde intime, ce qui lui convenait très bien - ce qui lui convenait tellement bien qu'il n'avait même pas remarqué que ce désir d'entraide était trop vif pour être tout à fait ordinaire.

C'est alors que, comme pour démolir le soulagement prématuré de son vis-à-vis, Elhil changea d'expression. Son visage androgyne perdit toute trace de sourire, son regard pers s'emplit d'une appréhension qui lui apporta un regain de vie. Ses gestes, auparavant d'une lenteur et d'une précaution extrême, se firent plus vifs, et lorsqu'il lança une main en avant avec le désir inconscient de s'accrocher à cette figure vivante qui lui faisait face, Vincent accusa l'infime recul de celui qui doit sa survie à sa méfiance. Pourtant l'ancien interne n'était pas surpris. Il était même prêt à parier que ce soudain accès de frénésie allait servir de support à un discours étranglé du genre "mais expliquez-moi où je suis je vous en prie". Panique du nouvel arrivant, en somme.

Sauf que si Elhil demanda bien où il se trouvait, il le fit d'une manière qui battit en brèche toutes les prédictions du Français.

A son tour, Vincent se décomposa. L'Indien lui demandait ce qu'il s'était passé au village. Il s'était réveillé dans la forêt, et il se retrouvait dans cet endroit, cet endroit qui ressemblait à ce qu'il connaissait et était pourtant différent. Affreusement différent.

Silencieux, l'anesthésiste détourna le regard, avant de s'éloigner du jeune homme. Il revint sur ses premiers pas, cherchant du regard un peu de bois sec et pas encore carbonisé. Les débris qu'il repéra, il les ramassa d'un air absent, l'air de celui qui cherche à ne penser à rien, et surtout pas au fait qu'il vient de rencontrer quelqu'un comme lui. Un autre amnésique. Un autre paradoxe. Une autre anomalie.

Alors qu'il entassait du bois sur son bras gauche depuis près d'une minute, Vincent s'immobilisa, la tête baissée d'un air coupable: il avait maudit Mary pour son mutisme et les explications qu'elle refusait de lui donner, et voilà qu'il se comportait exactement de la même manière.


"Je... je ne sais pas quoi te dire. Je ne sais rien de plus que toi. Je me suis réveillé avant-hier dans la forêt, et quand j'ai atteint le village, j'ai seulement pu constater qu'il avait changé."

Mal à l'aise, le Français jeta un coup d'oeil au jeune Indien. Celui-ci n'avait toujours pas enfilé l'anorak. Ce détail arracha un soupir à Vincent, et il s'obligea à se montrer un peu plus amical:

"Allez, ne reste pas planté là. Si on doit en discuter, autant le faire autour d'un bon feu, tu ne crois pas? Comme ça tu pourras te sècher."

Il s'agenouilla dans un coin dépourvu de plancher pour organiser sa récolte en une vague pyramide, avant de chercher dans sa poche le briquet tempête qu'il avait emprunté avant de partir. Le bois était bien sec, le feu ne serait pas long à prendre. Vincent releva la tête vers Elhil, et cette fois son sourire était plus sincère.

"Viens, je ne vais pas te manger."

Phrase qui lui donna une inexplicable envie de rire. Mais un rire qui, à la différence de celui que Mary lui évoquait, n'aurait pas été désagréable.



Je ne te mangerai que si tu le demandes, mon ange.

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Elhil
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MessageSujet: Re: Fuite en avant   Mer 16 Juil - 17:56

Perdu dans la marée déferlante de souvenirs et d'insupportables incohérences liées à son réveil dans la forêt, la présentation de l'homme manqua de peu de s'y noyer complètement. Elhil eut néanmoins le temps, l'espace d'une insignifiante seconde, de s'étonner de cette impression familière qu'il rattachait à ce prénom.
Vincent.
"Moi c'est Vincent". Familier, oui. Pourtant il était persuadé de n'avoir jamais connu quelqu'un portant ce nom-là. Dans un livre, peut-être… ?
Et la seconde fut passée, balayée au loin, et il n'y pensa plus. Quoique ce fut un énième point d'interrogation crocheté à sa poitrine, comme pour l'empêcher de respirer.
Après son discours décousu, Elhil s'était résigné au silence, attendant la réaction de l'autre humain. L'orage roulait toujours, mais aucun n'éclair ne l'avait encore frappé à nouveau. Il fixa avec une détresse à peine contenue le visage de Vincent ; quoiqu'il lui réponde, il savait que cela ne lui plairait pas. Que, comme beaucoup trop de choses depuis son réveil, cela sonnerait faux, invraisemblable même si l'évidence se trouvait là : dans les ruines froides...
Le jeune homme cilla tandis que le Français se détournait, sans lui adresser un mot. Sa détresse se mua progressivement en crainte, et la crainte en un sinistre début de panique. Le voir silencieux le rendait nerveux –bien plus qu'il ne l'aurait imaginé.

Pourquoi est-ce qu'il ne dit rien ?

Elhil dansa d'un pied à l'autre, les bras étroitement ceinturés sur son propre torse en serrant le survêtement de Vincent contre lui. Il tremblait toujours, mais là, il ne pouvait plus se dire que c'était uniquement de froid.

Pourquoi ne dit-il rien ?

Il avait envie de s'enfuir. Une impulsion paradoxale, car il était proprement terrifié à l'idée de se retrouver au-dehors. Vincent ramassait soigneusement des débris de bois, lui tournant toujours le dos.
Elhil se mordit la lèvre inférieure et son regard plongea de désespoir vers le sol pour s'y fixer obstinément. Et comme si son accablement s'était soudainement matérialisé en un manteau de plomb, l'adolescent se baissa soudainement en position accroupie et posa sa tête sur le léger creux dessiné par ses genoux. Il s'évertua à ravaler des larmes anonymes qui voulaient incendier ses yeux, fermant ses paupières avec force. Encore une fois, sa nausée revenait au grand galop ; cette espèce de mal-être indéfinissable et troublant, qui coulait comme de l'acide dans sa gorge, et ne lui rappelait que trop ce jour maussade, presque pluvieux où il…


"Je... je ne sais pas quoi te dire. Je ne sais rien de plus que toi. Je me suis réveillé avant-hier dans la forêt, et quand j'ai atteint le village, j'ai seulement pu constater qu'il avait changé."


Elhil leva la tête et fixa Vincent avec des yeux arrondis de stupeur. Il tiqua, et des gouttes d'eau s'accrochèrent à ses cils. Il les chassa aussitôt d'un rapide revers de main. Alors, il n'était pas le seul à s'être retrouvé ainsi, dans la forêt ? Même si cette nouvelle avait de quoi l'inquiéter, il était quelque part soulagé de ne pas être le seul égaré de la Vallée. C'était la preuve qu'il n'était pas devenu fou.

Vincent reprit la parole, et entendre encore sa voix douce à l'accent si particulier passa du baume sur son cœur ; il s'autorisa un maigre sourire en réponse à son invitation, se leva sans un bruit et s'approcha du feu. Une longue flammèche s'éleva du briquet du Français, s'emparant patiemment de quelques brides de bois sur le monticule de bois. La lumière était rassurante, il aimait bien les feux de cheminée. Même si, après réflexion, il ne se souvenait pas en avoir beaucoup profité dans sa vie, et que ce feu-là ne se trouvait justement pas dans une cheminée. Bref.
Elhil s'assit avec précaution à côté de Vincent, sans dire un mot. Ses yeux pers se retrouvèrent bien vite hypnotisés par le feu encore timide qui crépitait devant eux, tandis que la dernière phrase de l'humain tournait en boucle dans sa tête, comme un écho au milieu du silence qui s'était installé. Il n'avait pas le courage d'aborder lui-même et immédiatement la question de leur amnésie, aussi se contenta-t-il d'une évasive remarque :

"Ca…Ca fait un moment que vous êtes là, non ? J'ai l'impression de vous avoir déjà vu."

Le blond risqua un regard de côté, observant le profil éclaboussé d'ombres et de lueurs fauves de Vincent, puis le détournant pensivement vers les flammes.

"Vincent…"


Il l'avait prononcé comme pour goûter à ses sonorités, mais sans parvenir à les saisir correctement. Au moins maintenant, ils étaient quittes sur la torture des prénoms.
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MessageSujet: Re: Fuite en avant   Ven 18 Juil - 19:32

Occupé à activer le feu (encore une compétence élémentaire qu'il n'avait acquise qu'à Hollow Dream), Vincent prit tout de même le temps de se féliciter mentalement pour sa brillante idée. Au-delà du fait qu'Elhil était trempé et que lui-même n'avait pas très chaud sans son anorak, il y avait un côté viscéralement réconfortant dans ce monstre lumineux qui s'éveillait au coeur du bois. Sa crinière jaune et bleue conférait à leur obscur refuge sous le premier balcon les reflets dorés d'un antre presque familier. Sa puissante odeur écarlate allait chercher loin dans leur instinct pour y susciter respect, confiance, soulagement. Certes, dans ces lieux peuplés de créatures autrement plus menaçantes que les pires carnivores de la préhistoire, la lueur de leur campement improvisé avait plus de chance d'attirer l'ennemi que de lui faire peur, mais il n'en était pas moins avéré que le feu, bien loin de seulement réchauffer leurs corps transits, apaisait également leurs âmes engourdies.

Vincent attrapa le siège d'un strapontin explosé et l'utilisa comme coussin d'appoint, sans cacher le plaisir qu'il avait à délasser ses doigts gelés à la chaleur de l'humble foyer. Le jeune Indien l'imita, s'asseyant peut-être un tout petit peu trop près de lui par rapport aux recommandations de Dame Prudence - l'anesthésiste aurait pu le toucher en tendant le bras, et cette "proximité" soudaine le mettait quelque peu mal à l'aise. D'autant plus que le jeune homme à ses côtés semblait formellement refuser d'enfiler le survêtement qu'il lui avait donné, et que cela donnait l'impression à Vincent d'avoir commis une indélicatesse plutôt qu'un acte de générosité. Le Français eut envie de faire la remarque à son cadet, mais parce que les gens mal à l'aise l'avaient toujours renvoyé à sa propre timidité, il préféra se taire et fixer le feu en attendant que Elhil lance la conversation.

Après quelques secondes d'un silence aussi pesant que les précédents, l'Indien accepta enfin d'ouvrir la bouche. Sa question était prudente, et Dieu sait que Vincent ignorait quelle réponse lui fournir, mais au moins elle contournait soigneusement l'écueil du "est-ce que toi aussi tu as dans la tête un trou noir qui te fait peur?". L'anesthésiste fronça les sourcils sans lâcher le foyer du regard, visiblement désireux de réfléchir. Elhil ne lui en laissa pas le temps.


