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 Vincent Korbaz

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Vincent
Chef des Ombres - Idole martyrisée
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Temps passé à Hollow Dream : Trop longtemps...
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MessageSujet: Vincent Korbaz   Ven 19 Jan - 20:58

Nom: Korbaz

Prénom: Vincent

Surnom: Ses fidèles parlent parfois de lui en le surnommant Prince ou Fils des Ténèbres; en général, ils ne l'appellent pas directement ainsi, de peur de provoquer une overdose d'orgueil. Cold préférera "foutu fantôme".

Age du coma: 27 ans

Temps passé à Hollow Dream:
- en tant qu'humain: six mois
- en tant qu'Ombre: plus de trente ans

Ancienne profession: Interne en réanimation

Loyaliste? Plutôt, oui, si on tient compte du fait que Vincent s'est lui-même un peu déçu ces derniers temps.


Description physique:

De son vivant, Vincent Korbaz était déjà un bel homme au visage racé. Et par un étrange phénomène, ses traits ont encore été affinés par sa transformation en Ombre : sa face bien dessinée est passée de belle à envoûtante, au point qu’elle évoque le profil finement ciselé des statues antiques. Au marbre, Vincent emprunte son teint d’une pâleur surréaliste, dépourvue même de cette teinte légèrement bleutée qui caractérise les cadavres. Sa peau à la blancheur de nacre évoque d’autant plus la pierre taillée qu’elle ne comporte que le minimum vital de ridules d’expression : depuis sa mort, Vincent n’a plus guère l’occasion de sourire, sauf d’un rictus malfaisant que peu d’humains peuvent se vanter d’avoir vu. Ses lèvres, délicates et bien dessinées, sont d’un gris argenté qui rappelle celles des acteurs des vieux films en noir et blanc. Ses traits ont perdu toute la chaleur qui caractérise les humains, remplacée par un côté mystérieux que certains trouveront d’autant plus attirant que son visage est encadré d’une épaisse tignasse noire comme les plumes d’un corbeau.

Le seul détail de la physionomie de Vincent qui renvoie encore à la vie, ce sont ses yeux. C’est sa signature, la trace indélébile qu’il laisse dans l’esprit de ses victimes. Acculées à la folie, elles ne voient plus que ces prunelles noires, ces iris légèrement trop grands pour être ceux d’un humain. Leur teinte n’est plus une couleur, c’est une absence de couleur. Les reflets irisés qui passent à leur surface en font des lacs profonds et froid, siège de toute la mélancolie et des regrets du chef des Ombres. Paradoxalement, ils sont si expressifs qu’ils compensent presque la fixité du reste de son visage. Mais attention, leur apparente tristesse induit facilement en erreur : Vincent n’est pas du tout la douce Ombre en manque de réconfort qu’il paraît être…

Ses mains elles aussi attirent l'attention: fines, agiles, elles apparaissent davantage comme celles d'un pianiste que comme celles d'un ancien médecin. Il en prend tout particulièrement soin, étant donné que ce sont plus ou moins ses armes. Son corps a récolté quelques infimes stigmates dans la bataille contre les Chimères, mais les seules véritables cicatrices qui perdurent sur la peau diaphane de Vincent, ce sont celles occasionnées par la morsure de l'une des Bêtes. La chair de son bras droit est marquée à la fois par les crocs qui l'ont saisi au coude et par la glace qui a ensuite recouvert son membre jusqu'au bout des doigts. Sa peau en a été comme brûlée, ce qui l'oblige à la dissimuler en permanence sous un gant noir au cuir protecteur.

Le reste de la physionomie de Vincent est somme toute relativement banale : un corps élancé d’environ 1m80, un peu plus maigre que de raison peut-être, des muscles fins à peine décelables. Il n’aime pas beaucoup exposer ce corps pâle et particulièrement glabre, alors on ne le voit pas souvent sans son long manteau noir d’un autre âge, étrangement en accord avec le village d’Hollow Dream. Malgré la rigueur du nouveau climat de la vallée, il n'a pas acquis de vêtement plus chaud, comme s'il n'avait cure du vent glacé. Pour le reste, il reste encore et toujours fidèle à ses deux couleurs qui sont le blanc et le noir. Il s'habille toujours du même costume trois pièce, avec une chemise claire sous un gilet couleur suie en accord avec le pantalon.


Description morale:

Avant la survenue de l'hiver, Vincent avait un côté joueur, presque taquin par moments. Il s'amusait, comme un chat peut jongler des heures durant avec la souris terrifiée qu'il finira par dévorer. Machiavélique, extrêmement patient, l'Ombre portait la notion de torture à des sommets aussi horrifiants qu'impressionnants. Rien n'était trop beau pour arracher leur peur à ses victimes, pour absorber la moindre étincelle d'espoir qui subsistait en leur sein. C'était la seule manière que Vincent avait trouvée pour survivre, oublier qu'il s'était lui-même condamné à l'enfer, oublier qu'un jour il avait été à la place de ces pauvres moutons d'humains, et qu'il avaient même tenté de les sauver. Le sadisme et la rancoeur avait sauvé ce qui restaient de sa santé mentale.

