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 Enfin on y est!

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Saedroth
Chimère Renégate - date limite de consommation dépassée
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MessageSujet: Enfin on y est!   Dim 28 Juin - 21:33

Rejoindre la cote n'avait pas été une partie de plaisir, mais on n'allait quand même pas se plaindre.

Cramponnés à la planche comme trois naufragés, Saedroth, Vincent et Mirahil avaient nagé des heures durant, dans l'espoir de voir apparaitre le plancher des vaches, dans la crainte d'être happé par une bête.

Les muscles raidis et endoloris par l'effort, Saedroth avait craint de s'être trompé, de périr noyé, épuisé par une lutte vaine contre un océan infini. Après tout, le coup de l'eau douce signifiant forcément que toute cette flotte était un lac, même si c'était la logique même, c'était plutôt foireux dans un endroit comme hollow dream. Les lois de la physique, de la gravité et autre étaient violées et reviolées en permanence pire que des gamines dans la cave d'un pervers ici, alors un détail comme le fait que la mer soit salée, la Grande Saloperie l'avait peut être juste zappé par mégarde, sans faire exprès. Ou à dessein. Ou comme ça, sans raisons particulières.

C'était un risque à courir.

L'autre problème à moyen terme, c'était les deux petits camarades de galère : Des Ombres, inconnues, remontées contre les Chimères en général et peut être lui en particulier, et qui risquaient bien de lui sauter à la gorge une fois la terre ferme retrouvée, en guise de paiement. A deux contre un, ce serait moche. Saedroth n'avait pas d'aggressivité particulière envers eux, ni d'atomes crochus. Ils s'étaient alliés pour survivre, et c'était tout. C'était déjà pas mal : ça prouvait que tous les trois étaient assez intelligents pour mettre leurs petites querelles de coté le temps de s'occuper du danger immédiat. En ce qui le concernait, Saedroth se serait bien purement et simplement contenté de leur fausser compagnie une fois arrivé à terre.

Mais ça risquait de ne pas se passer comme ça.

Et puis, après des heures d'incertitude à nager en silence, le miracle : une mince bande noire au loin. L'espoir leur donnait des ailes, enfin, des nageoires. Encore nager, encore remuer les jambes, cramponnés à la planche comme à leur propre vie, pour enfin arriver à cette foutue plage, trempés, épuisés, mais vivants, enfin, autant que des Ombres et une Chimère puissent l'être. Le coin avait des allures de paradis, même si de base il aurait surement paru plutot... glauque. Il était sorti de l'eau en titubant comme un homme ivre, marchant sur le fond dès qu'il avait eu pied, fait quelque mètres et s'était écroulé sur le dos, épuisé. Il ne voyait plus que le ciel d'hollow dream et se disait que la Vallée devait l'avoir à la bonne pour le laisser s'en tirer à chaque fois.

Ou alors qu'elle avait un plan bien précis à son intention.

Trop crevé pour réfléchir à tout ça, trop crevé pour réfléchir tout court. Pas après les heures passées à nager dans le lac. Il avait repris des forces, peu à peu, allongé dans le sable. S'était relevé lentement, péniblement, courbaturé comme il l'était, et avait parlé. Sa voix n'était plus guère qu'un croassement rauque.


- Et maintenant?

Partir, combattre, continuer ensemble? Le retour à la terre ne signifiait pas la fin des ennuis, loin de là. En territoire hostile, dans une vallée bouleversée par sa récente Apocalyse, ne sachant même pas s'il y avait d'autres survivants ni où ils étaient, ils étaient finalement assez peu avancés par rapport à leur réveil sur le banc de sable. N'en déplaise à Vincent, l'alliance provisoire risquait de durer...
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Vincent
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MessageSujet: Re: Enfin on y est!   Mer 8 Juil - 16:54

Ras-le-bol.

Non, sérieusement, ras-le-bol. Il y avait des limites à ne pas dépasser. Or s'épuiser à nager pendant des heures dans une eau glacée, coincé entre une Chimère plus de toute première fraîcheur et une Ombre dissidente, cela outrepassait largement lesdites limites.

Bon, il est vrai que Vincent ne ressentait pas la température de l'eau, ce qui était un avantage appréciable. Et puis il n'avait jamais été un chef très oisif, ce qui lui épargnait le choc psychologique dû à l'obligation soudaine de faire un effort. Mais à part cela, vraiment, il n'y avait rien à sauver de cette situation merdique.

Mirahil, pour commencer. Sa simple proximité donnait l'impression à Vincent d'être sur des charbons ardents, tant son son esprit oscillait d'une émotion à l'autre sans parvenir à en choisir une. Il lui en voulait tellement... mais de quoi? D'être partie? C'était sa faute à lui si le clan se délitait, elle n'avait fait qu'accompagner le mouvement. Alors était-ce parce qu'elle l'avait quitté pour un autre? Pour une Chimère, qui l'avait trahie? Bien fait. Mais non, non, comment pouvait-il oser penser une telle chose? Elle avait perdu ses yeux, ce qui lui restait d'espoir, d'envie de vivre... Et lui il osait se dire qu'elle n'avait que ce qu'elle méritait? Il osait faire preuve d'une telle cruauté envers Mirahil, sa Mirahil?... Non. Pas la sienne. Elle n'était plus à personne. Même plus à elle-même.

Et l'autre cadavre là, Saedroth? Où est-ce qu'il était passé celui-là, pendant tout ce temps? Vincent l'avait cru mort, comme tous ceux qui connaissaient son projet d'attaquer les Bêtes - les Bêtes, mes aïeux, quelle idée... Qu'avait-il fait, finalement? Aux dernières nouvelles, il cherchait un moyen de les prendre à revers par un autre souterrain. Apparemment, il n'avait pas réussi.

Cette pensée fit alors l'effet d'une claque à Vincent, qui se redressa brutalement sur la pauvre planche qui leur servait de bouée: les Bêtes étaient toujours là. Et avant l'Apocalypse, laquelle avait le lac pour demeure?...