"Vincent…"

Un spasme, un véritable spasme, qui parcourut sa colonne vertébrale de bas en haut, de haut en bas, une imprévisible onde de douleur, de chagrin, de peur, de colère, et de tant d'autres choses... mais surtout, un irrésistible tremblement de désir, une chaleur mille fois, dix mille fois plus brûlante que ce ridicule brasier qu'il avait allumé, une avidité qui jongla un instant entre les différentes parties de son corps et ébouillanta ses pensées avant d'aller se lover au creux de ses reins, tenace, gourmande, ronronnante. Comme si le jeune aryen, au lieu de lui accorder son prénom enluminé de quelques innocentes et jolies intonations, avait délibérément glissé l'une de ses mains de fille entre ses cuisses.

Vincent...


Tu aimes?...


Deux flamboyantes marques rouges sur les pommettes de son visage soudain très pâle, le Français réagit instinctivement, sans chercher à comprendre cette incompréhensible et d'autant plus humiliante hausse de libido - enfin quoi, Elhil était un garçon! Un garçon très efféminé, certes, mais un garçon! Un garçon quoi! Et quand bien même ç'aurait été une fille, d'habitude il lui fallait plus qu'un bel accent pour se faire allumer de la sorte! Mortifié, Vincent serra les jambes tout en faisant mine d'attraper une planche sèche, assez loin de lui. Il en profita pour s'écarter légèrement du jeune homme, au moins à deux longueurs de bras. Ses doigts se refermèrent sur le bois.

Plus rien.

Vincent papillonna un instant des cils, avec l'air de quelqu'un qui demande à ce qu'on lui répète la question. Mais non, c'était fini. Tout net, comme s'il n'y avait jamais rien eu, ni chaleur, ni désir libidineux. Indécis, le Français glissa un regard prudent vers Elhil. Non, vraiment plus rien. Son corps était aussi gelé et amorphe que trente secondes auparavant.

Et le soulagement que Vincent éprouva n'était pas dépourvu de colère.


*Mais merde, qu'est-ce qu'il m'arrive?!*

Le jeune Indien avait-il remarqué quelque chose? Oh mon petit Jésus en qui je n'ai jamais cru, faites que non... Allez, il fallait lui parler, trouver quelque chose. Répondre à sa question, c'est ça, même si c'était loin d'être facile.

"Eh bien, en fait je ne sais pas trop... Normalement je suis là depuis six mois, mais depuis que je me suis réveillé dans la forêt... Je ne sais plus. J'ai croisé quelqu'un qui m'affirmait être ici depuis plus d'un an, alors que je ne l'ai jamais rencontrée. Tu te rappelles où tu m'as déjà vu?"

Déjà son trouble d'avoir réagi si violemment à son propre prénom s'émoussait, comme un cauchemar qui s'efface au réveil, comme toutes ces affreuses réminiscences qui s'éclipsaient en quelques secondes. La déroute laissait place à une appréhension plus familière, celle qui le saisissait à chaque nouvelle rencontre depuis qu'il avait lu la haine à l'état brut dans les prunelles de Mary Malone. Elhil, malgré son amnésie, appartenait-il aussi à cette vallée où Vincent Korbaz était un homme monstrueux? Ou bien venaient-ils du même lieu? Il ne se rappelait pourtant pas avoir vu cet étrange aryen à l'ancien refuge. A moins que...

Idée aussi soudaine qu'effrayante, qui acheva complètement ce qu'il restait de l'embarras de Vincent et ne laissa derrière qu'un regard incisif et une voix dangereusement calme.


"Dis-moi, pour toi, on est... on est en quelle année?"

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MessageSujet: Re: Fuite en avant   Dim 3 Aoû - 21:33

Elhil avait approché ses mains du feu. Il fixait pensivement ces deux tâches noires étoilées qui ondoyaient devant l'écran fauve et lumineux des flammes. Ses bras étaient tendus, bien droits, si bien que ses doigts proches du foyer qu'il aurait pu se brûler. Il avait froid.
Il n'avait rien remarqué du brusque changement d'état de Vincent, trop captivé par le feu et distrait par ses pensées infructueuses. Cependant, lorsque le Français s'éloigna de lui en faisant mine de vouloir alimenter le feu, il releva son visage vers lui. Il venait d'avoir un léger pincement au cœur, qui se refléta en une discrète virgule de douleur entre ses sourcils. Il trouvait que Vincent était loin. Avait-il si peur de se retrouver seul pour rechercher une telle proximité ?
Ravalant son étrange et inconvenant sentiment d'abandon, et reporta son attention sur les flammes. Il ramena ses mains vers lui, entourant ses genoux et ses bras pour y reposer son menton. Son regard penché semblait plus triste, plus rêveur aussi. Vincent…Vincent…où l'avait-il déjà vu ? Où avait-il déjà entendu ce prénom ?

"Eh bien, en fait je ne sais pas trop..."

Elhil coula son regard vers le Français, toujours songeur, mais attentif à cette réponse qu'il avait tardé à lui donner. Il le regardait, et voir ses lèvres bouger, formuler une ribambelle de mots lui semblait…anormal. Comme si cette bouche devait rester close, ces lèvres soumises à un mutisme obstiné et quelque part, cruel… Elhil cilla. La fatigue devait alimenter les pensées les plus saugrenues de son esprit…il ne voulait pas que Vincent se taise, non ! Sa voix le rassurait, même si les mots qu'elle portait restaient eux redoutablement accablants :

"Normalement je suis là depuis six mois, mais depuis que je me suis réveillé dans la forêt... Je ne sais plus. J'ai croisé quelqu'un qui m'affirmait être ici depuis plus d'un an, alors que je ne l'ai jamais rencontrée. Tu te rappelles où tu m'as déjà vu?"

Le blond esquissa aussitôt un signe de tête négatif et impuissant, les yeux chevillés une main que Vincent avait laissée sur ses genoux. La peur dansait insolemment dans son ventre, et répandait ses caresses glacées dans tout son êtres ; Elhil frémit, et murmura –presque pour lui-même, tant sa voix resta ténue :

"Je ne comprends pas…"

Il y avait forcément une erreur quelque part. Un piège.

L'éclat des dents de métal. Hurlement. Le blanc de la neige et le rouge du…

Elhil lâcha un hoquet de stupeur et de détresse mêlées, qu'il tenta vaguement d'étouffer en enfouissant son visage dans ses bras. Mais ce maladroit soucis de discrétion laissa filer la réminiscence au loin. Il ne lui resta rien, sinon une mauvaise impression planant au-dessus du mot "piège". Son incompréhension totale, additionnée de l'évidente frustration de ne jamais pouvoir déchiffrer ses propres réactions, firent monter des larmes à ses yeux. Il les laissa couler, puisque son visage était caché, mais sentir ces perles salées rouler sur ses pommettes puis tomber sur les plis de son pantalon ne l'aida pas à se sentir mieux. Non, en fait son désarroi se creusa encore plus.

"Dis-moi, pour toi, on est... on est en quelle année?"


Le ton calme –trop calme- de Vincent le tira presque manu militari de ses pensées brumeuses. Il glissa une main sur ses yeux pour tenter de les sécher, puis releva très légèrement la tête. L'autre humain le toisait avec gravité, comme si la réponse qu'il allait lui donner allait être déterminante. L'année ?

"On…(il se racla la gorge) On est…"

Elhil se figea, et sa voix rendue rauque par l'émoi se bloqua dans sa gorge.

Vertige.
C'était comme si le sol, Vincent, le feu, l'univers entier fuyaient soudainement vers le haut, loin, hors de vue. Ou alors, c'était lui qui tombait. Au fond d'un long puits. Loin, très bas, hors de vue dans les ténèbres.

C'était une question si… simple !

Tu sais, tu devrais t'en souvenir ! C'est l'année de ta mort.
Pas mort. Je peux me réveiller. Je vais le faire…!
Mort ! Tu crois qu'ils vont te laisser tranquille là-bas, après tout ce que tu as fait ?!
Je peux me réveiller !
…Mais le veux-tu ?



Le visage de Vincent est bien là, en face de lui. Mais si loin. Il attend sa réponse.


Tic.

Tac.



S'il l'avait pu, il aurait hurlé de terreur. C'est comme cette bête qui…-là, partout, dans le vent…!- Comme une bête à l'affût. Ces souvenirs. Créature immonde qu'il ne voulait pas approcher.

Je ne veux pas savoir. J'ai peur de savoir.



Elhil ferma ses yeux avec force et sentit confusément ses poings battre le sol avec violence. La douleur qui fusa dans ses poignets chassa la bête, et il se retrouva dans le théâtre délabré, devant le feu. Sous le regard de Vincent.
L'Indien était livide, et des sillons humides dessinaient comme des branches d'étoiles aux coins de ses yeux écarquillés. Le souffle haché, les bras tremblants, il osa cependant risquer un regard du côté du Français. Le noir le brûla, il détourna vite les yeux vers le sol et tâcha de se calmer.
Il ne pouvait pas faire comme si de rien n'était ; il n'était même pas capable d'estimer combien de temps il était resté perdu dans ses pensées. Le regard obstinément rivé au sol, il murmura faiblement :

"Je…j'ai oublié. Je ne m'en souviens pas."

Il mentait, à Vincent ou à lui-même, il n'était pas très sûr. Il savait que cette date se cachait derrière une innocente nuée de son esprit, mais il ne voulait pas assister à la réaction de Vincent. Pas mort, je peux me réveiller. Il ne voulait pas l'entendre dire des choses plus étranges et plus blessantes encore. Nous sommes en vie.

Tic. Tac…

Mais ce n'est qu'une question de temps.
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MessageSujet: Re: Fuite en avant   Mer 13 Aoû - 0:30

Je ne comprends pas. Le plus jeune enfouit sa tête dans ses bras, l'aîné sentit ses épaules s'affaisser. Non, évidemment qu'il ne comprenait pas, personne ne comprenait jamais rien dans cette foutue vallée, lui le premier. Depuis qu'il avait fermé les yeux dans le monde réel, Vincent n'avait pas passé une journée sans se demander ce qu'il lui était passé par la tête, comment il avait pu risquer sa vie aussi négligemment, comment il avait pu être aussi certain de son succès. Et depuis quelques temps, il glissait doucement vers le point de vue de Mary Malone: son héroïsme n'était en fait que de la stupidité mâtinée d'égoisme. Au-delà du défi humaniste, il avait voulu briller, il avait voulu qu'on l'admire et que pour une fois on n'ait d'yeux que pour lui. Résultat, non seulement il s'était condamné à l'enfer sans aucun doute jusqu'à sa mort, mais en plus il n'avait même pas trouvé le moyen de prévenir ses confrères de ce qu'ils faisaient en débranchant les comateux. Zéro sur toute la ligne.