Déjà à cette époque, Vincent était particulièrement contemplatif et songeur. Toujours à réfléchir, à ressasser, à comploter. Aujourd'hui encore, il peut passer des heures debout devant une fenêtre, à observer cette vallée qui est à la fois un fantastique terrain d'expérimentation et une prison mille fois maudite. Il méprise les Chimères, et il n'apprécie jamais autant les humains que lorsque ceux-ci expirent dans ses bras drapés de noir. C'est ainsi qu'il a toujours été, et qu'il aurait toujours voulu être: un pervers sadique, aux paroles aussi rares que dangereuses, aux yeux aussi expressifs que terrifiants.

Mais même à Hollow Dream, certaines choses changent. Et depuis que la neige a commencé à tomber, depuis qu'il a croisé la route de ces Bêtes dont il ne se souvient même plus, Vincent n'est plus le même. Oh, ses principaux traits de caractère sont toujours là: sadique, violent, méditatif, orgueilleux. Mais ils ont subit des modifications dont l'ancien interne se serait volontiers passé, les plus manifestes étant au nombre de deux.

Premièrement, cette capacité qu'il avait à se réjouir du malheur de ses victimes s'est réduite comme peau de chagrin. De toutes les proies qu'il a tuées depuis le début de l'hiver, aucune ne lui a procuré ce délicat plaisir, cette funeste satisfaction qui auparavant ponctuait chacun de ses meurtres. Se nourrir ne l'amuse plus. En fait, plus rien ne l'amuse. Comme si son marâsme naturel d'Ombre avait pris le dessus sur toutes les joies artificielles qu'il s'était inventées. Plus que jamais, Vincent se morfond et s'ennuit, ce qui le ronge plus qu'il ne l'avouera jamais. Il espère juste (si un fantôme peut espérer) que ce n'est qu'un état temporaire, une sorte d'état de choc. Lui toujours si prompt à tout prévoir n'oe même pas imaginer ce qu'il adviendra de lui si cette froideur ne le quitte pas.

La deuxième conséquence affecte sa manière de parler. Vincent n'a jamais été bavard, ce n'est un secret pour personne. Les personnes qui peuvent se targuer de l'avoir entendu enchaîner deux phrases se comptent sur les doigts d'une main. L'ancien médecin a toujours considéré que les mots étaient inutiles, particulièrement s'ils s'adressaient à des êtres aussi quelconques que des humains. Mais quoi qu'il en dise, il ne s'était jamais entièrement basé sur l'expressivité de ses yeux pour communiquer avec autrui.
Or c'est ce qui lui arrive depuis l'arrivée des Bêtes. Vincent n'a pas prononcé un seul mot, pas un seul, ni devant un ennemi, ni devant ceux de ses subordonnés qui se rapprochent le plus de ses amis, ni même devant Elhil. Lorsqu'on le sollicite, il se contente d'un regard attristé, presque d'excuse, avant de se détourner. Impossible de savoir ce qui coince dans son esprit moribond - à supposer qu'il le sache, lui.


Style de combat: Au moins une chose qui ne change pas... De son vivant, Vincent était un fin anatomiste, le genre à apprendre par coeur toutes les possibilités de trajet de chaque nerf, et ce pour son plaisir personnel. C'était une passion dans la passion, quelque chose qu'il considérait comme un hobbie par rapport à son travail sur le coma. Un hobbie devenu singulièrement meurtrier depuis qu'il en a fait la base de sa technique de combat.
Vincent frappe vite, avec toute sa célérité d'Ombre. En trente ans, il a eu tout le temps d'apprendre l'art et la manière de déchirer les nerfs d'une simple pichenette de ses doigts intangibles. C'est son attaque préférée, la plus efficace lorsqu'il s'agit de faire peur à un humain - apparemment, il n'est pas très rassurant de se retrouver allongé aux pieds de son prédateur parce que ses propres jambes ne répondent plus. En cas d'adversaire un peu plus massif, Vincent peut s'attaquer aux viscères: le corps humain et celui des Chimères comptent assez d'artères, de poches d'acides et de réserves sanguines pour lui permettre d'occasionner d'appétissants dégâts.
De manière générale, Vincent sait user de son intangibilité avec une maîtrise redoutable. Pour lui, pas besoin d'arme: il n'est jamais aussi mortel que lorsqu'il attaque à mains nues. Et même si sa technique se révèle rapidement épuisante, elle est si meurtrière qu'il a rarement eu à souffrir des conséquences de ses disparitions ininterrompues.