Frissonnant, l'ancien chef des Ombres s'était mis à nager sensiblement plus vite. Et s'il fut moins démonstratif que Saedroth en atteignant enfin la rive (au lieu de se vautrer sur le sable avec un râle d'agonie, il se contenta de s'asseoir et de fermer les yeux), il était aussi sinon encore plus soulagé. Il le resta jusqu'à ce que la Chimère se décide une nouvelle fois à poser une question qui fâche: que devaient-ils faire?

Vincent s'ébroua et posa un regard rien moins que glacial sur la "jeune" Chimère. Il se sentait épuisé lui aussi, mais il n'était ni essoufflé, ni courbaturé. Cadeau empoisonné: le corps de l'Ombre était bien au bout du rouleau, mais il le lui faisait payer d'une autre manière, une manière qui avait tendance à réduire son stock de patience au mininum.

Vincent était affamé.

D'ailleurs heureusement pour Saedroth qu'ils étaient arrivés sur la terre ferme: pendant qu'ils nageaient, la Chimère avait éprouvé une inquiétude sans cesse grandissante qui commençait doucement à devenir de l'appréhension. Les délicats relents de sa peur angoissée commençaient à l'environner comme un délicieux fumet de gibier, et Vincent avait de plus en plus de mal à se dominer. Au moins cette tentation-là était-elle nettement moindre à présent; l'Ombre avait toujours les crocs, mais Saedroth avait perdu son côté appétissant. Et puis, l'ancien médecin n'était pas pressé de se battre avec une Chimère qui avait elle aussi du venin de Bête dans les veines, surtout s'il n'était pas lui-même au mieux de sa force.

*Maintenant, on regarde autour de soi avant de poser des questions stupides: je ne pense pas que cette plage soit un endroit très sûr, mais d'un autre côté on verra arriver nos ennemis de loin. Autant prendre le temps de souffler un peu.*

Il s'interrompit un instant. Son regard sombre était fixé sur l'étincelante surface du lac, dorée par la lumière du crépuscule, si calme et paisible en apparence.

En apparence.

*Par contre, on devrait s'éloigner de l'eau. Si le monstre marin de la Vallée est toujours en vie, je suis prêt à parier qu'il se trouve quelque part là-dedans. D'ailleurs, j'aimerais bien savoir pourquoi il ne nous a pas attaqué pendant qu'on nageait.*

Peut-être qu'il avait raison en disant qu'on ne les avait pas abandonné par hasard sur cet îlot, tous les trois. Ou peut-être que le dragon n'était pas pressé d'en finir avec eux, pour la bonne et simple raison qu'ils étaient les seuls survivants...

Vincent réprima un autre frisson qui n'avait rien à voir avec l'eau glacée. Non. Non, Elhil n'était pas mort. Ce n'était même pas une question de certitude: il ne pouvait tout simplement pas en être autrement.

L'Ombre tourna la tête vers la forêt, en prenant grand soin de ne pas regarder Mirahil en passant - ses sentiments étaient bien trop indécis pour qu'il se risque déjà à croiser ces yeux qui n'existaient plus. Puis il se leva, avec une lenteur d'un vieillard arthrosique qui trahissait sa fatigue:

*Il nous faut un feu. Si cette vallée ressemble un tant soit peu à l'ancienne, la nuit va être longue et dangereuse.*

Vincent était orgueilleux, mais pas stupide. Il était puissant, et ses deux compagnons d'infortune devaient également être du genre coriaces, mais ils étaient dans un monde qu'ils ne connaissaient pas, peuplé de créatures dont ils n'avaient même pas idée. La prudence s'imposait.

Et sans raison apparente, l'ancien interne laissa filtrer un rire acerbe hors de ses pensées:

*Vous vouliez du changement? On dirait que la Vallée vous a entendus. J'espère que vous êtes heureux.*

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Mirahil
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MessageSujet: Re: Enfin on y est!   Ven 17 Juil - 1:15

Nager elle le fait en silence, veillant juste à ne pas toucher Vincent. Nager ce n’est pas si dur, il suffit juste de demander à ses pieds de danser inlassablement. Cela elle a toujours su le faire. Cela elle sera toujours le faire. Automate quand rien ne va. Non nager ce n’est rien. Cela ne la blesse pas, cela ne l’effraie pas, cela ne la touche pas.
Ce n’est même pas si fatiguant. C’est juste nager, c’est juste attendre en bougeant que la situation s’éclaircisse, qu’un signe lui vienne. Cela la soulage, cela l’arrange. On lui demande ce que son corps sait faire alors elle le fait. Pas de justification, pas de question, pas de mot. Juste le bruit de l’eau frappé par leurs corps.

Alors qu’elle nageait toujours, quelque chose caressa son corps, la laissant agacée et agressive. Quelques secondes plus tard il ne restait rien de cette caresse. Mirahil imagina alors que cela ne devait être qu’une branche, ou quelque chose accrochée à la terre en dessous qui la réveillait de sa torpeur. Son agressivité, son agacement se transforma en colère. Mais la colère s’échappa d’elle en même temps que le la fatigue qu’elle refusait de ressentir. Mirahil ne voulait pas de cette image, de cette Alhem Chimère. D’un battement de pied plus fort elle éloigna l’image, elle éloigna ce vieux rêve.
Quelle se haïssait de s’en souvenir maintenant. Quelle haïssait ses souvenirs. Ses vieilles pensées.

Si Mirahil avait été seule, sans doute se serait-elle laisser aller au gré de l’eau ou peut-être se serait-elle laisser sombrer dans les eaux pour retrouver enfin le paysage ravagée de la vallée. Peut-être aurait-elle joué au poisson jusqu’à ce qu’elle soit si épuisée qu’elle aurait juste cessé de nager, cesser d’exister. Eblouie par l’idée de devenir une parcelle de la vallée. Mais elle n’était pas seule. Aussi elle se faisait petite, elle tentait de se rendre invisible aux yeux des créatures. Cesser d’exister à leurs yeux. Devenir quelqu’un d’autre : une nouvelle ombre cherchant son maître. Non mieux : une nouvelle ombre solitaire, sans autorité.
Mais si Mirahil avait été seule alors elle n’aurait pas eu conscience d’approcher la terre. La force nouvelle de Saedroth, suivi du regain d’énergie de Vincent la poussa à aller elle aussi plus vite. Accélérant l’allure, elle ralentissait sa faculté de penser. Ainsi elle ne songeait plus qu’à l’eau et la caresse des déchets de plus en plus nombreux.