Et là, encore une fois, sa question restait sans réponse. Il aurait voulu savoir en quelle année Elhil pensait se trouver, parce que si le jeune Indien avait donné une date postérieure à 1984, Vincent aurait au moins eu la certitude qu'il s'était écoulé bien plus qu'un quart d'heure pendant son évanouissement, et mieux valait un constat affreux que le brouillard dans lequel il se noyait. Au lieu de cela, tout ce qu'il était parvenu à faire, c'était plonger le jeune homme dans un état d'hébétude rien moins qu'inquiétant.


"Elhil? Tu sais, ce n'est pas grave si..."

Sa voix douce et hésitante mourrut brutalement lorsque l'Indien dégagea l'un de ses poings pour en flanquer un grand coup sur le sol, le genre de coup que l'on peut envoyer dans la face de celui qu'on hait le plus au monde. Ou au contraire celui qu'on porte aux objets pour ne pas démolir son vis-à-vis. Hagard, le souffle court, des larmes s'écoulant en fins sillons lumineux depuis son regard pers, ce si fragile jeune homme fit soudain peur à Vincent, une peur viscérale qui le fit blêmir à son tour et le poussa à s'écarter encore un peu. Une peur qui était entrée en lui six mois auparavant.

En cet instant, l'énigmatique aryen goûtait au désespoir. Beaucoup plus que ce qu'on pouvait se permettre en ce lieu.


"Elhil..."

Vincent esquissa un geste vers le garçon, mais la manière dont celui-ci dévia brutalement le regard pour ne pas croiser le sien l'immobilisa. L'ancien interne se mordilla la lèvre: ce n'était pas son truc de rassurer les gens. Il était déjà mauvais pour ça en tant qu'anesthésiste, et il s'arrangeait toujours pour aller parler aux futurs opérés alors qu'ils étaient déjà sous sédatifs et plus ou moins dans les vapes. Alors de là à gérer ce qui se rapprochait dangereusement d'une tentative de suicide...

"Je…j'ai oublié. Je ne m'en souviens pas."

"Ah?... Tant pis alors..."

L'adolescent était bon comédien, et Vincent le crut. Il aurait aimé le consoler, le rassurer, mais comment faire? Le prendre dans ses bras? L'ancien interne dut réprimer un inexplicable frisson. Non, mauvaise idée. Il se serait senti tellement maladroit que cela se serait avéré carrément contre-productif. Du moins, c'était l'excuse qu'il se trouvait; instinctivement, il savait très bien que pour un être au bord du gouffre, la plus gauche des accolades reste une merveilleuse marque d'affection. En réalité, s'il ne voulait pas enlacer Elhil, c'était parce qu'il en avait trop envie. Beaucoup trop envie.

Mais tu ne vois pas qu'il n'attend que ça?! Quel con, je vous jure...


Allez, il fallait qu'il se secoue. Il ne pouvait quand même pas rester les bras croisés alors que ce pauvre gosse risquait de littéralement mourir de trouille.

"Je peux faire quelque chose pour toi? Tu veux... je vais peut-être aller chercher du bois un peu plus loin."

Il avait assez de réserves pour le feu à portée de la main pour l'entretenir toute la nuit sans même se lever, mais il n'avait pas trouvé mieux pour demander à l'Indien s'il voulait rester seul le temps de se ressaisir. Dans l'idée de lui prouver que personnellement ça ne le dérangeait pas d'aller faire un tour, Vincent fit mine de se lever.

Quel con...

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Elhil
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MessageSujet: Re: Fuite en avant   Mer 13 Aoû - 20:29

Elhil tremblait. Il avait remonté ses genoux lui, ceinturés par ses bras. Ses mains serraient avidement sa peau humide et froide – comme s'il avait peur de disparaître. De se volatiliser comme un fantôme. Non, ce n'était pas le froid qui tendait tous ses muscles et s'insinuait jusqu'à ses os ; c'était plutôt de la peur. Ses yeux rougis, dentelés de larmes accrochées à ses cils, ne parvenaient plus à se fixer : gauche, droite. Vincent. Feu. Sol. Mur. Vincent. Scène. Pluie. Feu. Vincent. Toujours le même manège nerveux qu'il répétait pour ne pas se perdre. Il avait peur que le monde ne s'écroule, encore. Qu'il se noie dans cet effrayant gouffre noir une deuxième fois.


Tu te perds toujours.

Tu tombes toujours. Tu n'arrêtes pas.



Le jeune Indien déglutit difficilement, incapable de contenir plus efficacement ses sanglots. Il avait envie de se convaincre que ce n'était que la fatigue qui le faisait craquer : qu'il lui suffirait d'un peu de repos et il se relèverait. Comme avant. Vincent lui avait dit que ce n'était pas grave s'il ne se rappelait pas de la date. Pourtant il avait l'air inquiet, mal à l'aise. Son regard s'attarda un peu sur le Français, comme s'il le voyait pour la première fois. Vincent. Vincent…


Le goût de sel des larmes. Un souffle rassurant contre sa peau.
…Maintenant, tu vas fermer les yeux, et tu vas essayer de t'endormir…



Le cœur d'Elhil rata un battement, et son regard se braqua sur le feu ronflant comme s'il y avait soudainement remarqué une anomalie. Quelque chose… avait effleuré sa mémoire. Des paroles, une voix. Une promesse ? Non, non, il avait retenu juste ce mot : endormir. Ce mot sembla aussitôt lester de plomb ses paupières. Si seulement il pouvait trouver le repos…
Vincent reprit la parole. Le jeune Indien leva ses yeux fatigués et égarés vers lui, suivant ses mouvements, sans comprendre. Il reculait encore ? Il voulait s'éloigner ?!

NON !

Elhil ouvrit la bouche pour parler, sa gorge se dilata mais aucun son n'en sortit ; il ne put que fixer muettement le Français, sans répondre, sans donner un seul signe d'assentiment ou de protestation. Son souffle s'était soudainement tarit. Il avait sûrement l'air étonné, ou hébété. Les lignes de son visage demeurèrent figées dans cette expression, sans parvenir à exprimer toute la détresse qui ravageait son être.


Ce n'est pas le froid, c'est la peur.




Vertige.




Elhil frissonna, inclina la tête avec une sorte de résignation accablée, et glissa ses mains dans ses cheveux pour planter ses ongles dans son cuir chevelu. Il n'avait pas envie de voir Vincent s'éloigner, ni même d'entendre ses pas faire craquer de plancher : ce serait trop douloureux. Et pourquoi accordait-il tant d'importance à sa présence ? Ce n'était pas normal.



Rien n'était normal.





Rien n'était…vrai.





Ses pupilles s'étrécirent, comme submergées de lumière. Pourtant, il tombait. Là, dans l'ombre qu'il avait évité avec tant d'acharnement. Dans un nuage de plumes noires résonnant des rires d'un corbeau. Il sentit vaguement l'arrière de son crâne heurter durement le sol, après qu'une sensation de vertige eut broyé ses entrailles.



Tic.

Tac.






Qu'est-ce que c'est ?






Elhil gardait les yeux grands ouverts, comme s'il dévisageait le plafond. Son corps gisait amorphe, près du feu. Il était comme mort, et sa respiration s'était d'ailleurs bloquée dans sa poitrine. C'était derrière ses prunelles perses et fixes que tout se déroulait, que la vague balayait tout sur son passage. Tout lui retomba dessus en un seul coup, des souvenirs tels une pluie de plomb. Chaque goutte lui martelant qu'il était mort, que sa famille l'avait débranché, qu'il n'était qu'un monstre spectral qui se nourrissait de la peur de ceux dont il croyait si naïvement faire partie...Que ce maigre espoir qu'il avait nourri n'était qu'une mordante illusion.

Et Vincent…

La bouche du jeune Indien s'ouvrit pour hurler, tandis que dans ses prunelles aveugles s'allumait une lueur malsaine. Son cri était perçant, déchiré par une terreur absolue. Son corps jusque là inerte s'anima de gestes brusques, comme s'il luttait contre une emprise invisible.

Il se souvenait de tout.
Du piège, de Lucie, de l'Arbre et sa prison de glace. De Vincent qui saignait et lui hurlait de le lâcher. Des Bêtes, du bras noirci, du Manoir brûlé. De la montre.




Elhil cilla. Il était à nouveau calme, parfaitement immobile. Il respirait à nouveau, profondément. Chaque souffle d'air qui s'insinuait dans ses poumons semblait geler ses entrailles, et alourdir sa poitrine de pierre. Il se sentait si mal que même respirer lui semblait être un effort insurmontable. Ses doigts frémirent légèrement, mais il retomba bien vite dans une totale inertie.

A quoi bon ?

L'Ombre cligna des yeux avec lenteur. L'avalanche de souvenirs l'avait littéralement assourdi : à présent, il réentendait le chant de la pluie à l'extérieur, le crépitement des flammes et…

Vincent.

A quoi bon, il ne te reconnaîtra pas.

Des larmes brûlantes montèrent à ses yeux, et s'écoulèrent alors que son visage conservait la même expression fixe, lisse de toute émotion. Il tourna légèrement la tête, fouillant l'obscurité floue du théâtre pour retrouver son visage.
Il entrouvrit ses lèvres difficilement, sentant sa gorge malmenée – il ne se souvenait pas avoir hurlé si violemment…-, et tâcha d'articuler :

"Vin...c…cent…?"

Sa voix s'éleva à grand peine, ténue, rauque et tremblante à la fois. Il était exténué, il avait faim. Mais ces sensations de manques n'étaient rien, absolument rien comparées à son besoin de retrouver les bras de son amant. Puisant dans ses dernières forces, il se redressa sur ses coudes, puis en position assise. Ses bras toujours fermement ancrés au sol pour maintenir son équilibre, il sentit un bref instant sa tête dodeliner sous l'effet d'un vertige nauséeux. Il glissa une main lente et prudente vers sa poche, et en sorti délicatement la montre, la tenant en creux de sa main comme pour être le seul à contempler ses délicats reflets d'or et ses aiguilles délicates. Il esquissa un sourire aussi étrange que fugace, puis la replaça au même endroit, heureux de ne pas l'avoir égarée. De longues mèches blondes glissèrent de son épaule, laissant des rets humides se coller à ses joues blêmes.
Le feu était vif, mais pas assez chaud. Il jetait d'amples pans de lumière fauve sur lui, mais sa chaleur semblait s'être amoindrie, et ne lui apportait plus aucun réconfort. L'Ombre leva alors son regard vers Vincent, et se perdit aussitôt dans la contemplation de son visage, plus humain, plus coloré, plus expressif. Ce n'était pas son Vincent, mais cet homme-là lui plaisait également. Il étira un sourire, chaud et vide à la fois, un sourire qui n'avait plus grand chose à voir avec le petit adolescent égaré qu'il était encore il y a quelques minutes.
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MessageSujet: Re: Fuite en avant   Jeu 14 Aoû - 19:54

"Elhil!"