Autres: Oh, il y a bien quelque chose, mais chut, hein, c'est un secret, ne faites pas comme si l'ensemble du forum était au courant: il est amoureux d'Elhil. Si si, je vous jure. Incroyable, hein?
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MessageSujet: Re: Vincent Korbaz   Ven 19 Jan - 20:59

HISTOIRE: AVANT HOLLOW DREAM



Banlieue de Lyon, un soir de janvier 1957. De loin en loin, on entendait un cri dans la maternité, cri de femme en proie aux douleurs de l’enfantement, cri de nouveau-né qui passait de son cocon doux, chaud et liquide à un univers sec et froid dans lequel il allait pourtant devoir vivre. Les coiffes pressées des bonnes sœurs couraient de l’un à l’autre, certaines professionnelles et calmes, d’autres plus jeunes et un tantinet hystériques.

Dans une chambre un peu à l’écart de tout ce remue-ménage, une jeune mère s’était endormie. Son visage était presque aussi blanc que l’oreiller sur lequel il reposait. Et non loin d’elle, dans un petit berceau drapé d’un drap grossier, deux petits yeux sombres détaillaient les poutres du plafond de l’hôpital. L’enfant tendit sa minuscule main aux doigts parfaitement formés, comme s’il voulait saisir ces étranges excroissances de bois. Plus ou moins inconsciemment, il notait que cela faisait déjà douze heures qu’il était venu au monde, et qu’aucune figure masculine ne s’était encore penchée sur lui. Peut-être qu’il se doutait déjà que ce ne serait jamais le cas.

Ainsi, dès sa naissance, Vincent Korbaz ne connut de son père que son patronyme. Quand commença-t-il à demander à sa mère où il se trouvait ? Trop tôt pour s’en souvenir, en tout cas. Chaque fois, la réponse était la même : en voyage, très loin. Sa mère, femme assurée et autoritaire, refusait formellement de lui en dire plus. Alors Vincent n’insistait pas. Si Maman disait que Papa était en voyage, alors Papa était en voyage.

Mais cette explication ne parvenait pas à contenter les autres enfants, ceux que le garçon côtoyait tous les jours à l’école primaire. Ils insistèrent, longtemps, des années durant sans parvenir à tirer de Vincent une raison valable qui justifierait l’absence de son père. Alors ils se firent leur propre idée. Madame Korbaz était loin de rouler sur l’or, elle faisait le ménage pour des familles plus riches et de temps en temps faisait office de gouvernante pour leur progéniture. Il n’en fallait pas plus aux camarades de Vincent pour en faire une femme qui se prostituait la nuit pour arrondir ses fins de mois et qui avait eu le tort de se faire engrosser par l’un de ses clients.

Dès lors la vie en communauté devint un enfer pour Vincent. Relégué au rang de vilain petit canard, il passait ses récréations seul lorsqu’on ne venait pas s’amuser à ses dépends, il ne touchait plus à son goûter qu’on lui rackettait avant même qu’il posât le pied dans l’établissement… Un soir, alors qu’il rentrait chez lui à pied en longeant la Saône, il tomba sur un groupe d’élèves qui l’attendaient sur le quai.

« Tiens, le fils de putain est en retard… »

Pour Vincent, la rencontre se termina dans la rivière, sous les rires et les insultes des autres enfants. Il pataugea jusqu’à pouvoir s’extraire du courant, qui heureusement n’était pas très rapide à cet endroit, et s’enfuit à travers les rues de la ville, trempé, gelé, pleurant toutes les larmes de son corps. Lorsqu’il arriva enfin chez lui, il avait tellement honte de lui qu’il faillit aller s’enfermer dans sa chambre sans rien dire, mais sa mère était à la maison et il fut bien obligé de tout lui raconter. Peinée et en colère, la jeune femme s’activa à réchauffer et à réconforter son fils, avant de finalement dire :

« J’aurais dû te le dire plus tôt, mais… Le voyage de Papa est un peu spécial. En fait, il est encore tout près de nous, mais tout en étant très loin. Tu comprendras demain, on va aller le voir.
- Voir Papa ?
- Voir Papa. »

Et c’est ainsi qu’à huit ans, Vincent eut droit à une dérogation pour entrer dans le service de réanimation de la Croix-Rousse et enfin découvrir son père. Il ne ressemblait pas tellement au jeune homme que sa mère lui avait montré sur ses vieilles photos. Allongé dans un lit, les yeux clos, entouré de tout un tas de tuyaux et de machines compliquées, il était de toute façon difficilement reconnaissable. Les mains agrippées à la barre du lit, Vincent le dévisageait tout en écoutant d’une oreille distraite Maman lui expliquer le fait qu’alors qu’elle était enceinte, son Papa s’était cogné la tête en tombant, que c’était très grave, qu’il n’était pas mort mais qu’on ne savait pas s’il se réveillerait un jour… Vincent ne parla pas de la soirée, et il ne dit rien non plus le jour suivant. Puis, le surlendemain, alors que sa mère avait décidé à contrecoeur de le renvoyer à l’école après avoir fait prévenir le directeur, il avait enfin dit :

« Tu sais Maman, je suis sûr qu’il rêve. »

Le reste de la scolarité de Vincent passa tant bien que mal, une période désagréablement monotone au cours de laquelle il se distança de ces autres élèves qui de toute façon ne l’aimaient pas. Il pouvait passer des heures à imaginer ce que vivait son père, s’il était heureux, s’il savait que l’accouchement de sa femme s’était bien passé, s’il se demandait à quoi ressemblait son enfant… Puis, peu de temps après le onzième anniversaire de Vincent, sa mère reçu un coup de téléphone qui la laissa en pleurs sur le canapé. Des larmes de tristesse, mais aussi de soulagement. Car après toutes ces années, elle avait fini par penser que la mort était la meilleure des issues pour le père de Vincent.