A terre les naufragés sont tous différents. C’est connu. Saedroth était –semblait-il- très heureux de retrouver un plancher sous ses pieds, Vincent juste épuisé de la traversée. Elle n’osait même pas s’approcher de lui pour lui redonner des forces comme elle l’aurait fait avant. Non, dès qu’elle le put elle cessa de nager pour marcher. Avec lenteur elle regagna le sable, debout, droite, fière. Le trajet avait fatiguée Mirahil, s’était un fait, mais l’ombre n’avait pas eu de repos véritable depuis tellement de temps, elle n’avait fait qu’affronter les intempéries la vallée. De toute façon elle n’avait jamais été une adepte des maisons de repos. Le manoir, l’église n’était que des demeures d’éternité, des points d’ancrage quand elle ne pouvait plus tenir debout. Ce qu’elle aimait c’était le temps, ce qui la portait le vent, ce qui la poussait l’orage.
Non ce qui la fatiguait ce n’était pas de tenir son corps droit et fort. C’était la façon qu’elle avait de se tendre à l’extérieur. Ecouter, sentir, et surtout ressentir tout ce qui était autour d’elle. Arriver à se repérer par rapport aux deux autres. Arriver à faire quelques pas sans trébucher. Buter contre une branche au sol et rester debout. Ne pas tomber malgré la sensation de ne faire partie de rien, de n’être sur rien.
L’Inconnu avec un grand I. Le Néant le plus parfait. Etre aveugle quand l’on connait le moindre recoin de la vallée est bien plus simple que d’être aveugle et perdue dans une nouvelle vallée. Et bien sur il était hors de question que quiconque s’en rende compte.

Souffler un peu, s’éloigner de l’eau, tout cela était difficile pour la grise, mais elle s’y plia, par habitude. Elle ne répondit pas à la question de Saedroth, elle ne réagissait pas aux pensées de Vincent. Elle se demanda juste quand le dragon une bonne fois pour toute viendrais la détruire. A la bonne heure sans doute. Ni cinq minutes avant, ni cinq minutes après.

Toujours debout, bien décidée à ne s’assoir que quand elle pourrait s’allonger, elle entendit les pensées suivantes. Un feu. Pourquoi pas, s’il y avait d’autres survivants ils pourraient les retrouver. Et puis cela donnerait un semblant de chaleur. Contrairement à ce que laissait croire de lui Vincent, Mirahil ne craignait pas la nuit, ni son danger. La grise se craignait elle. N’être pas à la hauteur, être tellement épuisée qu’elle resterait sans force, sans savoir voir, c’était cela qui l’effrayait.
Le reste serait surement terrible mais habituel. La grise n’imaginait même pas que les prédateurs puissent la tuer. Elle s’imaginait plus facilement perdre d’un coup sa vision du monde et de se retrouver entre leur crocs. Mais ce serait sa faute à elle. Le danger c’était elle.


*Vous vouliez du changement? On dirait que la Vallée vous a entendus. J'espère que vous êtes heureux.*

Il ne pouvait pas frapper mieux. Aussi la langue de l’ombre se délia sans qu’elle ne puisse la retenir.

« Très. Et si on fêtait ce carnage avec du champagne ? C’est tellement adéquat. »

Sa voix de glace avait franchie ses lèvres en les glaçant plus encore. Elle lui parlait ainsi. Il l’intégra dans ce ‘vous’. Que cela soit dit elle ne se laisserait pas faire dans les terrains qu’elle pouvait tenir.
Le pire, ce qui la blessa, ce fut la façon qu’avait Vincent de l’éviter. Il ne lui parlait pas. Chacun des mots qu’il énonçait n’était pas pour elle, mais pour une personne étrangère. Il la traitait en inconnu, en ennemi peut-être. Il ne la regardait pas. Il ne l’approchait pas. Aurait-elle été une autre que cela aurait été bien moins glaciale.

Elle se reprend pourtant, droite et dur comme si elle avait affaire elle aussi à un inconnu.


« Très bien. Je vais voir si je trouve du bois sec en forêt. Trouvez un lieu approprié pour passer la nuit, je vous retrouverais. J’espère que vous avez du feu parce que je me vois mal chercher du silex. »

Sans les attendre la grise s’avança vers la foret. Il y avait suffisamment de vent pour quelle entende les branches craquer, les feuilles chanter. Il y avait suffisamment de vent pour qu’elle puisse voir alors elle marcha à vive allure et quand enfin elle fut éloignée de la plage elle manqua de s’écrouler contre un arbre. Mirahil avait si froid. Elle se gelait de l’intérieur. Peut-être les dernières parcelles d’espoir avaient enfin désertées son âme…

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Que ce soit dans la nuit et dans la solitude,
Que ce soit dans la rue et dans la multitude,
Son fantôme dans l'air danse comme un flambeau


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Saedroth
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MessageSujet: Re: Enfin on y est!   Dim 19 Juil - 0:42

Mais quel bordel...

Non, sérieux, fallait que ce soit sur lui que ça tombe : Seul au monde avec un couple d'Ombres qui se font la gueule. Le super méga pied. Vous vous êtes déjà retrouvé coincé au beau milieu d'une scène de ménage entre monsieur et madame Machin, sans savoir le pourquoi ni le comment et en s'en battant joyeusement le steak soit dit en passant, mais en étant obligé de se coltiner l'ambiance glaciale de merde des amoureux qui se font la gueule? Ouais, c'est chiant, hein? Ben maintenant, imaginez que monsieur et madame Machin soit des saloperies d'Ombres, suffisamment balèzes pour encaisser le Déluge, dont une des deux dotée d'un caractère de merde, et qu'en plus on soit tous les trois paumés au beau milieu de... nulle part?

Par pitié, faites qu'on soit pas les derniers...

Ce serait bien un supplice de la Vallée pour le punir de sa curiosité ça : condamné à cohabiter avec deux Ombres qui se font la gueule. Tout à fait dans le style de la Grande Saloperie : petit, mesquin, mais diantrement efficace.

Pas question de jouer au conseiller matrimonial, en tout cas.