Le mot, ce prénom que quelques minutes auparavant il parvenait à peine à articuler correctement, avait fusé hors de ses lèvres en une exclamation aussi horrifiée que parfaitement prononcée. Au diable la méfiance, les sous-entendus et les longs silences. Le jeune Indien se sentait mal, il s'effondrait sur le parquet roussi, inconscient, perdu et en larmes, et voilà que Vincent n'en avait plus rien à foutre de tout ce qui avait précédé, plus rien à foutre des rares occasions où il avait déjà vu cela, de son vivant, plus rien à foutre de la certitude qu'il aurait dû se mettre à courir vers la bibliothèque aussitôt que l'adolescent s'était effondré. Il n'y avait plus qu'une angoisse, intense et incompréhensible, celle de le voir souffrir, celle de le voir mourir, et Elhil ne pouvait pas mourir, Elhil ne DEVAIT pas mourir!

Trop secoué pour comprendre que son horreur n'avait rien de logique, Vincent qui s'était à moitié relevé n'acheva son mouvement que pour mieux se laisser tomber à genoux auprès du jeune Indien, chercher un pouls à son poignet, un souffle à ses lèvres. Ses mouvements avaient l'automatisme de ceux d'un médecin, mais c'était bien tout ce qui rapprochait encore le Français de son métier: ses pensées, la veille si calmes et précises lorsqu'il avait rapiécé Soledad, n'étaient à cet instant plus qu'un chaos informe de suppliques, de peurs et de colères inexpliquées. Voir ce bel aryen gisant sur le sol, ses yeux pers devenus fixes, le bouleversait comme jamais rien ni personne ne l'avait fait au cours de sa vie - sauf peut-être...

Emilie. Voilà ce qu'il avait éprouvé devant ce qu'il restait d'Emilie.

Choc, vertige. Et ses doigts qui ne trouvaient aucun battement de coeur sous cette peau diaphane.


"Elhil! ELHIL!"

Non, il devait se tromper, il devait forcément se tromper. Il ne parvenait même plus à réfléchir et ses mains tremblaient, comment aurait-il pu sentir quoi que ce fût? Il fallait qu'il se calme, bon sang, ce n'était qu'un jeune inconnu, attachant et paumé, certes, mais un inconnu, merde, un in-co-nnu!

Emilie... et tout son sang étalé sur les feuilles mortes...

Inconnu!

Emilie. Elhil.

Un court instant, Vincent fut tout prêt de s'évanouir, lui aussi, et paradoxalement celui qui se serait relevé à sa place aurait été beaucoup mieux placé pour aider Elhil. Mais le Français s'obligea à rester conscient. Cruelle ironie, il craignait la folie, alors que fou il l'était déjà, à essayer de sauver ce qui ne pouvait l'être. Il craignait la mort, alors que mort, il l'était depuis longtemps. Il se gifla, violemment, pour la deuxième fois en vingt-quatre heures. Puis, les idées un tout petit peu plus claires, il se pencha sur le visage de l'Indien dans l'espoir de sentir sur sa joue encore humide de pluie la vague caresse d'un souffle.

Ce ne fut qu'à cet instant qu'il se rendit compte que ses doigts passaient au travers du poignet d'Elhil. Il les voyait derrière la chair translucide.



Oh.

Mon.

Dieu.



L'Indien hurla, naissance à l'envers, antithèse d'espoir, et Vincent se joignit à lui sans même s'en rendre compte - de toute façon son pauvre cri d'humain terrorisé se noyait dans l'indicible souffrance qui émanait de celui d'Elhil. L'ancien interne s'écarta brusquement, tomba à plat dos, se releva, esquissa trois pas en arrière avant que son dos ne vienne buter contre un morceau de toit effondré. Il aurait pu le contourner aisément, mais cet arrêt semblait avoir définitivement entravé ses capacités de fuite. Au lieu de profiter du bref délai qui lui était accordé, Vincent resta planté là, sous la pluie, la respiration sifflante, le teint crayeux. Ses yeux semblaient soudés au visage d'Elhil.


*C'est ma faute, je ne l'ai pas aidé, je n'ai pas réussi à l'aider. Et maintenant...*

Quelques larmes sur un visage fin. Des yeux pers qui cillaient paresseusement, un sourire étrange et venimeux qui se dessinait.

Vincent croisa son regard.

Et son esprit qui jusque là semblait aussi pétrifié que ses jambes commença à glisser. Oui, glisser, comme lorsqu'on perd l'équilibre en haut d'une dune et que plus on essaie de se rattraper, plus le sable se dérobe, et plus on prend de la vitesse. Vincent glissait, et il tombait inexorablement dans la pire émotion qu'il prouvait alors éprouver, celle qu'il essayait désespéremment de juguler parce qu'elle pouvait signer son arrêt de mort.

Elhil murmura son nom d'une voix maltraitée, et le Français cessa de glisser pour carrément dégringoler tout en bas de la pente. Il ne parvenait toujours pas à bouger le moindre muscle. La montre, il ne la vit même pas.

Non, non, domine-toi, ou fuis, mais je t'en prie ne reste pas planté là, dégage, sauve-toi, il ne faut pas que tu... pas que tu aies...



Peur.

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Elhil
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MessageSujet: Re: Fuite en avant   Jeu 14 Aoû - 21:57

Encore sonné par sa renaissance –ou sa nouvelle mort ? Qu'importe le nom, cela avait été pareillement douloureux – Elhil sentit encore une fois des vertiges ombrageux faire danser des nuées pâles devant son regard. Il battit des cils plusieurs fois, s'acharnant à garder son regard sur lui. Sur Vincent.
Il avait reculé, il était sous la pluie. Collé contre un mur effondré, il le voyait haleter, le visage livide, et son corps transi exhalait un parfum qu'Elhil reconnaissait entre mille. L'Ombre allongea le cou pour mieux humer cette fragrance nourricière, puis pencha la tête de côté en fermant lentement les yeux. Dieu qu'il avait faim... Mais c'était Vincent, il ne pouvait lui faire aucun mal.

Vincent.

L'esprit de l'Ombre restait confus, embrouillé et comme sanguinolent après tant de fureur, et sa lucidité ne subsistait qu'à l'état de lambeaux fuyants. Pourquoi…Pourquoi Vincent n'était-il plus une Ombre, pourquoi lui-même s'était-il cru –sentit, même – humain ?

Pourquoi avait-il peur de lui ?


Le chagrin se fraya un chemin sur les traits de son visage ; il parut blessé, déçu presque, et il inclina presque aussitôt son visage, comme si ce simple geste parviendrait à apaiser la frayeur du Français.


" Je…"


Sa voix s'éleva, toujours aussi ténue et éraillée, puis retomba presque aussitôt dans un silence vibrant de doute. Il ne savait pas quoi dire. Il leva ses grands yeux pers, l'air hagard, et dévisagea Vincent un long instant, sans bouger, sans faire mine de poursuivre son amorce de phrase. Pourtant au bout de ce laps de temps, ses lèvres s'entrouvrirent et il laissa tomber ses mots, comme celui qui jète au hasard des cailloux dans un cours d'eau pour en observer les remous :

"Tu n'as… rien à craindre…"


Elhil cilla, terminant sa phrase presque comme une interrogation. Il s'humecta les lèvres, pensif mais incapable d'alignée une seule pensée cohérente, et tenta de se relever. Son corps était plus léger, plus alerte et vif, quoique considérablement affaibli. Il tint difficilement sur ses jambes – tiens, ses blessures avaient disparues…c'était déjà une bonne nouvelle -, et baissa un vague moment ses yeux sur le feu, puis sur l'anorak qui avait glissé de côté. Il se pencha avec prudente, le ramassa puis tapa un peu sur une manche pour chasser la poussière cendreuse qui y avait laissé des traces. Il suspendit soudainement son geste, happé par un souvenir aussi fulgurant de déchirant :

Quand il y pensait…Oui…la dernière fois qu'il avait vu Vincent, c'était au pied de l'Arbre. Vincent qui hurlait, qui saignait et qui lui hurlait de le lâcher. Et lui qui s'était enfuit à toute jambe, lui avait tenté de mettre la plus grande distance entre son amant et lui. Pour ne pas lui faire plus mal.

Elhil leva un regard presque timide vers l'Humain tétanisé, tandis qu'une interrogation colorée d'espérance battait délicatement des ailes dans son esprit.

Se pourrait-il…



Un clin d'œil suffit. Les gouttes de pluie tombèrent à nouveau sur le sommet de son crâne et sur ses épaules, mais elles lui semblaient moins lourdes, moins accablantes. Il devait toujours lever un peu la tête pour regarder Vincent, de près. Dix bons petits centimètres plus haut, c'était toujours la peine, maintenant mêlée à de l'effroi et de la surprise qui tirait les traits du visage de Vincent. Il s'était approché trop vite, mais s'il avait agit autrement, il se serait peut-être enfuit.
Elhil sourit, doucement, pour tenter le rassurer. Il éleva une main, et la porta à la joue du Français sans pour autant aller jusqu'à la toucher. Quelque chose le retint : une appréhension, une cuisante souffrante qui avait rejaillit dans sa poitrine avec le reste de sa mémoire. Son sourire vacilla un peu, puis refleurit délicatement.

"Tu es tellement gentil, Vincent..."

Il recula sa main. Elhil détacha son regard des yeux noirs de l'ancien anesthésiste, et en lent mouvement de bras, il replaça l'anorak sur les épaules de son propriétaire, l'obligeant à se décaler un peu du plafond tombé pour le glisser dans son dos. Sa lenteur n'était à ce moment pas seulement la résurgence de ses habitudes d'Ombre : il était de nouveau proche de celui qu'il aimait, et il goûtait à cette proximité dénuée de véritable contact avec l'abandon de celui qui ne pouvait en profiter qu'une seule et ultime fois. Ses paupières s'abaissèrent sur ses yeux, et il inspira son parfum. Celui de sa peur, mais aussi celle de l'humain : la fragrance mouillée de ses cheveux noirs, la peau chaude de sa gorge, le froid de son souffle erratique. Il esquissa un mouvement de recul, jugulant fermement sa faim de peur et sa soif d'amour.
Ses mains demeurèrent pourtant serrées sur la fermeture éclair.

"Ne reste pas sous la pluie."