La tristesse de celui-ci fut toute relative – après tout il n’avait jamais connu cet homme. Il n’en continuât pas moins de s’interroger sur ce qu’avait vécu son père, puis à la raison pour laquelle il avait finalement renoncé à vivre. Au cours des années, cette question imaginaire se précisa, orientant Vincent vers la biologie et la neurologie. Il travailla dur, désireux de s’extraire du milieu social pauvre qui était le sien, pour passer son baccalauréat avec brio et finalement s’inscrire en faculté de médecine. Tout en approfondissant ses recherches sur le coma, il franchit le cap de la première année avec une marge confortable pour se lancer dans ces études qui le passionnaient de plus en plus.

Solitaire, Vincent semblait destiné à le rester. Il sortit bien de temps à autres avec une fille qu’il trouvait plus intéressante, mais jamais bien longtemps. Les seuls amis qu’il avait étaient aussi travailleurs que lui, et les soirées que les étudiants ordinaires consacraient à la détente l’étaient chez eux au perfectionnement maladif. Vincent faisait presque peur tellement il s’acharnait à comprendre les mécanismes du coma, le pourquoi, le comment… Petit à petit, il s’orienta vers la spécialisation d’anesthésiste. Ses résultats exemplaires lui permirent enfin d’accéder à au poste convoité d’interne à la Pitié-Salpêtrière, à Paris.

La mère de Vincent mourut en 1983, alors que son fils achevait de mettre au point un nouveau mélange anesthésiant qui permettait de faire plonger le patient très loin dans l’inconscience. Le jeune homme s’aperçut alors avec regret qu’il n’avait pas passé de temps avec elle depuis des années, et que tout à sa soif de connaissances il en avait oublié l’essentiel… Le jeune homme offrit à sa mère de funérailles dignes de ce nom avant de replonger de plus belle dans son travail : il ne fallait pas que cette mort restât inutile, il ne fallait pas qu’il renonçât si près du but.

Puis vint la crise de 1984 et la décision du chef de service concernant les comas les plus profonds. Vincent se demandait depuis trop longtemps ce que ressentaient ces malades pour ne pas être heurté par cette décision. Il était contre ce grand débranchement, il était instinctivement contre. Il tenta de négocier, d’expliquer à son supérieur que le coma stade 3 n’était pas la mort, qu’il y avait toujours un espoir… Mais non, rien à faire. Alors, en désespoir de cause, Vincent parla au chef de service du projet de coma artificiel sur lequel il travaillait depuis quatre ans. Il y avait intégré les découvertes récentes d’un groupe de chercheurs américains et il était persuadé de tenir un anesthésique capable d’endormir assez profondément pour frôler le coma de stade 3 et se réveiller ensuite. Les essais étaient en court et il comptait bientôt passer à l’expérimentation humaine – sur lui-même en l’occurrence. Il en demanda donc l’autorisation à son chef de service, en exposant bien que s’il n’essayait pas maintenant, il ne le ferait jamais. Comment justifier un envoi volontaire dans le coma alors qu’on vient de débrancher la moitié de ceux qui y étaient déjà ?

Vincent ne comprit jamais vraiment pourquoi le médecin avait accepté. Peut-être qu’il aimait bien ce jeune interne appliqué, peut-être que lui aussi se demandait ce qu’il y avait au-delà du coma… Toujours est-il qu’il accepta, et que deux jours avant le grand débranchement Vincent s’allongeait sur une table d’opération en tenue stérile. Lui d’habitude si calme était excité comme un enfant le soir de Noël, et c’est en trépignant qu’il avait réglé les dosages tout en expliquant la marche à suivre à son collègue. Le chef de service lui avait lui-même fixé l’intraveineuse dans le bras gauche, avant de lui dire d’un air soucieux :

« N’oubliez pas de revenir… »

Un peu surpris de susciter tant d’inquiétude chez ce médecin qui approchait de l’âge de la retraite, Vincent fit signe à l’autre anesthésiste de lancer la procédure. Il n’avait pas fini sa phrase que sa langue s’engourdissait déjà, et il eut tout juste le temps de reposer la tête sur l’oreiller avant que ses yeux ne se fermassent. Pour toujours.