Au moins, Vincent semblait un minimum pro. Parfait, on allait peut être pouvoir s'entendre... Par contre, pour Mirahil... Dans un environnement hostile, une aveugle, même spectrale, risquait d'être un handicap. Et coté santé mentale ça n'avait pas l'air d'être la grande forme. En tout cas, il aimait son humour.


- Du champ' ? Si t'arrives à me dégoter un resto, c'est moi qui paye l'addition, chérie! On trinquera à l'Apocalypse, à cette foutue Vallée et à ses molosses infernaux!

Allez, assez déconné, il sentait qu'il commençait à perdre quelque peu le controle de ses nerfs. Analysons le terrain... Vincent était dans le vrai : on était à découvert ici, mais au moins on verrait l'ennemi arriver. Quand au feu... Il plongea une main dans une de ses poches intérieures et en ressortit son fidèle zippo.

- Pour l'allumage, j'ai ce qu'il faut. Maintenant, faut trouver un coin où camper. Je dirais la lisière de la forêt : mieux vaut ne pas trop s'enfoncer aujourd'hui, mais j'admet que finir en croquettes pour Bête aquatique me chagrinerait un brin. On établit, bien entendu, un tour de garde. Je prends le premier si ça vous gêne pas.

Déjà Mirahil s'éloignait, en quête de bois. Rien à dire, elle compensait bien sa cécité. Bon, la situation était inconfortable mais pas désespérée : les Ombres étaient des balèzes, et loins d'être idiots, ils étaient de retour sur le plancher des vaches, bref, ça pourrait être pire. Le voilà seul avec Vincent. Super.

- Bon, on y va. Ah, et mon nom c'est Saedroth, pas "tas de viande" ou autre. Désolé de vous imposer ma compagnie, croyez-moi que je serais bien mieux dans la foutue piaule que je m'étais trouvé chez les humains. Mais la situation est ce qu'elle est. Et je crois pas que deux contaminés par les Bêtes se réveillent sur le même ilot par hasard, dans ce monde de dingue... Au fait, c'est quoi votre problème avec Mirahil?
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Vincent
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MessageSujet: Re: Enfin on y est!   Mar 21 Juil - 7:16

La réplique cinglante de Mirahil avait atteint son but: Vincent la regardait à présent, oh oui, et intensément comme si c'était la première fois qu'il la voyait vraiment. Sur son visage pâle au point de tirer sur le gris, une évidente surprise, puis une discrète douleur qui lui tira un sourire cynique. Ainsi, la Grise le mordait, à présent. Oh, non pas qu'elle l'ait jamais remis à sa place dans le passé; mais jamais elle ne l'avait fait ainsi, avec cette voix sifflante et cette visible volonté que ses paroles deviennent une claque. Autrefois, même dans la colère, il y avait du respect. A présent, tout ce que Vincent pouvait sentir dans le ton de Mirahil, c'était les ultimes sursauts d'orgueil d'une âme blessée et trompée.

D'accord, j'ai compris. Puisque tu n'es plus sa louve, tu ne veux plus être celle de personne, n'est-ce pas?

Saedroth aboya alors ce qui ressemblait à un éclat de rire, ce genre de ricanement trop aigu qui annonce les crises de nerfs, et Vincent eut une grimace: ce côté cadavre bon vivant qui se paie le luxe de déconner dans un moment pareil l'agaçait de manière perceptible, et tandis que la Chimère s'inquiétait (avec raison) de devoir tenir la chandelle aux Ombres en conflit, Vincent se demandait combien de temps il allait résister auprès d'un hurluberlu qui s'efforçait de dédramatiser la situation avec ses vannes à deux balles - on n'est pas un fantôme dépressif pour rien.

Vincent soupira et passa ses mains sur son visage encore humide. Allez, tenir le choc. L'ancien interne ne craignait pas la nuit, qui avait toujours été son terrain de chasse, mais dans cette nouvelle vallée il n'était pas certain d'être toujours placé en haut de la chaîne alimentaire; ils ne seraient pas trop de trois pour faire face aux éventuels nouveaux tenants du titre. Il fallait juste que Saedroth évite de sombrer dans les blagues carambars, parce que Vincent n'aurait pu jurer de sa réaction face à une telle violence psychologique.

Un geste de la Chimère attira l'attention de l'ancien chef des Ombres. Ah, ainsi il avait un briquet. Bien utiles parfois, ces fumeurs. Quoique, dans sa propre poche... Vincent y glissa sa main valide et il eut tôt fait de sentir les contours froids du briquet tempête qu'il avait "emprunté" au refuge humain, ce qui lui semblait des siècles auparavant. Le briquet qu'il avait utilisé dans les ruines du théâtre, pour allumer le feu qu'il avait partagé avec Elhil.

Un instant, Vincent se demanda si tout serait comme avant le printemps, et si son corps était toujours aussi insensible aux changements de température. Il se laissa brièvement aller à espérer que ce n'était plus le cas, et que le foyer à venir serait aussi réconfortant que celui du théâtre. Alors Mirahil reprit son ton cassant de louve solitaire pour annoncer qu'elle allait glaner du petit bois, et Vincent renonça à se tromper davantage: il venait de patauger dans une eau glaciale pendant des heures, ses vêtements étaient encore complètement trempés, un vent pernicieux soufflait depuis le lac, et son corps ne daignait pas se défendre d'un simple frisson. Il n'avait pas froid. Il n'aurait pas chaud.

*Un tour de garde... Désolé de te décevoir, mon grand, mais je n'ai pas pour habitude de confier mon sommeil à une Chimère. Tu pourras dormir si tu veux, toi; si j'avais dû te tuer, ce serait déjà fait. De toute façon je doute d'avoir encore sommeil un jour.*

Sauf si celui qui se prétendait son amant manquait encore de le tuer par accident, mais allez savoir pourquoi, Vincent garda cette pensée pour lui.