Ce seul murmure servit de prétexte pour tirer sur le survêtement, et obliger l'Humain à le suivre sous le couvert du théâtre en ruines. Il ne le lâcha que lorsqu'ils furent revenus près du feu. Son regard tomba sur les bras de Vincent, plus précisément sur son bras droit. De ce qu'il en voyait, il ne portait plus aucune trace de sa blessure…Mais cela signifiait-il qu'il était totalement débarrassé de ses dons d'empathie comme de ses autres cicatrices héritées de l'Hiver ?
Elhil hésita. Ses yeux pers agrandis par l'anxiété, il releva la tête pour dévisager le Français avec insistance. Pourtant, il demeura immobile, et même si ses entrailles frémissaient littéralement sous son ardente envie de l'enlacer, ses mains restèrent inertes le long de son corps. Il avait peur, beaucoup trop pour risquer de perpétuer le cruel manège de la précédente saison.
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Vincent
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MessageSujet: Re: Fuite en avant   Ven 15 Aoû - 6:48

Depuis six mois qu'il végétait (littéralement) dans cette vallée, Vincent avait eu le temps d'apprendre la vraie signification du mot terreur. Pas la petite trouille que l'on a lorsqu'on se fait frôler par une voiture sur un passage clouté, ou lorsque l'on rate une marche en haut de l'escalier. La terreur. Celle qui vous saisit quand vous voyez votre ami s'abattre en hurlant et souffrir mille morts pendant que l'on débranche son respirateur dans le réel. Celle qui vous étrangle quand l'ami en question relève les yeux et vous regarde avec convoitise. Celle qui vous submerge quand il vous rattrape alors que vous fuyez et qu'il vous mord à la nuque comme un loup enragé. Oui, celle-là Vincent la connaissait. Mais c'était bien la première fois qu'il l'approchait au point de ne même plus pouvoir bouger.

Et pourtant, était-ce seulement à cause d'une trop grande peur qu'il ne s'enfuyait pas?...

Elhil se réveillait, s'ébrouait, ranimait son corps décédé comme on rassemblerait ses pensées. Il promenait partout ce regard translucide qui était devenu le sien, deux yeux sereins à en être vides. Sauf quand ses mouvements de tête s'abrégeaient pour revenir vers sa silhouette, à lui. Et le feu qui illuminait ces yeux-là lorsqu'il croisaient les siens brûlait Vincent d'une abominable angoisse.

Il allait mourir, à présent il en était certain. Les considérations qu'il avait eu quelques minutes plus tôt étaient toujours d'actualité: il était seul, sans armes, beaucoup trop loin de la bibliothèque - et quand bien même il aurait été à deux mètres du porche, quel humain peut battre une Ombre à la course?...


"Tu n'as… rien à craindre…"

...

Pardon?... (premier d'une longue série)

Le jeune défunt se relevait précautionneusement, et pour un peu Vincent aurait pu jurer que son sourire s'était fait plus... affectueux. Ou peut-être était-ce plus gourmand, comment savoir? Les Ombres étaient des expertes en torture psychologique, et le faux espoir était l'un de leur hors-d'oeuvres favoris. Comment accepter d'être rassuré par un tel être? Son attitude calme et douce, était-ce réellement pour l'apaiser, ou bien n'était-ce que pour mieux endormir sa méfiance? Cette délicatesse avec laquelle il ramassait l'anorak et l'époussetait, de la sollicitude ou une cruelle nonchalance? Elhil le fixa à nouveau, et cette fois ce fut Vincent qui baissa la tête: ces iris aquatiques le glaçaient trop, et trop profondément, pour qu'il...

L'Indien était là. En courant d'air, le temps d'un clignement de paupière, là-bas, ici. Il était là, près à le toucher, et ses yeux étaient immenses, inquisiteurs, narcotiques...


Si beaux...


Elhil leva une main, et Vincent s'arrêta de respirer. Les doigts longilignes passèrent si près de sa joue mal rasée qu'il sentit leur fraîcheur, spectrale sur sa peau pourtant déjà bien froide, et son visage perdit ses dernières couleurs tandis que son monde s'obscurcissait, rétrécissait, jusqu'à se résumer à ces prunelles claires qui allait le dévorer. Oui, il allait mourir, et s'il n'avait pas été sur le point de s'évanouir, il se serait rendu compte que ce constat lui apportait avant tout du soulagement.

Sauf que.


"Tu es tellement gentil, Vincent..."

Pardon?...

Un frôlement dans son dos, une masse sur ses épaules. Son anorak?...

Sauf qu'il lui restait encore quelques minutes à vivre, apparemment. Pour l'amusement morbide de cette jeune et terrifiant Ombre?

Qu'est-ce que c'était que cette phrase? Tu es tellement gentil?...

Pour lui remettre son pardessus, Elhil s'était enocre rapproché, et soudain Vincent prenait conscience de son odeur. Oh, elle était discrète, plus minérale qu'organique, tout sauf rassurante. Tout sauf humaine. Pourtant elle était agréable. Très agréable même, au point qu'il avait envie de baisser la tête pour mieux sentir ces fins cheveux blonds. Peut-être même y enfouir son visage. Ils étaient tellement délicats, ils ne pouvaient être que doux, si doux...

Sursaut: il déraillait complètement. Il était pratiquement dans les bras d'une Ombre, et tout ce qu'il trouvait à faire, c'était se noyer dans l'odeur de sa chevelure comme un gamin convaincu que sa niaiserie est du romantisme. Mais d'un autre côté, la partie logique de son cerveau paraissait tout aussi dépassée que le reste: pourquoi Elhil ne le tuait-il pas? Pourquoi n'avait-il même pas goûté à la peur qui s'écoulait pourtant par tous les pores de la peau de Vincent (il en était sûr, on le sent lorsqu'un fantôme vous dévore le coeur à grandes lampées de désespoir)? En un mot comme en cent, pourquoi ce jeune Indien se conduisait si peu comme une Ombre en chasse?

Les mains androgynes resserrèrent leur prise sur ses revers et la créature lui accorda un autre de ses si troublants murmures avant de l'entraîner vers le feu, à l'abri de la pluie. L'ancien interne suivit le mouvement, trop hébété pour songer à résister. Etait-ce parce qu'il s'était montré "gentil" avec Elhil juste avant sa mort? Les Ombres éprouvaient-elles de la reconnaissance? Ce ne pouvait quand même pas être un jeu sadique pour le jeune Indien, si?...


Tu sais que non.


Ils s'arrêtèrent auprès du foyer improvisé, et Elhil le relâcha. Après un temps de latence, Vincent décida qu'il avait froid, et il repassa les bras dans les manches de son anorak - il dut s'y reprendre à trois fois pour viser correctement. Si son corps semblait s'apaiser un peu, ses mains tremblaient toujours. Et il prenait un soin maniaque à ne pas regarder l'Indien dans les yeux. Si seulement ce dernier en avait fait autant...

Silence. Immobilité.


"Merci."

C'était le seul mot qui lui était venu. Merci pour la veste, ou merci de me laisser pleurnicher un peu avant de me trucider? Pathétique...

Ce fut à cet instant qu'eut lieu la coupure de courant, celle initiée par le déplacement ahurissant d'Elhil, confirmée par ses douceurs sans sens. Black out. On débranche tout, ça surchauffe.

Vincent vacilla, chercha à fixer son regard alors que le monde s'écroulait déjà sur lui-même. Comme la jeune créature à ses côtés l'avait fait quelques instant auparavant, il se sentit tomber avant même que ses jambes ne cèdent, et ce fut tout juste s'il eut le temp de s'asseoir avant de tourner de l'oeil de manière peu flatteuse. Instinctivement, il baissa la tête entre ses genoux et passa ainsi cinq longues secondes à attendre que son esprit se décide à remettre le courant, trop hébété pour comprendre qu'il ne surveillait même plus les agissements d'Elhil.

Pfff, surveiller Elhil... comme si cela avait encore la moindre importance...

Lentement, il releva un visage hagard vers la jeune Ombre. Sa peau était si pâle qu'elle tirait sur le gris, et son regard sombre était troublé par la sueur qui lui coulait dans les yeux. Avec un épuisement tout à fait perceptible, il voulut articuler la seule question qui lui importait alors. Et ses pensées dérapèrent sur le gouffre noir de sa mémoire.


"Qu'est-ce que tu veux, mon ange?"

Non, lui-même n'avait pas entendu les deux derniers mots qu'il avait prononcé. Ils détonnaient tellement, pourtant, ces deux mots. Alors que le début de la question n'était que désillusion et peur, la fin semblait presque légère. Presque joueuse. Et aussi peu moqueuse qu'elle était ouvertement amoureuse.

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Elhil
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MessageSujet: Re: Fuite en avant   Ven 15 Aoû - 13:47

Elhil joignit ses mains nerveusement au niveau de son ventre, comme pour faire jouer les articulations de ses doigts, et ainsi les distraire de ce réflexe insatiable qui les poussait vers Vincent. Il avait envie de le toucher. Pour savoir. Ne serait-ce que pour être fixé…

Mais le pouvait-il ? En était-il seulement capable ?

"Merci".

La gorge d'Elhil se serra, et il hocha presque imperceptiblement la tête sans cesser d'observer l'Humain. Qu'il était beau, cet Humain…Ce Vincent comme tombé des cieux d'un autre temps. Cet homme qu'il était trente ans plus tôt.
Celui pour qui "Elhil" ne pouvait être rien de mieux que le synonyme de "danger".
Un pli de douleur se dessina entre ses sourcils, tandis qu'il baissait la tête sous le coup de ce rappel trop brutal. Il serra avec force sa main comme pour se broyer les phalanges. A cela s'ajoutait l'insoluble interrogation de ce qu'il devait faire. Laisser Vincent partir ? L'emmener avec lui ? ..Ne risquait-il pas sa vie en demeurant au village des Humains ?


Vincent chuta.
Un frisson électrisa le corps de l'Ombre, aussitôt extirpée de ses pensées inquiètes. Ses yeux s'arrondirent d'une peur aussi soudaine que mordante. Le voir tomber.

Comme la dernière fois.

"Vincent !"

L'exclamation paniquée lui avait échappé sans qu'il n'y prenne garde. Il fut agenouillé auprès du Français dans la seconde qui suivit, ses bras pétrifiés dans une amorce de mouvement vers lui. Ses doigts tremblèrent, se refermèrent sur le vide, et enfin il ramena ses bras contre lui. Non, ne pas le toucher.

"Lâche-moi ! Mais lâche-moi!"… Le sang qui coulait sur ses lèvres. C'était de sa faute.

Il ne put que fixer avec inquiétude l'humain prostré et comme sonné, le souffle court et le cœur battant. Le silence qui s'ensuivit, au lieu d'instaurer le calme dans son esprit, était ces silences qui alimentaient la nervosité et poussaient à des gestes désespérés et démesurés. Mais Elhil lutta contre les injonctions violentes dictées par son instinct. Il ne pouvait pas…Non, il ne voulait pas que ça recommence.

Sa faute.

"Vincent… ?"

Il murmura son prénom d'une voix nouée d'angoisse, penchant la tête pour tenter de croiser le regard anthracite du Français. Quelques mèches blondes ruisselèrent de ses épaules, effleurant l'un des genoux de Vincent.