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MessageSujet: Re: Vincent Korbaz   Ven 19 Jan - 21:11

HISTOIRE: UN INTERMINABLE AUTOMNE



Brume, froid. Le sol était dur, autrement plus inconfortable que la table d’opération. Et surtout il avait cette oppression, l’impression qu’un regard géant et goguenard pesait sur sa nuque. Un regard à glacer le sang, qui fit tout à coup comprendre à Vincent qu’il s’était trompé. Le coma n’était pas un sujet d’étude comme les autres, c’était un dangereux piège qui était en train de le happer. Alors qu’il était toujours dans le noir, une angoisse sourde lui retourna l’estomac. Il voulait rentrer, maintenant, tout de suite ! Et ô miracle, les ténèbres s’éclaircirent, le mélange de réveil se répandait dans ses veines… Jusqu’à ce qu’on le frappât au visage, avec une force incroyable qui le rejeta en arrière, dans le noir, une voix sifflante au fond des oreilles :

« Tu as voulu voir, alors vois ! »

Vincent se réveilla en hurlant, au milieu d’un décor dont il ne connaissait rien. Une clairière, des arbres décharnés, des feuilles mortes qui collaient à son pyjama. Et pourtant il était bien réveillé, il le savait.

« Mais… mais où est-ce que…
- Bienvenue à Hollow Dream. Tiens, un qui est resté conscient jusqu’à l’hôpital. »

Elle s’appelait Emily et vivait à Hollow Dream depuis deux mois. Elle traîna un Vincent complètement perdu jusqu’au refuge humain, où elle lui expliqua qu’il se trouvait dans un village sans issu, qui ne contenait que des gens qui étaient apparemment mort dans un accident. Alors le jeune interne comprit l’horrible vérité. Le premier choc passé, il parvint à expliquer à Emily et aux autres qu’aucun d’entre eux n’était mort, qu’ils étaient tous dans un coma profond, très profond, mais qui était encore la vie. Après tout, il était le seul à être venu en ces lieux en sachant pertinemment ce qui lui arrivait. Il avait réussi à plonger volontairement dans le coma, et maintenant il doutait fortement de pouvoir en ressortir.

Six mois. Malgré la soudaine surpopulation de créatures issues du Grand Débranchement, il avait tenu six mois, avec l’aide d’Emily dont il s’était fait une amie. Mais Vincent ne se pardonnait pas sa témérité, il regrettait chaque jour davantage d’avoir fait une erreur aussi monumentale. Il voulait rentrer, soigner les gens, les aider à sortir de cet enfer brumeux où on ne voyait jamais le soleil… Lentement, Vincent dépérissait. Il avait maigri, il ne souriait plus, parlait à peine. Il ressemblait à présent de manière troublante au petit garçon isolé qu’il avait été, bien des années auparavant. Seule Emily parvenait à le tirer quelque peu de sa morosité. Lentement mais sûrement, il tombait amoureux d’elle, et il avait bien l’impression que c’était réciproque. Jusqu’au coup de grâce.

Elle était allée chasser seule dans les bois et était tombée sur trois Chimères en vadrouille. Classique. Ses cris de souffrance avaient été entendus depuis le village, et lorsque Vincent arriva sur place avec des renforts, la jeune femme n’était plus qu’un cadavre mutilé de manière innommable. Sonné, Vincent avait ramassé le pendentif d’Emily, ce petit oiseau auquel elle tenait tant et qu’elle était si heureuse d’avoir autour du cou lorsqu’elle avait eu son accident de voiture. La chaînette était cassée et les ailes de rubis dégoulinaient de sang.

Comme le soir de la rivière, Vincent s’était enfui à travers les bois, il avait couru plus vite qu’il n’aurait jamais cru pouvoir le faire, en pleurant à s’en donner mal à la tête. Puis, à bout de souffle, il était tombé à genoux dans les feuilles mortes, le pendentif serré entre ses doigts. Pourquoi ? Ce n’était pas juste, tout cela n’était pas juste. Il haïssait cette ville, il se haïssait lui, et la seule personne qui commençait à lui rappeler qu’il pouvait éprouver des sentiments venait de se faire sauvagement assassinée. Non, tout cela c’était trop, il n’en pouvait plus. Il n'en pouvait plus.

Et au moment même où il pensait cela, sa vision s’obscurcit et une vague de froid le submergea des pieds à la tête, comme si la chaleur de son corps s’enfuyait. Il sentit sa douleur se faire moins vive et devenir une lancinante pointe de glace au fond de sa poitrine. Ses larmes se tarirent et il ouvrit les yeux pour découvrir que ses mains, toujours refermées sur le pendentif ensanglanté, étaient à présent à moitié transparentes. Une Ombre. Il venait de se suicider, il le savait et pourtant il n’en éprouvait que du soulagement. Un immense soulagement.

De proie, il devint prédateur. Il retourna au refuge des humains, et se fit une joie de massacrer tous ceux qui lui avaient été proches. Il se délecta avec un plaisir inconcevable de l'horreur qu'ils avaient tous éprouvés en voyant que le jeune homme qu'ils accueillaient n'était plus l'un des leurs. Imbéciles, pauvre imbéciles. C'était leur faute si Emily était morte. Ces couards l'avaient laissée mourir, trop accrochés à leur pathétique reste de vie pour oser aller à son secours. Et c'était pour ce bétail qu'il avait sacrifié sa propre vie? Il en avait envie de vomir.