L'Ombre passa une main dans sa nuque pour en faire jouer les articulations ankylosées, avant de suivre du regard son ancienne espionne qui disparaissait dans les bois. Elle avait l'air de savoir ce qu'elle faisait. Elle avait l'air. La Chimère se leva à son tour, et Vincent commença à marcher dans les traces de la Grise pour suivre la suggestion de Saedroth et gagner les premiers arbres. Il n'était pas de bonne humeur - ce qui pour Vincent valait une très très très mauvaise humeur - et il accueillit plutôt vertement la question de son compagnon du jour à propos de Mirahil:

*Mon problème, tas de viande? Elle a cru aux conneries d'une Chimère au cerveau encore plus faisandé que le tien. Vois toi-même où ça l'a menée.*

L'ancien médecin grinçait des dents, mais on aurait dit qu'il ne parvenait toujours pas à choisir entre colère et souffrance. Peut-être que Vincent aurait supporté qu'elle le quitte par amour pour ce rat puant de Chahîd, ou en tout cas il aurait trouvé le moyen de l'encaisser. Non, ce qui lui restait en travers de la gorge, ce qui lui vrillait le coeur à chaque fois qu'il posait les yeux sur elle, c'était qu'elle était partie parce qu'elle en avait marre de la Vallée, marre d'être sa marionnette et de ne survivre qu'à travers ses lubies. Et par ce départ, ce qu'elle lui avait craché au visage comme un venin qui continuait à le brûler, c'était que lui-même ne valait pas mieux que ça: un pantin dans Ses griffes.

Mirahil avait au moins raison sur un point: quel carnage...

Vincent glissa un regard sur le côté, vers Saedroth. Lui aussi voulait se rebeller, fut un temps. De toute évidence, cela avait loupé. Mais qu'avait-il fait pendant ces innombrables mois, dans ce cas? On ne met pas aussi longtemps à comprendre que son projet a échoué, même avec des neurones plus de toute première fraîcheur. Et puis il l'avait dit lui-même: il avait du poison de Bête dans les veines, lui aussi. Il devait donc avoir un rôle à jouer dans tout ce cirque, non? Sauf si cette saloperie de Vallée l'avait fait comme ça, juste pour le fun, ce qui n'était hélas pas à exclure.

L'Ombre en était là de ses conjectures et ils avaient traversé plus de la moitié de la plage en évitant tant bien que mal les sables mouvants lorsque quelque chose vint caresser sa perception, comme un murmure aurait pu titiller son oreille. Il tourna vivement la tête pour braquer son regard là où Mirahil avait disparu entre les arbres. Rien à voir. Mais cela ne signifiait pas qu'il ne se passait rien.

*Trouve-nous un bon emplacement, tu veux? Je reviens.*

Dans son inquiétude, Vincent en avait pour la première fois oublié d'être cassant avec Saedroth. Bah, il aurait bien le temps de se rattraper au cours de la longue nuit qui s'annonçait. Pour l'instant, la Chimère n'était pas sa priorité.

Il s'élança d'un pas leste - un pas leste d'Ombre représentant à peu près un humain qui sprinte pour sauver sa vie. Le creux dans son estomac s'accentua avec cette dépense d'énergie, mais Vincent l'ignora, trop concentré sur ce qu'il percevait de Mirahil pour s'attarder à d'aussi basses considérations que son corps mort de faim. Il ne tarda pas à la repérer. Il s'était approché rapidement, mais sans doute trop silencieusement pour qu'elle décèle sa présence dans ce monde nouveau qui la noyait d'informations; ainsi il la surprit vacillante, maladroitement appuyée contre un arbre.

*Mirahil!*

Un pas de plus, une main qui jaillit en avant pour se refermer sur le bras glacé, sans douceur, pour l'obliger à pivoter vers lui. Un regard pour ces yeux clos à jamais. Et la certitude que cette fois, il n'était pas tant triste qu'en colère.

*Je ne suis plus ton chef, j'ai compris. Je ne suis plus en position de te donner des ordres. Mais ce n'est pas une raison pour te conduire comme une écervelée: tu es aveugle Mirahil, aveugle, merde!*

Note de détresse, brève et brûlante. Avant, Vincent ne jurait jamais.

*Tu ne connais pas cet endroit, alors inutile de jouer les têtes brûlées; je sens ce que tu sens dans chaque parcelle de mon corps, tu as oublié? Et là, je ne sens que fatigue, rage et lassitude. Si tu t'enfonces dans ces bois seule, tu n'en reviendras pas, et nous le savons tous les deux.*

Un silence, long, empli de sous-entendus. Puis la voix mentale de l'Ombre s'adoucit, tout comme la prise qu'il maintenait sur l'épaule de la Grise.

*Mirahil... Ce n'est pas le moment de régler nos comptes. Ce n'est pas le moment de se battre pour savoir qui a eu raison, qui a eu tort. Ce n'est même pas le moment de pardonner. Pour l'instant, il faut survivre, c'est tout. Reste près de la lisière avec la Chimère. J'irai chercher du bois un peu plus loin.*

La main libre de Vincent alla repousser une mèche qui tombait dans le visage de l'Ombre. Il se rendit alors compte qu'il maintenait Mirahil du bras droit, et que le sang noir libéré par les crocs du dragon qui maculait ses doigts avait tâché la manche de son ancienne espionne. Vincent ramena lentement cette main à lui, dans un geste aux accents honteux qui ne lui allait pas.

*Reste là. S'il te plaît. Ne me demande pas de t'abandonner alors que j'en suis incapable; quoique tu fasses, je n'en serai jamais capable. Si j'ai perdu la louve, je ne veux pas perdre l'Ombre.*

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Mirahil
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MessageSujet: Re: Enfin on y est!   Mar 21 Juil - 20:36



Le calme avant la colère. Le silence avant la douleur. Tout est si calme. Tout est si mouvementé : le moindre bruit, l'infime sursaut d'inscete la laisse perplexe et pensive. La grise ne veut pas apprenrde, la grise ne veut pas saisir. Elle est si visible dans le pateux paysage. Elle n'est que l'ombre de l'ombre. Et Vincent ne voit que sa. le mirage qui se cache devant elle. L'image devant l'image. Etait-elle si laide ? SI infirme ?