Pourquoi ne dit-il rien ?

Vincent releva la tête. Leurs regards se croisèrent, et Elhil eut envie de fondre en larmes. Une fatigue extrême se lisait sur son visage, il semblait être à bout de force… L'Ombre se mordit la lèvre pour chasser les larmes délatrices qui voulaient brouiller sa vue. L'anesthésiste ouvrit la bouche, et ses derniers mots n'eurent pas moins d'effets que des flèches décochées en pleine poitrine. Les muscles d'Elhil lâchèrent ; il tomba assis sur ses talons, les bras ballants et le cœur fendu et tordu d'un mélange paradoxal de joie et de peine. "Mon ange"...! Elhil sentit des larmes couler sur ses joues, lourdes et paresseuses. Il déglutit faiblement, et approcha une main pour effleurer la chevelure sombre de l'ancien interne, timidement, furtivement.


"Ce que je veux…"


Son ton était pensif, interrogateur. Que voulait-il ?

Elhil marqua une pause, s'approcha avec lenteur de Vincent pour s'asseoir auprès de lui, en passant un bras par-dessus son coude pour prendre appui sur le sol calciné. Il le regarda, les yeux emplis d'un espoir qu'il savait à l'agonie depuis longtemps déjà, et lâcha un soupir. Dieu, qu'il était beau…pourquoi avait-il fallut qu'il s'éloigne de lui si longtemps ?

Hésitation.

L'Ombre cilla. Elle éleva sa main libre, et l'approcha avec précaution du visage de Vincent.

Doute. "Lâche-moi, mais lâche-moi !"

Mais l'envie fut cette fois la plus forte. Si, il savait ce qu'il voulait. L'extrémité de ses doigts effleura la peau de sa joue blêmie par une barbe naissante, flirta avec la ligne de sa pommette avant de s'éloigner. Les yeux d'Elhil étaient grands ouverts, ses prunelles guettant avec anxiété la moindre réaction violente de Vincent. Si rien de semblable à ce qui s'était déroulé dans la clairière ne se produisit, Elhil n'en demeura pas moins inquiet. Il recula sa main, la ramenant contre son cœur comme pour s'approprier des miettes de chaleur humaine dérobée du bout des doigts. Oui, il savait parfaitement ce qu'il voulait. Un vague sourire apparu à ses lèvres, vacillant comme un reflet de lune à la surface de l'eau.

"Dis-moi …" Murmura-t-il alors dans un souffle échoué près de l'oreille de Vincent. "Dis-moi que tout ira bien…"
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Vincent
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MessageSujet: Re: Fuite en avant   Ven 15 Aoû - 19:39

Intéressant non-sens: alors qu'il avait manqué s'évanouir à l'instant, Vincent se sentait mieux. De mieux en mieux, même, ou plutôt de moins pire en moins pire. Comme si son esprit avait absorbé trop de peur et de questions depuis son réveil dans la forêt, et qu'à présent il saturait au point de juguler toutes les questions un tant soit peu compromettantes qui lui venaient. Le Français était toujours amnésique, perdu dans une communauté humaine qui le haïssait. Il avait toujours la sensation d'avoir perdu sa seule raison de vivre en même temps qu'Emilie. Mais il venait de décider que continuer à se morfondre de la sorte ne ferait que le rendre fou, et que même si la situation actuelle le terrifiait, cette vive et forte appréhension valait mieux que l'insidieux mârasme qui le dévorait de l'intérieur.

Il se passa une main sur le visage pour balayer pluie et transpiration, tout en observant du coin de l'oeil la réaction d'Elhil. Il avait été plus que surpris de relever la tête pour trouver l'Ombre assise à ses côtés, avec ce qui ressemblait énormément à de la sollicitude - et cette manière qu'avait le jeune Indien de murmurer son nom... Les doigts de la délicate créature revinrent flirter avec son visage, pour cette fois effleurer les cheveux légèrement ondulés qui lui tombaient sur le front, et si Vincent ne put retenir un frisson, il parvint à ne pas reculer. S'il n'arrivait pas à comprendre l'attitude d'Elhil, et qu'il n'était pas encore assez suicidaire pour faire confiance à une Ombre affamée, il avait néanmoins deviné que l'Indien éprouvait envers lui plus de fascination que de convoitise - enfin, pour l'instant. S'il jouait le jeu, il pourrait peut-être s'en sortir.

Sans oublier une raison beaucoup moins avouable, mais qui se faisait de plus en plus évidente au fur et à mesure que Vincent se calmait: l'ancien anesthésiste, fidèle à ce qui lui avait toujours valut les pires ennuis, était curieux. Il était extrêmement impressionné par le simple fait que l'adolescent devenu Ombre avait gagné dans la mort une séduction hypnotique des plus troublantes, une sorte de magnétisme sinistre qui aurait fait de l'effet à n'importe quel humain, même à lui, le brave hétéro peu aventureux (cataloguer cette attirance comme quelque chose d'artificiel dû à la nature même des Ombres était très confortable pour Vincent, qui n'avait aucune envie d'envisager une autre explication). Et puis, le Français aurait vraiment aimé savoir ce qu'il se passait dans la tête d'Elhil, pourquoi il était si doux, pourquoi il retenait en permanence ses gestes, comme si le moindre de ses frôlements pouvait s'avérer fatal pour l'humain qu'il côtoyait.

C'est en espérant obtenir une réponse à cette dernière question que Vincent s'obligea à rester immobile lorsque l'Ombre l'approcha à nouveau. La main juvénile hésita, voleta un instant, puis l'ancien interne sentit ses doigts se poser sur sa joue. Un tressaillement qui ne pouvait être dû au froid dégringola le long de son dos, en nouant tous les muscles au passage. Les yeux d'Elhil étaient grands ouverts, et Vincent s'y noyait. La caresse s'accentua pour passer sur sa pommette, et le frisson se dissipa en un étrange engourdissement qui gagna l'ensemble de son corps. Ce n'était pas désagréable, mais c'était étrange. Indéfinissable. Pas la flatterie qu'on accorde à l'animal que l'on va sacrifier, pas le réconfort destiné à un ami effrayé. C'était... ce n'était pas dirigé vers lui, en fait. Le Français avait l'intime sentiment que quelque fût la raison de ces doigts sur sa peau, elle était tout à fait égoïste: c'était une chose qu'Elhil accomplissait pour lui-même, pour lui seul.

Pourtant Vincent éprouva quand même une infime déception lorsque la main glacée s'éloigna. Ce ne fut qu'à ce moment, alors que son engourdissement lui faisait penser qu'il était calme, que l'ancien anesthésiste se rendit compte que son coeur battait beaucoup trop vite. A cause d'un cocktail d'émotions bien trop complexe (et dangereux) à décortiquer. Le Français resta de marbre.

La jeune Ombre lui répondit alors, toujours avec cette voix qui n'était qu'un souffle, comme si parler plus fort aurait pu suffire à briser la singulière atmopshère tissée de peur et d'incrédulité qui s'était installée entre eux - peur et incrédulité, mais plus de méfiance: peut-être que Vincent n'était pas en sécurité, mais il ne se sentait pas non plus menacé. Enfin, pas vraiment.


Ce souffle juste sous son oreille...


Très désireux de cacher sa surprise et son malaise quant à la demande d'Elhil, l'ancien interne s'appliqua à s'asseoir en tailleur et à détourner la tête. Que pouvait-il répondre à cela? Que dire à une Ombre, à un mort? Que dire à quelqu'un qui le sentait quand vous ne disiez pas la vérité?

"Je ne peux pas te dire ça. Pas sans mentir."

Il commença par glisser un coup d'oeil à Elhil, à travers les cheveux qui dissimulaient fort opportunément son regard. Mais l'expression qu'il vit alors sur le visage de l'adolescent heurta quelque chose de bien plus intime que sa réserve habituelle de compassion, et il dégagea la mèche protectrice derrière son oreille pour se tourner complètement vers l'Indien. Ses yeux marrons soulignés de cernes étaient assombris par son expression sérieuse, au point qu'on aurait presque pu y deviner un reflet du chef des Ombres en sommeil.

"Mais... je ne te ferai pas de mal. Et tu n'as pas l'air d'avoir très envie de m'en faire non plus. Alors peut-être que tout n'ira pas bien. Mais pour nous deux, là, maintenant, il n'y a pas de raison que ça se passe mal."

Il fit de son mieux pour sourire, avec l'impression que ses traits n'étaient absolument plus adaptés à une telle expression. Il avait l'impression d'avoir encore quelque chose à dire, quelque chose qui donnerait un peu moins l'impression qu'il priait pour son propre salut. Quelque chose... eh bien oui, de gentil.

"Je suis désolé pour... tout à l'heure. Je voulais seulement t'aider."

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MessageSujet: Re: Fuite en avant   Sam 16 Aoû - 10:38

Ce picotement qui sillonnait imperturbablement sa nuque pour se muer, plus bas sur son dos, en grondement électrique qui faisait tressaillir ses muscles, devait être la manifestation de son désir frustré. Frustré, car même s'il avait grappillé quelques effleurements rassurants, son désir était toujours là, immense, et surtout irréductible, torturé par la docile proximité de Vincent.

Elhil soupira. Il dévisageait son amant redevenu humain comme pour mémoriser chaque trait, chaque courbe et signe particulier de sa pâle figure, les lignes d'encres de ses cheveux…des détails qu'il connaissait déjà, mais qu'il redécouvrait sous un jour…différent.


"Je ne peux pas te dire ça. Pas sans mentir."


Le feu émit un craquement sec, et une gerbe d'étincelles s'éleva au-dessus des flammes. Elhil, les yeux mi-clos, parut soudainement s'abandonner dans la contemplation de la manche droite de l'anorak de Vincent. Déçu ? Non, pas vraiment. Il avait effectivement espéré distinguer dans sa réponse un élément qui lui rappellerait Vincent, le chef des Ombres, mais cette répartie lui convenait aussi bien. "Pas sans mentir", hum ?
Non, c'était bien. Très bien. Il éleva une main à son visage et balaya impitoyablement des larmes qui voulaient lui signifier le contraire. C'était Vincent, il n'avait pas à se lamenter parce qu'il était un peu différent !

Le Français reprit soudainement la parole, après s'être tourné vers lui. Elhil releva progressivement la tête, intrigué, à la fois par ses paroles et par l'assurance de son regard, et ponctua sa réplique par une mimique presque amusée, reflet du sourire qui venait d'apparaître sur les lèvres de Vincent.


"Tu n'as rien à craindre de moi." Répéta-t-il avec lenteur.