La suite s'était enchaînée avec une facilité déconcertante. Vincent avait rencontré d'autres Ombres, un petit groupe plus ou moins établit dans la forêt. Il avait suggéré qu'ils se trouvent un véritable endroit où vivre. L'un d'eux s'était moqué de lui. L'ancien médecin avait frappé à l'instinct et lui avait arraché ce qui lui faisait office de trachée. Cela avait certes jeté un froid, mais également un début de respect.

"Et... où est-ce qu'on irait?"

Vincent réfléchit quelques instants, avant de s'autoriser un rictus goguenard:

"Que diriez-vous d'aller visiter le manoir, sur les hauteurs du village?"

"Mais il y a des humains là-bas!"

Vincent haussa les épaules.

"Si nous y allons, ce ne sera plus le cas."

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MessageSujet: Re: Vincent Korbaz   Ven 19 Jan - 21:27

HISTOIRE: L'HIVER...


Les flammes dansent dans l’âtre, escaladent le râtelier, se faufilent le long des pierres noircies pour s’échapper par ce qui reste du toit. Leur chaleur, acide métaphore de vie, est pour une fois bien accueillie par les quelques Ombres qui les contemplent depuis leurs fauteuils, plongées dans leurs pensées. Avant, elles n’appréciaient pas vraiment le velouté du feu, sa température trop élevée pour leur corps de fantôme. Mais depuis que les flammes les garantissent du vent chargé de flocons de neige qui envahit la vallée, les Ombres ont dû revoir leur échelle de valeur.

Les Ombres ont dû revoir beaucoup de choses, en fait, Vincent le premier. C’est à cela qu’il pense, reclus dans un coin du petit salon, ses yeux d’obélisques observant sans les voir les volutes orangées qui réchauffent la pièce. Distraitement, comme il avait l’habitude de triturer son pendentif cassé, il caresse le gant noir qui couvre sa main droite. Sous le cuir, sa peau brûlée le fait souffrir, mais il n’en laisse rien paraître. Un peu comme s’il n’avait que ce qu’il mérite.

Parce qu’il se l’avoue ou non, il s’est trompé. Il s’est trompé sur toute la ligne.


*****
***


Cet après-midi là, il était rentré de sa chasse un peu plus tôt que d’habitude : il avait croisé Meraziel dans les bois de l’Ouest, et l’association démoniaque qui en avait résulté avait délesté trois Chimères de l’humain qu’elles pourchassaient. Lesdites Chimères, cela va sans dire, n’étaient plus en très grande forme. Cela aurait presque pu être une « sympathique » et banale chasse entre un meneur et son lieutenant, si Vincent n’avait pas été anormalement préoccupé.

En effet, les rumeurs concernant une possible association entre mortels et Chimères se précisaient, et il devenait évident que ce n’était pas qu’un vague bruit qui courrait dans la vallée. Aussi ahurissant que cela puisse paraître, Mary Malone avait certainement conclu un pacte avec Cold. Pourquoi ? Comment ? La seule chose dont Vincent était certain, c’était le peu enviable statut d’ennemi commun dont les Ombres héritaient. Et cela lui déplaisait fortement.

Alors qu’il se retirait dans sa chambre pour y réfléchir au calme, l’ancien interne essayait pour la énième fois de comprendre à quel moment la situation avait commencé à lui échapper. Lorsqu’il avait rencontré Elhil ? Quand il avait effrontément embrassé Mary, après la bataille de l’église ? Ou tout cela avait-il commencé bien plus tôt, au moment où cette fichue métisse avait pris la tête de ses semblables ? Quoi qu’il en soit, la situation était bien engagée à présent, et Vincent craignait de plus en plus de s’être réveillé trop tard.

En pénétrant dans sa chambre, il fut un court instant distrait de ses mornes considérations par la silhouette drapée de blanc qui s’était roulée en boule sur son dessus de lit. Un vague sourire passa sur les traits figés de l’Ombre, qui referma doucement la porte derrière-lui pour ne pas déranger le bel endormi. Voilà autre chose qu’il aurait bien aimé savoir : quand donc Elhil avait-il commencé à venir faire la sieste sur le lit de son amant ? Un peu paradoxal, pour quelqu’un qui craignait en permanence qu’on les découvre dans les bras l’un de l’autre.