Il ne se passe rien et cela lui plait. Mirahil est malheureuse mais elle ne sait véritablement quels sont les raisons. Sans doute un tout détestable, trop lourd pour ses épaules de tueuse. Il faut qu'elle s esouvienne, se souvienne d'elle même. Redevenir l'ombre avec le détachement de la folle.
En vérité elle ne le veut pas. Mirahil ne veux pas s'obliger à changer. Elle ne veux pas se bloquer dans une idée. Elle ne veux pas s'enfermer dans un souvenir. Juste être elle. Juste ...


*Mirahil!*

La grise ne l’avait pas entendu approcher. Trop tard pour les faux semblants maintenant. Il la retiens à lui, il la pivote, il lui parle. Sa détresse la soulage et la blesse à la fois.

« Tu me laisserais avec une chimère Vincent ? Je croyais que tu évitais que je m’approche de ces bestioles. »

Mirahil murmurait, pas très sure de ce qu’elle disait mais elle était certaine d’une chose : la louve ne serait pas une infirme. Vincent l’avait relachée. Elle n’aimait pas la honte qu’il y avait dans ce geste, même si elle ne lui étais pas destinée.

« Je ne suis pas une humaine Vincent. Je suis morte. »

Des mots encore, toujours. Presque froid. Implacables. Elle ne veux pas le laisser entrer en possession totale de son esprit alors il faut lui parler.

« Ce n’est pas d’hier. »

Lui dire ? Non, passer sur la chose. Le protéger de ce qu’il pourrait saisir.

« Je ne connais pas ce nouveau visage, je peux prendre du temps. Je peux avoir du mal à trouver du bois. Je préfère commencer à me repérer maintenant plutôt que demain quand une bête sera à nos trousses. »

Le dragon. Elle l’attend, elle le cherche. Le battement dans sa poitrine est si tenu …

« Fatigue, rage et lassitude. Et toi Vincent ? Que vois-je ? Fatigue, lassitude c’est certain. De la rage même peut-être. Ce n’est pas vraiment original ses sensations en moi. Je ne veux pas de traitement de faveur. Je n’en ai pas besoin. J’ai vécu tant de temps dehors sans pouvoir voir.

Ce n’est le moment de rien. Pas le moment où je me fais petite fille et je vais dans les jupes de ma maman. Je ne le ferais pas. »


Mirahil lève sa main et carresse le visage de Vincent un instant. Puis avant qu’il ne fuis le contact elle la laissa tomber, caressant doucement la main douloureuse de l’ombre.

« Je devrais avoir honte de ce que je suis devenue ? »

Elle tourna la tête comme pour voir ailleurs .

« Non, je ne veux pas. Ce n’est qu’une blessure.
Je ne te demanderais pas de m’abandonner Vincent. Alors ne m’abandonne pas. Ne me vois pas comme une étrangère aveugle et incapable. Ne me vois pas comme un poid. Laisse moi avancer tel que je suis, sans me reposer sur des yeux mais sur tout le reste. Laisse moi venir avec toi chercher du petit bois ou alors on le fera séparement. Je n'irais pas me reposer tant que la situation sera à ce point branlante."


Il ne manquait plus grand chose pour que la situation soit au maximum de l'horribilité. Juste une. Pas très loin, qui se rapproche. Il y a si peu de temps avant que tout degénère.




"Tu as peut-être perdu l’ombre Vincent, l’ombre mais la louve ne se perd pas. "

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MessageSujet: Re: Enfin on y est!   Dim 26 Juil - 23:39

*Argh...*

Décidément, ça commençait à faire beaucoup, là : Mirahil qui se barre chercher du bois en faisant la gueule, et maintenant Vincent qui lui court après, tellement pressé qu'il en oublie de le vanner. Et ben fichtre, ça c'est pas mal!

Pourtant, il avait l'air bien chaud le père Vincent... D'abord envoyer bouler l'idée du tour de garde, sous prétexte qu'il n'avait pas confiance en Saedroth, sans oublier de poser la bite au passage en rappellant que "si je le voulais, tu serais déjà mort" ou un truc du même tonneau, puis la révélation fracassante sur Mirahil, et puis soudain, pof! le voilà qui s'enfonce dans la forêt à la recherche de sa belle aveugle.

Et qui c'est qui reste tout seul comme un gland en arrière, hein? Ben c'est la chimère, voyons, discrimination raciale oblige...


- Si je pue de la gueule, tu peux me le dire aussi...

Le sarcasme avait été plus marmonné qu'autre chose, aucune chance que Vincent l'ait entendu, mais avait détendu la chimère. Allez, puisqu'il n'avait que ça à foutre, au boulot : recherche de site pour camper et petite séance de tri des informations.

Primo, il était clair comme de l'eau de roche qu'il y avait eu plus que de la simple loyauté Ombre-Ombre en chef entre ces deux là. Unilatéral, bilatéral? Concrétisé, sous-jacent? Dur à dire. Mais ces deux là s'étaient plus ou moins aimé, puis brouillé. Mirahil avait alors suivi une autre Chimère et y avait laissé ses yeux. Et depuis Vincent fait la gueule.

Ceci explique celà.

Mais c'était pas bon pour lui, tout ça : les deux tourtereaux étaient remontés contre les Chimères pour raisons éminemment personnelles et lui... Était une Chimère. Et une Chimère à vrai dire taraudée par la curiosité : qui était le putain de super champion toutes catégories ès manipulation qui avait réussi là où lui avait échoué : collaborer avec une vraie Ombre. Pas un des lourdeaux de base, ça c'était sur, mais il ne connaissait aucun gros balèze dans les Chimères d'Elite qui savait faire ça. Un nouveau, alors? On verrait bien en temps voulu.

En attendant... Hé, là, nickel, pile poil le bon site pour se poser : Une sorte de petite colline pile poil entre la plage et la lisière de la forêt, bien située pour voir arriver les ennuis et avec deux gros troncs tombés en train de pourrir derrière lesquels s'abriter du vent. Parfait, restait plus qu'à préparer un petit foyer en creusant un peu le sable et en rajoutant quelques caillasses et ça serait presque convivial... Ou pas, en fait. Mais Vincent lui avait demandé de trouver un coin où camper, pas de construire un hôtel. Et c'était surement le meilleur coin à des bornes à la ronde. A moins que...