Et il devait bien être l'une des rares personnes dans toute la Vallée à pouvoir l'affirmer en toute honnêteté. Elhil s'humecta les lèvres pensivement, puis inclina de nouveau la tête. Il ne savait vraiment plus quoi faire, quoi dire. Sa raison lui dictait de laisser Vincent retourner vers les Humains, mais cette idée était mordue de tous côtés par son égoïsme d'amoureux, celui qui martelait qu'il ne voulait plus jamais quitter Vincent, l'Humain ou l'Ombre.


"Je suis désolé pour... tout à l'heure. Je voulais seulement t'aider."

Silence – passablement étonné par ailleurs. Après un battement de cils perplexe, l'Ombre prit une longue inspiration, et répondit :


"Je suppose que cela devait arriver, de toute façon…"


Mais au fil de ses paroles, il se souvint –non sans sueurs froides- que cette métamorphose n'était pas normale, qu'il s'était passé quelque chose qui pour une fois aurait pu être bénéfique pour eux, et que cela avait été sans doute sa seule chance de recouvrir son humanité tant regrettée…Ses trois derniers mots émergèrent d'entre ses lèvres en un murmure enroué, appesantit d'une crainte chagrinée.


"…Mais…merci…Pour ne pas m'avoir laissé tout seul, Vincent."


Ses yeux pers se rivèrent avec une intensité songeuse sur le visage de l'ancien anesthésiste. Le frisson revint à la charge sur sa colonne vertébrale, et se propagea insidieusement dans tout son corps en une vague aussi patiente qu'impitoyable. Il avait envie de se réfugier dans ses bras –goûter à sa chaleur humaine. Mais il ne le pouvait pas, n'est-ce pas ? Pas sans l'effrayer, pas sans se faire rejeter aussitôt.
Elhil tendit sa main et prit avec délicatesse celle de Vincent, enroulant tous ses doigts autour de son index et son majeur –comme il l'avait fait, une fois, il y a longtemps -, avec la prudence de l'enfant qui cherche la main réconfortante d'un aîné, avec la timidité de l'amoureux qui n'ose pas franchir des limites chimériques. Sa peau était chaude –du moins, bien plus que la sienne.
Elhil se calma, se détendit même, et il ferma même les yeux, souriant, et savourant la mélodie des pulsations qu'il sentait sous la peau de Vincent. Cela lui donnait un peu l'impression qu'il était désormais impossible qu'il puisse être séparé de lui. Une impression illusoire, sans doute, mais réconfortante pour une âme droguée de rêves.
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Vincent
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MessageSujet: Re: Fuite en avant   Jeu 21 Aoû - 21:15

Dans l'esprit fatigué du Français, la réponse d'Elhil suscita une étrange et réconfortante colère, presque de l'indignation. Non, ce genre de choses n'auraient pas dû arriver "de toute façon". Pensée d'un humain amer, mais également esquisse de l'opinion du chef des Ombres: les dés étaient pipés. Comment aurait-il pu en être autrement? Le but du jeu était de garder l'espoir, mais l'arbitre se nourrissait des perdants. Déjà de son vivant, Vincent avait commencé à comprendre que tout était truqué, que la Vallée tirait toutes les ficelles. L'idée qu'on puisse se jouer de lui l'ulcérait. Mais qu'Hollow Dream manipule Elhil, allez savoir pourquoi, cela lui donnait envie de hurler.

Voilà pourquoi, lorsque le jeune Indien le remercia d'être resté, Vincent se contenta de secouer mollement la tête, mi-embarrassé, mi-protecteur. A présent, il ne regrettait plus de ne pas avoir détalé en courant lors de la transformation du jeune Indien. Certes, il était toujours dans un état d'incompréhension et de peur qui frisait l'hébétude, mais au moins avait-il gagné quelque chose à affronter le regard du monstre, ce monstre qui lui assurait que rien ne lui arriverait. Ce monstre qui, il le réalisait enfin, était mille fois plus gentil avec lui que n'importe lequel des humains qu'il avait croisé depuis son réveil.

Vincent glissa un autre sourire à Elhil. L'Indien lui prit la main.

L'ancien interne abaissa un regard stupide sur l'étreinte de l'Ombre. La paume d'Elhil était froide, si froide... Pas comme ses doigts à lui, en chair vivante gelée par la pluie. Le corps du fantôme n'était qu'esprit, désespoir et désillusion, et c'était cette glace qui faisait frissonner Vincent, l'immonde blizzard qu'une âme morte représente pour une vivante.

Vivante.

Mais pourquoi alors cette lointaine impression que ce froid aurait dû être de la chaleur? Chaleur dans son coeur. Cette manière de saisir seulement deux de ses doigts était rassurante, douce, craintive. Vague souvenir, sensation que c'était un geste de confiance, une si grande confiance pour lui qui... ne la méritait pas?... Lentement, malgré leur engourdissement, ses propres doigts se refermèrent sur la timide caresse d'Elhil, et Vincent fut lui-même surpris de les voir resserrer leur prise jusqu'à ce qu'ils puissent tous se glisser au creux de la paume de la jeune créature. Depuis la mort d'Emilie, personne ne lui avait accordé le moindre témoignage d'affection, le moindre réconfort. Que cela lui vienne d'une Ombre lui faisait l'effet d'un grand vide, et soudain Vincent se rendit compte qu'il pleurait.


"Pardon..."

Il s'essuya les yeux de sa main libre, peu désireux de subir ce qu'il estimait être une humiliation supplémentaire - il n'avait jamais supporté de pleurer devant les autres. C'était trop impudique. C'était trop plaintif. Et devant ce jeune homme mort, c'était à la limite de l'obscène.

Et pourtant. Peut-être était-ce à cause de la caresse, peut-être était-ce parce que c'était une Ombre, ou plutôt parce que c'était Elhil. Ou peut-être que Vincent se rendait compte qu'au point où il en était, il avait besoin de parler à quelqu'un. Sans qu'il puisse expliquer pourquoi, son coeur avait choisi cet être qui était pratiquement mort dans ses bras.


Non, c'est moi qui l'ai choisi. Toi tu ne peux pas comprendre. Pas encore.


"Je suis désolé. Je... j'ai perdu... quelqu'un. Juste avant de me réveiller, il y a deux jours, enfin je crois. Elle... elle s'appelait Emilie. Elle était tout ce que j'avais. Et elle non plus, je n'ai pas su l'aider. Les Chimères..."

Un regard inexpressif pour le feu, qui grondait toujours de sa bienveillante chaleur.

"J'ai même perdu son pendentif. C'était tout ce qu'il me restait d'elle."

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MessageSujet: Re: Fuite en avant   Ven 22 Aoû - 13:37

Sentir la peau de Vincent glisser sous ses doigts avait noué la gorge d'Elhil, qui garda les yeux clos comme pour mieux ressentir ce contact apaisant. Au-dessus de l'océan bouillonnant d'émotions contradictoires qui avait submergé son être, cette petite sensation de bonheur battait des ailes timidement. Vincent ne souffrait plus, Vincent ne pouvait plus lire dans ses pensées !…Mais surtout, il ne s'était pas attendu à une réaction si positive de sa part… L'humain l'avait accepté, et ce simple petit geste pour lui tenir la main plus confortablement raviva des braises d'espérance dans son cœur d'Ombre.

"Pardon".

Elhil ouvrit lentement les yeux, étonné, et porta son regard sur le Français juste à temps pour voir une larme filer le long de sa joue. Le papillon perdit un peu de hauteur, comme heurté par une bourrasque trop violente. Il…pleurait ?

"Vincent…?"

Les lèvres d'Elhil restèrent entrouvertes après avoir laissé filer un murmure à peine audible. Dans ce souffle, son nébuleux corps d'Ombre s'était déplacé, plus près de Vincent. Quelques mèches blondes retombèrent délicatement, comme portées par une brise inexistante. Il était à genoux, en face de l'humain. Leurs mains entremêlées reposaient sur l'un des genoux de Vincent, tandis que celle encore libre d'Elhil venait de se poser avec douceur sur l'autre genou, pour y prendre délicatement appui.
L'ancien anesthésiste parlait. Les mots s'échouaient lentement, l'un après l'autre comme des vagues tranquilles dans l'esprit d'Elhil, laissant après leur passage des traces humides, des dessins qu'il n'essayait pas de comprendre. Emilie…?
Les muscles de l'Ombre semblèrent se détendre, se il fit sensiblement moindre proche. Il observait Vincent fixement, mais avec douceur. Son visage était près, il lui suffirait juste de se pencher un peu pour baiser ces sillons brillants au coin de ses yeux. Il semblait si triste.
C'était… parce que Emilie était morte que Vincent était devenu une Ombre ?

"J'ai même perdu son pendentif. C'était tout ce qu'il me restait d'elle."

Elhil cilla. Ce pendentif, était-ce celui…

"Je suis sûr que tu le retrouveras...Rien n'est jamais totalement perdu, ici."

La jeune Ombre esquissa un sourire timide en inclinant légèrement son regard, doutant un peu de ses propres mots. Sa main se serra sensiblement sur celle de Vincent. Trop de choses venaient lui rappeler qu'ils étaient encore séparés, malgré la proximité actuelle de leurs corps.

Cet Humain qui ne le connaissait pas, celui qui vivait dans le souvenir d'Emilie.

L'Indien demeura silencieux un long moment, les yeux mi-clos et comme perdus dans ses pensées. Il avait envie de lui dire qu'il l'aimait, mais ce furent d'autres mots qui émergèrent d'entre ses lèvres pâles :

"Tu peux pleurer, si tu le veux…"

Le feu renvoya des étincelles dans ses prunelles claires qu'il venait de poser avec tendresse sur le visage de Vincent. Il libéra ses mains, les remontant avec patience jusqu'aux épaules du Français. Avec une légère pointe d'hésitation, il serra Vincent entre ses longs bras blancs et glacés, et fut aussitôt envahi par une émotion diffuse mais violente, qui embrasa ses entrailles. Elhil lâcha un soupir indéfinissable, et enlisa une main dans la chevelure noire et légèrement humide du Français. Ce corps vivant, au sang chaud, ce bel écrin d'une espérance encore entretenue… Mais tellement fragile.
…Et aussi cette peur, cette écharpe sombre qui dansait sournoisement devant ses yeux, appétissante, appelant presque à être dévorée.
Elhil crispa les mâchoires, et ferma les yeux avec force.
Non.

L'Ombre inspira longuement, les yeux clos. Son cœur battait à toute allure dans sa poitrine, ému par le moindre frôlement de tissu, le souffle chaud qu'il percevait sur son cou, par la seule conscience de la présence de Vincent. Sa tête lui tournait un peu, il avait froid sans trembler.

"Tu peux pleurer…" Répéta-t-il dans un souffle.