Vincent ôta son manteau avant de s’asseoir à la tête de son lit. Il passa les bras derrière sa tête, et s’attarda encore quelques secondes dans la contemplation de l’être qui avait changé sa vie – ou plutôt sa non-mort. Voilà autre chose dont il n’avait pas besoin : s’inquiéter pour la sauvegarde de celui qui bien malgré lui était devenu sa faiblesse la plus flagrante. L’ancien anesthésiste n’était pas stupide et il avait dissimulé avec le plus grand soin les sentiments qu’il éprouvait pour le juvénile Indien, mais si ceux-ci étaient totalement inconnus des autres clans, il n’avait pas su les dissimuler complètement à ses propres subordonnés. Meraziel et Rosélio étaient au courant, Myst et peut-être deux ou trois autres espions avaient plus ou moins deviné. Bah, quelle importance après tout ? Vincent estimait qu’ils étaient tous plus ou moins dignes de confiance. Et puis dans le cas où on le trahirait, il saurait faire payer le coupable. Le faire payer au centuple.

L’Ombre était en train de se demander s’il allait réveiller Elhil ou le laisser dormir lorsqu’une tierce personne décida pour lui : deux violents coups de poing ébranlèrent le battant, bientôt suivis d’un Meraziel trépignant qui jaillit dans la chambre sans y être invité. Le jeune Indien fit un bond assez spectaculaire sur le lit, avec un cri étranglé qui n’était pas sans évoquer un prémisse de crise cardiaque. Il dut hélas se passer de réconfort : Vincent, qui avait un instant envisager d’arracher la tête de son lieutenant pour avoir osé troubler ses propres réflexions et le sommeil de son jeune amant, oublia bien vite ses représailles en découvrant le corps inanimé que Meraziel traînait à sa suite. Kim Logan.

« Es-tu devenu fou ? »

La question était posée sur le ton de la conversation. La véritable menace couvait dans les yeux d’obélisque du chef des Ombres : son bras droit avait intérêt à avoir une excellente raison pour amener la numéro deux des humains jusqu'à son Manoir… Excellente raison que Meraziel s’empressa de fournir à son supérieur. Le front immaculé de Vincent accusa un léger pli de concentration, tandis qu’il se levait et renfilait son manteau.

« Pas ici. Amène-la dans le bureau. »

Le fantôme ajusta vivement son revers, rassura Elhil d’une caresse et d’une explication plutôt succinte (« je reviens »), avant de sortir à la suite de son lieutenant. Le temps que Vincent envoie quelqu’un chercher Rosélio et qu’il arrive au bureau qui servait d’archives aux Ombres, Meraziel avait déjà attaché leur prisonnière sur la chaise prévue à cet effet – les meubles de ce genre étaient rarement fixés au sol sans qu’on leur réserve un usage particulier. L’humaine reprenait lentement conscience, trop lentement pour entendre ce que Meraziel avait entrevu lorsqu’il avait tenté d’en faire sa proie. Vincent, lui, ne comprenait que trop bien.

Une sortie. Le mot semblait rester coincé quelque part dans son oreille interne, et il continuait à résonner bien longtemps après que Meraziel soit passé à autre chose. Une sortie. Les humains pouvaient-ils vraiment s’échapper ? Pouvaient-ils tous se réveiller, là, comme ça, du jour au lendemain ? Jamais au cours de sa vie de futur médecin il n’avait entendu parler d’un tel phénomène, et si l’interne était sceptique, le fantôme se hérissait de toutes parts. Impossible, c’était impossible. Meraziel hallucinait. Même s’il avait l’air mortellement sérieux.

La suite des évènements resta floue dans l’esprit de Vincent. Le réveil de Kim, la première claque – était-ce lui ou Meraziel qui l’avait portée ? En temps normal, les gifles n’étaient pas le genre de l’ancien interne, mais la perspective de voir toutes ses proies lui échapper d’un coup lui avait fait l’effet d’un coup de batte derrière les oreilles. Il laissa Meraziel, puis Rosélio poser les questions. Lui se contentait d’écouter, parfois de frapper. Une sortie. Impossible, c’était impossible. Impossible.

Et puis, au bout d’un laps de temps indéterminé, ce fut l’alarme. Rosélio et Vincent entendirent Meraziel vociférer dans les couloirs, un son aussi inhabituel dans le Manoir que l’était une symphonie dans l’antre des Chimères. Les deux Ombres échangèrent un regard, avant de se précipiter au dehors – le meneur prit tout juste le temps de resserrer les liens de Kim. Ils tombèrent sur l’Archange qui courait vers l’aile centrale en ajustant tant bien que mal les armes qu’il fixait à ses avant-bras. Quelques mots lui suffirent pour résumer la situation :

« Ils attaquent ! »

Ils. Humains et Chimères. Vincent se serait flanqué un coup de poing s’il l’avait pu : quel idiot il avait été d’accepter que Meraziel retienne Kim ! C’était la plus grossière erreur de toute sa carrière de meneur des Ombres, et vu l’armée de cauchemar qui montait à l’assaut du Manoir, cela risquait d’être la dernière. Le fantôme se précipita vers les chambres tandis que Rosélio faisait glisser sa rapière hors de son fourreau. Au petit lutin de prouver que ce n’était pas un simple ornement.

