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 Croque-mitaine

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Chahîd
Chimère Sauvage - livré avec hachoir et psychose
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Age : 44
Temps passé à Hollow Dream : il a déjà oublié... mais d'autres s'en souviennent peut être
Date d'inscription : 17/04/2007

MessageSujet: Croque-mitaine   Mer 9 Juil - 16:51

en provenance du salon



J'ai erré quelques temps, je me suis laissé porter par mon instinct pour trouver ma route dans le dédale du manoir.
Sans elle, qui le connait si bien.
J'arrive enfin au niveau des combles et passe le dernier rempart.
Mort et mélancolie...
Visiblement reconverties en dortoir collectif les combles offrent un panorama d'une tristesse morbide, sans intimité.
Pompes funèbres, chambre mortuaire, mausolée.
Il ne m'en faut guère plus pour deviner qui s'y réfugie.

Des lits de fortune s'alignent sur toute la longueur de la pièce, séparés par des draps tendus.
Les meilleures couches se trouvent près de la cheminée, un lit un peu écarté des autres se trouve à l'autre bout de la pièce, là où je suis.
Des tables de nuit encadrent chaque lit, on y a prit grand soin.
Avant qu'on ne les dévaste.

Ces lieux étaient habités il y a peu encore.
Souvenirs ?
Reliquaire?
Musée de la mort.

Je reste sur le pas de la porte, m'imprégnant de cette atmosphère vide.
Saccagée.
dénouant le vivant du mort sans difficulté.

Le silence y est plus épais qu'ailleurs, plus dérangeant parce que plus intime.

Je suis dans le sacro-saint, je le sais.
Et je ne suis pas le seul à avoir violé le sanctuaire.
Des pas sur le sol.
Des draps défaits, des tiroirs ouverts.
sacrilège!
Risques stupides!

La marque des humains, sans doute les mêmes qui ont mis à sac le salon.

J'avance vers le premier lit, esseulé.
Le tiroir ouvert comme une plaie m'offre ses entrailles pillées comme une femme lubrique.
Les traces de poussières ont épousées des doigts fureteurs, impudiques qui ont dérobés.
Reste.
Un foulard blanc
chiffonné.
Deux gants noirs dont j'écarte les doigts. Montants.
Pour un bras droit.
Des gants de femme. Pour dissimuler quelques plaie ? Quelque brulure,

quelle tare ignominieuse ?
Un membre factice?

Un homme fin et distingué? une diva?
L'exploration du tiroir me fait penser que j'ai affaire à un homme, car la majorité des babioles qui trainent ici appartiennent à la gente masculine. Des accessoires pour homme d'affaire chic, une chaîne de montre à gousset, des boutons de manchette en or, quelques épingles à cravate.

Un homme distingué. L'image se confirme.
Ce même homme qui a laissé sa griffe partout.

Je m'arrête pour contempler ce petit coin.
Puis entreprend de ranger ce qui a été défait.
Je ne pourrais remplacer ce qui a été volé, mais le dissimuler, sans doute.

Je souffle sur la poussière, retend le drap.
Ainsi que je le ferais pour chaque lit, après mon passage.


Un autre au hasard de mes pérégrinations.

Mais, y- a t-il des hasards dans l'existence, et plus encore ici ?

Un peigne en argent, un morceau de cuir enroulé protégeant une aiguille courbe, du fil et un flacon de désinfectant dont il manque déjà un quart.

Sourire vague, je ramasse le contenu.
Plongeant la main vers le fond.

Une paire de chausson de danse très fins, presque neufs, dont on a prit grand soin.

Dont elle a prit grand soin.

Je m'allonge sur son lit, recourbant la pointe, faisant craquer le renfort entre mes doigts comme je ferais craquer ses petits os.

Reprend, fureteur, l'exploration de son intimité.
Aucun bijou.
Aucune autre trace.

Je referme le précieux édifice qui m'a livré ses secrets, emportant son contenu dans sa totalité.

Souffle sur la poussière.
refait son lit, laissant juste une trace de morsure dans son oreiller.

J'observe encore la pièce me laissant guider.
étrangement jusqu'à présent j'ai évité le lit situé entre les deux premiers que j'ai visité.

Je regarde cette chambre ouverte, en tapinois, protégée, elle m'évoque une sorte de grotte, avec des piliers.

Une grande armoire sombre plaquée contre le mur, comme un gardien impassible.
Que je n'ouvre pas.
pas maintenant.

Je me détourne de ce champ magnétique qui brouille ma boussole interne.
Je vais vers le plus étrange.
le plus laid.
Le plus étranger.