C'est marrant, là bas, au loin, on dirait une maison sur pilotis... Ouais, pas de doutes, c'en était une, mais qu'est-ce que ça foutait là? l'Apocalypse aurait du la pulvériser. Bon, on en parlerait à Roméo et Juliette quand ils reviendraient des bois. Peut être que ce serait un meilleur abri. Ou alors ils préfèreraient le camping.

Mais qu'est-ce qu'ils foutaient, tous les deux?
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Vincent
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MessageSujet: Re: Enfin on y est!   Mar 25 Aoû - 11:55

Eh bien Roméo était en train de bouillir à l'intérieur faute de savoir s'il devait exploser de rage ou de désespoir: il ne voulait pas faire la charité à Mirahil, bon sang! Autrefois, elle n'aurait jamais eu cette impression, jamais! Autrefois, elle savait que Vincent n'offrait son aide que lorsque cela lui paraissait absolument indispensable. Elle l'aurait acceptée. Peut-être même avec le sourire.

Mais ils n'étaient plus autrefois, n'est-ce pas? Lui n'était plus le chef des Ombres et elle n'était plus sa louve. Vincent le savait. C'était juste qu'il ne l'acceptait pas. Pas après trente ans passés à se cramponner à ses habitudes pour conserver ce qui restait de sa santé mentale. Tout cela, c'était trop à la fois.

Les doigts de Mirahil cherchèrent la joue de Vincent, qui n'eut pas la présence d'esprit de la repousser. Sa logique avait prévu la réaction de la louve, mais entre imaginer une réponse et l'entendre pour de vrai, cruel paquet de mots enrubannés d'un ton sans concession, il y avait un monde. Un monde qui était un coup de poing en pleine gueule pour l'ancien médecin: il n'était plus chez lui. Il n'était même plus vraiment lui.

Faut t'y faire mon vieux.

Mirahil baissa la main et cette fois ses phalanges allèrent caresser la main meurtrie de son vis-à-vis. Vincent sursauta comme s'il venait de se prendre une décharge électrique: il bondit en arrière et ramena son bras à lui aussi vite qu'il en était capable.

*Ne touche pas à ça!*

Il fallait connaître Vincent comme Mirahil le connaissait pour s'apercevoir qu'il ne réagissait pas ainsi par colère; s'il ne voulait pas qu'elle touche au sang noir qui s'écoulait de ses veines brûlées, c'était par peur de ce que cela pourrait lui faire, à elle.

Il la dévisagea. Elle lui avait parlé, mais son cerveau semblait encore une fois refuser de comprendre. Même s'il ne put se voiler la face que quelques secondes avant de devoir se rendre à la douloureuse évidence: cette phrase que Mirahil venait de lui dire, il fallait la comprendre dans l'autre sens.

La louve ne se perdrait pas; mais il avait bel et bien perdu l'Ombre. Il avait jusque là espéré qu'elle se laisserait retrouver.

Faut t'y faire mon vieux.

Alors le visage de Vincent redevint celui qu'il arborait au début de l'hiver: un masque froid, sans âme. Et muet. Il tourna les talons et repartit vers la plage, sans faire mine de ramasser le moindre bout de bois. Voilà, c'était fini. Il rendait les armes. A présent il allait simplement s'occuper de sa propre personne et survivre pour le seul être de cette vallée de merde qui ne l'avait pas encore poignardé dans le dos.

Ce fut à peu près à cet instant qu'il vit l'éclat de lumière, dans une petite flaque d'eau à la naissance de la plage. Il sortait du bois, il allait gravir la colline au sommet de laquelle il distinguait Saedroth. Il aperçut le reflet dans l'eau et, bêtement, il s'approcha pour voir de quoi il retournait.

Il reconnut tout de suite la montre à gousset, malgré son verre fissuré; le E enluminé qui ornait son revers dépassait du sable.

Non. Oh non. Pas ça. Pas maintenant, espèce de salope, je t'interdis de me faire ça maintenant.

Vincent se baissa, ramassa le bel objet d'or. Ne pas réfléchir, ne pas se poser de questions. Elhil l'avait perdue dans le raz-de-marée. C'était la seule explication admissible, ce serait la seule que l'ancien médecin admettrait. Mais si tu l'as tué, espèce de salope, si tu l'as tué...

Puis il s'aperçut que, derrière le verre étoilé, les aiguilles qu'il n'avait jamais eu besoin de remonter continuaient à tourner. Vincent esquissa un sourire, épousseta la montre et l'empocha. Puis il pivota sur ses talons pour escalader la colline. Histoire de se rattraper de sa clémence antérieure, il cherchait quelque chose de bien dégueulasse à dire sur le campement trouvé par la charogne, mais il dut bien avouer en le voyant qu'on aurait difficilement pu faire mieux dans ces circonstances. Merde, si on pouvait même plus de défouler sur les Chimères, maintenant...

Vincent ne dit rien, ce qui était sa manière d'approuver. Il se contenta de s'asseoir contre l'un des vieux troncs, en s'adossant sur une partie pas trop pourrie. Puis il ferma les yeux et renversa la tête en arrière. Tout ce qu'il fallait faire, c'était nier l'épuisement et la souffrance. Dieu merci, de son vivant il était interne en anesthésie; sur ce point-là, il fallait taper dans les militaires pour trouver une meilleure formation.

Derrière-lui, dans la forêt, il sentait les émotions de Mirahil. Elle se débrouillait toute seule, comme elle l'avait si ardemment souhaité (placer ici un ricanement cynique). Mais Vincent ne lui en voulait pas au point de rester assis là sans bouger si cette foutue louve se mettait à ressentir de la peur.

Dans sa poche trop étroite de jean, la montre était un poids réconfortant.

*Je te préviens tas de viande, je ne suis pas bavard. Je déteste parler pour ne rien dire. Mais il se trouve que nous sommes coincés ici pour un bout de temps, que j'ai besoin de penser à autre chose et que, ô miracle, j'aime bien écouter. Alors si tu as quelque chose d'intéressant dans ton répertoire à propos de ton brillant complot contre les Bêtes et de ton interminable disparition, je pense pouvoir oublier que je déteste l'idée-même d'une entente entre espèce.*

Ouais, c'était pas spécialement chaleureux, mais là il était au maximum.