[Pardon c'est pas chuper x,x"]
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MessageSujet: Re: Fuite en avant   Sam 30 Aoû - 0:30

La proximité d'Elhil se faisait gênante. Pas plus menaçante que précédemment, mais... eh bien oui, gênante. L'Ombre avait des manières d'une surprenante familiarité; ses caresses au visage, sa manière de lui prendre la main, cette façon de s'agenouiller face à lui, pratiquement entre ses jambes à moitié repliées. Son intonation lorsqu'il l'appelait par son prénom, ce ton qui l'avait littéralement ébouillanté de désir quelques minutes auparavant. C'était extrêmement troublant, d'autant plus que cela venait d'un individu masculin. Même si Vincent aurait été bien en peine de jurer que cela lui déplaisait. Surtout à présent, alors qu'il avait enfin osé parler d'Emilie; un aveu qui avait allégé sa conscience de manière spectaculaire, non seulement la partie qu'il maîtrisait, mais également (et surtout) celle qui se tapissait dans les abymes de sa mémoire en morceaux.

Il l'avait aimée. Mais elle était partie. En le laissant derrière-elle.

Toujours aussi mal à l'aise, l'ancien interne haussa les épaules lorsque Elhil lui affirma qu'il retrouverait le pendentif: il n'en était pas convaincu, mais encore une fois, l'attention de l'Indien lui faisait plaisir. Décidément, il ne parvenait pas à comprendre ce que le frêle jeune homme attendait de lui, et l'espèce de flou artistique qui régnait dans son esprit à ce sujet n'était pas fait pour le rassurer. D'un geste nerveux, il s'essuya à nouveau les yeux.

Lentement mais sûrement, il commençait à se poser une question au goût amer: si le Elhil humain lui avait assuré ne pas le connaître, en était-il de même du Elhil Ombre?...


Oh mon ange, quelles cruautés je t'impose... encore...


Bref vertige. La main qui balayait compulsivement la moindre esquisse de larme se figea sur ses yeux et se resserra sur ses tempes, comme elle l'aurait fait si Vincent avait dû lutter contre une migraine particulièrement virulente. A cause d'elle, il ne vit pas qu'Elhil cherchait à lui parler.

Par contre il l'entendit très bien.


"Tu peux pleurer, si tu le veux…"

Silence, long silence brisé seulement par les crépitements paresseux du feu de camp. Vincent laissa doucement sa main retomber sur sa cuisse, trop incrédule pour trouver quelque chose à dire. Il se contenta de rendre au fantôme le regard que celui-ci lui accordait, et les iris pers d'Elhil étaient tellement doux et bienveillants derrière leur voile de mort que Vincent eu l'impression que sa poitrine s'était faite trop petite pour le coeur qu'elle contenait.

Les mains blanches quittèrent ses genoux, se glissèrent autour de son cou. Surprise et peur qui s'affolent et se téléscopent, engendrant des pensées pertinentes et insensées: il va serrer et me tuer, il veut m'aider, c'est le couronnement de son piège, c'est la fin, c'est seulement...

Elhil l'enlaça. Son long corps mince vint se lover contre le sien, fantôme glacial à en faire tressaillir, et l'une de ses mains s'infiltra dans les vagues noires de sa chevelure, se coula à l'arrière de son cou. Esquisse d'une caresse. Vincent émit un hoquet étranglé, confus de terreur, de stupeur... et de plaisir. Parce qu'il adorait qu'on le touche de cette manière, exactement là, à la base des cheveux, et qu'il aurait été incapable d'expliquer pourquoi, mais Elhil le savait.

Elhil le connaissait.


"Tu peux pleurer…"

La respiration que Vincent avait instinctivement bloquée s'échappa en longues volutes brûlantes sur l'épaule du fantôme, et l'humain serra les paupières dans l'espoir de retenir les larmes qui, justement, lui montaient aux yeux. Le jeune Indien était froid, et pourtant son étreinte le carbonisait de l'intérieur. Oui, oui cette Ombre le connaissait, et sans doute qu'il aurait dû la connaître. Quant à ce qu'il aurait dû éprouver...

"Elhil?..."

Son ton était si chargé d'incertitudes qu'il en devenait presque paniqué. Pourquoi? Comment? C'est le bordel dans ma tête, tu me fais peur et j'aimerais savoir, j'aimerais comprendre pourquoi je ne fuis pas, pourquoi cela me fait tellement de bien de t'avoir avec moi, pourquoi... pourquoi je...

Pourquoi je me sens très mal, tout d'un coup.

La chaleur du feu semblait s'être faite moins perceptible, tout comme les reflets rouges qu'il projetait sur ses paupières closes - paupières qu'il ne parvenait plus à soulever. Il savait que son incompréhension des choses avait déjà commencé à se changer en une peur invincible, tout comme il savait qu'Elhil le serrait dans ses bras, mais tout le reste (y compris le lien entre les deux informations) s'écroulait à une vitesse alarmante, et l'ancien interne était déjà incapable de comprendre ce qu'il lui arrivait.


"J'ai froid..."

A peine un murmure, qui parût lointain à Vincent lui-même. Comme s'il sombrait dans un océan d'opiacés. Il tombait, s'éloignait de la réalité, et parce qu'il y était encore raccroché c'était désagréable, peut-être même douloureux - il n'aurait pas su le dire. A peine eut-il conscience que son corps s'affaissait, que sa tête partait en arrière. Tout était froid. Tout était noir. Tout était triste, tellement triste...

Court-circuit. L'humain qui s'effondrait rouvrit les yeux, sa main droite jaillit en avant, crocheta la nuque d'Elhil, et soudain ses lèvres se trouvèrent jointes à celle du jeune Indien, tremblantes, ferventes, fugitives. Un mouvement de recul, un doux rire. Et un regard couleur d'abysses.


"Je t'aime mon ange. Mais fais attention, ou tu vas nous tuer tous les d..."

Fin du court-circuit. Le noir s'effaça, le brun opacifié s'imposa à nouveau. Et un humain, pour l'instant encore bien vivant, finit de s'évanouir.

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MessageSujet: Re: Fuite en avant   Dim 30 Nov - 20:29

Un, deux…

Elhil comptait les secondes. Cinq, six…Chacune sembla délicieusement longue, et rageusement fuyante. Dix, onze…
Les yeux sereinement clos, il égrenait le temps qui passait, étreignant son amant comme pour endiguer le cours des secondes. Il était heureux, mais comme il était Ombre cette étincelle brillante jetait des pans d’obscurité tout autour de lui. Heureux mais triste, désolé, impuissant. Il était aux yeux de Vincent un inconnu, une Ombre, une créature assassine, tout sauf une source de réconfort et d’apaisant. Tout, sauf ce qu’il aimait.

« Elhil ? »

L’Ombre ne réagit pas. Sa main glissa dans une caresse tendre sur sa nuque, jouant de la douceur de ses boucles humides. Attends, Vincent. Laisse-moi rester là, encore un peu. Juste un peu…
Il inspira. Et il se sentait bien, grisé par une sorte de parfum délicieux, doux-amer, une caresse tiède sur son front et la promesse d’un foyer retrouvé. Il avait patiemment repoussé les barrières d’appréhension qui l’avaient retenues de toucher Vincent. Ne pas être repoussé, enfin, à présent qu’il osait enlacer cette créature inexplicablement vivante, ce reflet de Vincent si étrange, si attirant et effrayant à la fois. Il se sentait si bien…
Le souffle chaud de Vincent qui flattait sa gorge se fit plus erratique, presque brûlant. « J’ai froid ».

Elhil ouvrit les yeux, à regrets - car confusément il savait, il pressentait que quelque chose était forcément allé de travers. Qu’il ne pouvait pas ressentir un tel apaisement sans une terrible contrepartie. Ses yeux pers s’ouvrirent, coupables, déjà flagellés de larmes minuscules au bout des cils.
Vincent tombait en arrière. Il s’était nourri de sa peur. Il le tuait.




Mon dieu.




D’instinct, mais aussi par pure terreur, Elhil amorça un mouvement de recul désemparé -comme si le seul fait de s’éloigner de Vincent rallumerait la flamme de sa conscience. Mais il se passa autre chose ; Elhil ne comprit pas, l’humain, éveillé, le prit de vitesse. Sa main fusa, agrippa sa nuque et bloqua sa fuite en arrière pour le ramener à lui. L’Ombre manqua de peu de pousser un gémissement de surprise et de peur mêlés, esquisse qui mourut à son tour, car aussitôt mise sous le scellé d’un baiser furtif, qui balaya le reste de l’univers. Un univers qui éclata, lumineux, fertile, dans l’espace d’un rire éphémère et doux.

"Je t'aime mon ange. Mais fais attention, ou tu vas nous tuer tous les d..."

Et retomba dans les ténèbres d‘un vide froid et infini. L’humain -non, Vincent- tomba au sol, inconscient. Laissant une Ombre à la poitrine écorchée d’une émotion trop violente pour que ses seules larmes lourdes l’en consolent. Haletant, les mains ancrées au sol pour ne pas chuter à son tour, Elhil fixait muettement le visage de Vincent. Comme dans l’attente d’un autre signe, d’un autre mot lui permettant de croire que son Vincent n’avait pas totalement disparu, qu’il était là, quelque part derrière ces prunelles marrons.
Rien ne vint, évidemment. L’humain était vidé de ses forces, pas à un seuil critique, mais suffisamment pour que son sommeil dure très longtemps. Elhil se redressa, le cœur encore battant, le souffle court, hanté par les derniers mots du Français. « Tu vas nous tuer ».

Sa faute. Encore.

Elhil porta ses mains à son visage pour suivre le cheminement harassé de ses larmes le long de ses joues livides, l’esprit stérile de pensées, le cœur déserté par le soulagement et la joie qui l‘avaient investis quelques secondes plus tôt.
Il tourna son regard vers le feu, qui ronflait encore vivement. Puis sur le théâtre délabré. Puis sur Vincent. Et la pluie au-dehors. Il devait s’en aller, n’est-ce pas ? Vincent reviendrait quand il se rappellera, comme lui, de ce qu’il est réellement.
La jeune Ombre se leva, chancela un peu. Si absorber les émotions de Vincent lui avait redonné des forces, le dégoût qu’il éprouvait pour sa propre voracité et son accablement sapaient complètement cette énergie renouvelée ; il tituba vers la sortie, les yeux dans le vague. Son épaule heurta l’encadrement de la porte, et il s’arrêta pour jeter un regard inquiet par-dessus son épaule.
Vincent…

Il ne savait pas ce qui était le plus dangereux pour lui : rester seul dans le village, ou en compagnie d’une Ombre affamée, quoique amoureuse. Mais non. Non. Elhil fronça ses paupières avec force tout en se détournant. Il avait déjà commis trop d’impairs ; rester mettrait Vincent en péril, d’une façon ou d’une autre. Il devait attendre son retour. De loin, s’il le fallait.
Puisqu'il le fallait.
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