Une chambre maniaque, impeccablement rangée à laquelle les humains, peut être par superstition n'ont pas touché.
Rien ne dépasse.
Rien n'est plus mort.
Plus muséal, ni plus froid.
Sale, poussiéreux.

Sur la table de nuit, un tas d'objets bien alignés ou empilés :
une lampe,
une montre,
des lunettes cassée,
des tas de bracelets,
chaînes,
pendentifs divers,
restes de portefeuilles.

Une collectionneuse.
Avare, possessive, cruelle ? Frustrée.
Violente.

Dans le tiroir ma main se glisse comme dans la gueule d'un crocodile:
une peluche.
J'en ris.
Contraste avec le dessus.
La violence et la douleur.
L'enfant, petit enfant ignoble.
C'est un lapin à la physionomie triste, ses grandes oreilles tombent, de la mousse sort de son ventre, misérable petite chose, inutile si ce n'est pour soigner les chagrins, les colères.
Pauvre petite victime, la chose, le support sadique.

Je m'allonge sur ce lit.
Auscultant le lapin.
Cherchant l'odeur de salive.
Puis entreprend la fouille systématique.

Sous l'oreiller un médaillon accroché à une chaîne en or.
Je l'ouvres comme ce ventre qui dégueule ses pauvres chiffons.
Une photo passée, où je distingue encore les traits d'un visage.

Jeune femme.
La propriétaire du médaillon peut-être.
Serait elle aussi narcissique pour posséder son fétiche miniature?
Son petit totem.
Poupée Vaudou
Peur d'oublier qui l'on est.
Peur de vieillir.
Remords et nostalgie.
Je pense au portrait de Dorian Gray.
A-t-elle encore aujourd'hui le visage, ce visage qui s'est estompé?

Le regard fixe l'objectif sans pudeur.
Avec affront.
De ces affronts presque invisibles.
Qui vous mord la gueule comme un chien enragé.
Meurtrier.

Je retire la photo.
La glisse dans ma poche.
Replace le médaillon là où je l'ai trouvé.

Mon corps bascule comme un plongeur.

Des vêtements de femmes déchirés en paquet.
Le fouillis que cache ce lit n'a rien à voir avec la table de chevet.
Jetés.
Souillés.
Débarrassés.
honteux.
Sales.
Mais empilés dans un coin une pile de vêtements de petite fille pliés.
Soignés.
Maniaque.
La chemise du dessus est couverte de sang.
Je renifle l'ignominie de son possesseur.
Me réjouissant de notre inévitable rencontre.

Souffle sur la poussière.
Refait le lit, en prenant soin de découdre la couture latérale de l'oreiller pour en laisser sortir les entrailles.
A la manière de ce lapin que je viens de glisser dans ma chemise.
Elle, je la pille.
Et je lui fais savoir.

Je récupère mon butin.
L'unique butin que j'ai prit, par pure utilité cette fois.

Les affaires de Carmen.
En plus de ce misérable compagnon dont je crèverais un jour le mystère comme on lui a arraché les yeux.

Je n'ai toujours pas trouvé ce que je cherche.


Dernier lit, celui que j'ai évité tout à l'heure.
Les autres ont trop été retournés pour que je m'y attarde.
Mais je les refais tous.
avec soin.
Comme s'ils étaient mes enfants morts.
Je range et referme leur tiroirs, jusqu'au dernier.

J'approche enfin de la grande armoire. Pose mon paquet sur le lit.
Et l'ouvres.

La porte grince et j'ai froid.
Quelques tenues anodines.

Une cape noire...deux.....
Une cape comme celle que portait la grise.....

C'est donc là que tu vivais.....
Ma main tremble.
Des pépites, comme des jouets d'enfant, de petits bijoux d’argent abandonnés.
Une robe noire en boule. Une mèche de cheveux.
Rouge comme le sang.
Je pense à l'humaine...
Un miroir.

Et enfin, des armes : des dagues en argent, comme celle que je lui avait volé.
De la corde.


Ma main tremble.
Je ramasse les lames, et la corde, que j'enroule autour de ma taille sous ma chemise.
Referme l'armoire.

Je ne m'allonge pas sur son lit.
je me contente de le refaire, avec plus d'attention.

Je ne veux pas me laisser submerger.
Ma main tremble;
Le petit tiroir est déjà ouvert.
La rage me fait trembler tout le bras.
Des plantes, au parfum passé, aigre.

Je le referme, avec cette sensation d'étouffer.
je dois sortir.

je récupère mon butin et quitte la pièce après un avoir jeté un dernier coup d'oeil.
d'ici, on pourrait croire que personne n'a pénétré les lieux.
S'il n'y avait cet oreiller qui vomi et qui semble crier dans le noir.
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