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MessageSujet: Re: Enfin on y est!   Mar 1 Sep - 14:02



Tout est détruit. Tout s’est enfui.
Mirahil n’aurait pas du dire cela. Elle aurait du se taire. Accepter. Ne rien dire. Laisser croire à Vincent qu’elle n’avait changer que de visage. Lui faire croire qu’elle était encore l’ombre du manoir. Pas domestique mais pas sauvage non plus. Sauvage elle l’était maintenant. Avec des crocs acérés même pour ses vieux amis. Sans s’en rendre compte, elle rejetait le moindre soupçon d’aide. La moindre sensation de fardeau.

Sauvage, avec des saisons à défendre. Ces maudites histoires qui doivent rester secrètes. Ces maudites leçons de vie qui ne se disent pas. Elle est devenue comme eux. Comme les chacals, comme les chiens sauvages. A mordre, à blesser, à se défendre sans raison. Elle fait parti de la horde des insoumis, des bannis, des blessés à l’âme. En colère, une ombre en colère. Même plus une ombre. Juste un fantôme. Juste une idée passée d’ombre.

Il ne reste plus rien de l’enfant qui avait peur, et qui voulait crier qu’on le laisse enfin. Il ne reste plus rien de l’homme, qui, au creux de son oreille, lui apprenait ce qu’est un loup. Il ne reste plus rien de la horde de male passés dans son lit et morts entre ses dagues.
Juste le goût de la plante dans sa bouche. Oui il reste cela, la belle en est certaine. Il lui reste son passage ici. Mais Mirahil ne se souvient même plus de sa mort. Pourquoi elle a eu si mal ? Pourquoi elle s’est perdue ? Pourquoi elle a couru tant et tant pour ne pas avancer finalement ? Elle se souvient du chant de l’oiseau. Du dernier. Du final. La grise se rappelle les paroles de la rouge. Ne t’oublie pas. Ne m’oublie pas.
Trop tard jolie mésange. Les anges meurent aussi.
Les anges meurent surtout.
Leur vie est la danse d’un éphémère. Aussi courte que leur vol.
Si légère autrefois, si lourde maintenant.

Elle se souvient du chat.
Et du loup dans sa tanière.



Mirahil sens le visage de Vincent se fermer, pour un jour, pour toujours avec elle.
Elle ne bronche pas.
Il n’y a plus de place pour les sentiments. Il n’y a plus de place pour les souvenirs.
Il n’y a plus que l’absolue nécessité de vivre.
Plus que l’instant présent qui ne rime à rien. L’instant futur déjà pourri par la vermine. Le passé n’était que l’œuvre de fous, l’oeuvre d’enfants jouant avec la flamme qui finalement se sont brûlés en ce croyant rois. Chimère. Furie. L’océan lui-même n’aurait pas pu arrêter leurs esprits. En fait, à la fin, ce qui reste, ce qui use, c’est la trahison et l’absence. Il n’aurait pas fallu grand-chose pour mettre au pas le cheval fou. Il n’aurait pas fallu grand chose pour que la dame leur offre la clé.
Mais cet infime, ce petit chose est mort bien avant l’heure.

Il hennit le fourbe alors que Vincent est au loin. Il est si proche. Mirahil se retourne, vite pour qu’il n’ai le temps de se dégager. Si vite que sa tête tourne, qu’elle manque de chanceler. Mais elle ne veut pas tomber maintenant. Elle ne veut rien montrer, elle ne veut rien découvrir. Car Vincent est là, pas très loin, pas si loin. Il l’entend comme il l’a toujours fait. Il la sonde comme il le fera sans doute toujours.
La grise s’engouffre dans la crinière du géant. Ses cheveux se mêlent au crins ses bras enserrent l’encolure si fort que son corps tremble. Et le géant reste là.


« Combien de déchirures encore ? Je ne peux diviser mon âme en tant de douleur.
Dames vous me laisser avancer seule parce que je le peux.
Vous me laissez détruire comme je l’ai toujours si bien fait.
Vallée je ne peux plus rien pour toi.
Obsolète. Ta poupée grise a perdu son argent, ne reste que les ruines. »


Le géant plie sa nuque, s’enroule autour de la grise. Mirahil le sens maintenant, il devient chaud, il devient cheval. L’image devient vérité. Les rêves dépassent les contours de la nuit pour pénétrer dans la réalité.

« Ma folie grandit-elle à l’ombre des manques ?
Bientôt peut-être revetrais-je l’habit de la fée et je me mettrais à voler.
Je déteste ça, voler. »


C’est si fragile, voler.
Et puis, comme si cela ne suffisait pas. Elle sent la main de la dame caresser son visage.


« Voudrais-tu me rendre la vue ?
Désires-tu me donner un miroir ?
Pour que je puisse en mourir.
Mais je ne suis plus celle qui entra ici.
Ma laideur ne peut plus m’effrayer. »


Le cheval se recule. Il est face à la belle. La grise a osé le toucher. La grise a osé le saisir.
Son ennemi.


« Ce n’est pas pour cela que tu es là.
Ce n’est pas pour ce que tu pourrais faire mais pour ce que tu as fait.
Moi-même si j’avais un chapeau je le baisserais.
Pour ta victoire.
Ecrasante.
Mais de cela aussi, je manque. »


Il lui reste son corps qu’elle tord en une révérence. La vallée tourne son visage, le cheval la suit en un demi tour. Les sabots sur le sol ne font aucun bruit.

Mirahil se baisse alors et attrape la première branche, puis une autre et encore, encore jusqu’à ce qu’elle soit alourdie par un suffisant paquetage de bois. Sans regard pour les fantômes qui la hantent. Sans regard pour les dames qui l’encerclent qui tentent de l’arrêter pour lui rendre la raison. Sans regard. Sans yeux.


Elle se souvient du dragon.
De l’autre qui lui a détruit la vue.
Et de celui qui l’a replongé dans les horreurs de la vie ombre.
Alors Mirahil se hâte.

Et quand enfin elle rejoint les autres, Mirahil pose le bois à ses pieds et s’assois un peu plus loin. La grise écoute la chimère et l’ombre. Elle les surveille.
Toujours à deux pas de Vincent, toujours prête à le défendre.
Pour la première fois, elle n’est d’aucun camp.

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