Perçois l'onde, ces vibrations éternelles qui te berce depuis ta renaissance. Elle vrombit, ronronne, gémit et chante doucement. Sens ses doigts affectueux caresser ta peau devenue si douce sous son effleurement ondoyant. Ecoute. Ecoute le chant qui s'élève, elle gémit de douleur. Mal ? Souffrance ? Extase ? Penche la tête, tapis au creux de son ventre, âme oubliée, oublieuse de ce que tu étais. Toi qui dors enlacé par ses courants. Entends la berceuse souffrante.
J'ouvre les yeux, il n'y a que les ténèbres. Mais elles sont mes soeurs depuis si longtemps, elles me laissent parfois entrevoir leur éclats ombrageux, ouvre juste, pour leur frère, leur ventre abyssale.Je vois les ténèbres qui se tordent, s'enroulent comme si un magicien invisible jouait sur les cordes de leur désirs, de leur peurs. Mes cheveux volent autour de moi, longue algue d'un bleu presque trop clair. Quelque chose. Quelque chose a percer le coeur de ta mère. Traversé son âme en lacérant ses limbes. Quelque chose meurt. L'appel est fort, si fort. Le hurlement maternel me vrille les oreilles, romps mon esprit et le précipite dans le néant. Est ce Elle ? La bête de glace, la bête qui sommeille doucement au sein de mon monde. Je le sais, elle est là, tapie dans l'ombre, son oeil avide flamboyant de faims voraces.
J'approche. Fine silhouette qui ne fait qu'un avec l'eau, elle est moi, je suis elle. Difficile union, immuable mariage, enfant improbable.
Je louvoie doucement, glissant sans heurts, voguant, dansant peut être. L'air ne me manque pas, il ne me manquera jamais tant que je valserais au coeur de ma mère. Je ferme les yeux, cachant a l'improbable l'éclat étrange de mes prunelles. Je n'ai pas besoin de voir, je sais, je connais. Les moindres recoins, les moindres soupirs, le plus petit gémissement. Elle est moi.
Homme.
Un homme.
Je ne me rappelle plus, je ne sais plus. Le souffle de la vie le quitte. Je suis cette ombre qui décidera peut être de le laisser mourir. Mais qu'est ce que la vie ou la mort ici ? Ce qu'Elle décide ? Je l'ai toujours défié, petit pantin amusé, goguenard qui se moque des puissants. Elle m'a...Tué ? Pris ? Je ne sais pas. Je suis un nouveau né, quelque chose d'étrange, d'oublié peut être.
Un homme.
Dois je ? Il me suffit de tendre la main...De toucher cette peau qui me semble si bizarre. Comme un relent oublié dans le temps. Dois je ?
Un homme.
Le laisserais je a Elle ? Sera-t-il cette offrande innocente d'un monde qu'il ne connait pas ? J'ai mal. La douleur m'étreint la poitrine. Qu'est ce que ? Je ne sais pas. J'ai juste...Mal.
Alors je tends le bras.
Il vivra. Si le temps le lui ai donné. Si le temps nous ai offert. Bête immonde, sentiras-tu la chair ? Peur ? Non, j'ai oublié ce que c'était. Ais je déjà su ? Parfois un parfum remonte de ma mémoire. Comme un arôme immortel. Je suis...Je ne sais plus.
Je serre le corps contre moi et lève la tête. Là. Là où se joue la musique du ciel. Il faut que je...le sauve ?
Mes jambes dansent, l'eau m'offre le bonheur d'ouvrir son manteau avec un sourire. Là où l'homme se noie, je vis. A jamais.
Ensemble, nous crevons la surface. Ensemble. Peut être est il trop tard ?