« Elhil ! Sors d’ici tout de suite ! »

Vincent défonça la porte de sa chambre plus qu’il ne l’ouvrit, mais l’Indien l’avait pris de vitesse et avait déjà quitté les lieux. A travers les vitres, l’ancien interne entendit un rugissement bien connu, le feulement barbare qui annonçait que Cold lui-même menait ses Chimères à la bataille. Ainsi c’était vrai. Tout était vrai. Le regard de l’Ombre s’assombrit comme il avait rarement eu l’occasion de le faire. Tous les doutes, toutes les hésitations disparurent dans le tourbillon noir qui envahissait les prunelles et l’âme du fantôme maudit, et bientôt une seule et unique émotion subsista dans son esprit moribond : la vengeance.

*****


Ce n’était plus une bataille, c’était un massacre. Le lugubre et silencieux Manoir des Ombres était devenu un abattoir où rien ne venait marquer la différence entre les proies et les prédateurs. Les crocs et griffes mordaient la chair, les balles de plomb prenaient de vitesse l’intangibilité des fantômes, les sifflements glacés des créatures hachaient menu les humains trop peu résistants. Bien vite, il devint proprement impossible de déterminer qui avait l’avantage. La surprise avait fait des ravages parmi les Ombres, mais une fois celles-ci devenues intangibles, la terreur changea de camp pour s’abattre sur les humains mal entraînés et les Chimères désorganisées. Puis les Ombres se fatiguèrent, et les assaillants reprirent l’avantage. Avant que la peur de mourir, qui envahissait la vieille demeure jusqu’à en rendre l’air poisseux d’horreur, ne rende quelques forces aux fantômes.

Et le feu. Le brasier qui envahit soudain la bâtisse à l’armature de bois, dévorant tout sur son passage, encerclant les ennemis dans une même étreinte mortelle. Vincent ne réfléchissait plus, il tuait. Sa silhouette à l’élégance consommée était devenu une machine de guerre, ses mains diaphanes des armes mortelles. L’ancien interne réagissait sans penser. Ses doigts glacés fouillaient une poitrine difforme de Chimère, redevenaient tangibles le temps d’en extirper un cœur encore fumant, avant de plonger derechef dans la chair d’un humain pas assez vigilant. Un coup de griffe toucha son bras. La créature responsable vit son cerveau broyé à mains nues.

Vincent entrevit une silhouette fuir à travers la pièce en ruines, trois monstres sur les talons. Myst ? Etait-ce Myst ? Le fantôme en mode automatique la reconnut, même si quelque chose au fond de lui s’étonna de l’air perdu de la petite danseuse. Un bras ensanglanté se déploya, agrippa le col de l’un des poursuivants, l’autre main frappa à la vitesse de l’éclair et arracha la moelle épinière de son logement. Un corps qui s’effondre, un deuxième assaillant qui hésite. Mauvaise idée. Un sifflement, un coup sourd, une créature qui vacille en observant d’un air incrédule l’infâme magma où l’instant d’avant on pouvait encore trouver ses deux cœurs. Et des flammes, des flammes partout… Elhil, où était Elhil ? Un coup, un mort, un coup, un mort. Une morsure ? Pas grave. Un coup, un mort. Où était Mary, où était cette peste, où avait-elle caché ce petit corps plein d’espoir que Vincent allait se faire un plaisir de démantibuler nerf par nerf ?

Où étaient les humains, d’ailleurs ?

La folie meurtrière du chef des Ombres sembla enfin s’atténuer un peu et il regarda vivement autour de lui. Il était environné de cadavres, cerné par les flammes. Chimères et Ombres s’entretuaient avec une sauvagerie dépourvue de toute trace d’humanité. Mais les humains n’étaient plus là. Tous morts ? Oh non, ça aurait été trop beau…

Vincent força son corps épuisé à devenir encore une fois transparent, pour mieux bondir à travers le feu et les murs. Il avait ce qu’on appelle communément un mauvais pressentiment, sauf que cette fois c’était tellement fort et prononcé qu’il en étouffait presque. Une sortie. Kim Logan savait comment trouver une sortie. Une sortie. Le fantôme bondit au-dessus d’une Chimère moribonde et traversa en coup de vent la porte du bureau, encore épargné par les flammes.

Plus de Kim, bien entendu. Des liens sectionnés. Un grimoire ouvert en grand sur la table de consultation. Fébrile, bien loin de son calme habituel, le fantôme attira le vieil ouvrage à lui pour constater qu’on en avait arraché trois ou quatre pages. D’où sortait ce livre ? Sans doute des innombrables étagères que les habitants du manoir avaient remplies pour tromper leur maladif ennui, sans savoir qu’ils détenaient un secret pareil… Car si Vincent en croyait les quelques paragraphes qui restaient dans le grimoire, les visions de Kim étaient loin d’être de simples hallucinations.

L’Ombre referma sèchement le vieux livre et le dissimula sous l’une des bibliothèques avant de ressortir de la pièce en coup de vent. Il s’efforçait de réfléchir aussi vite qu’il courait. Il devait réagir, réagir tout de suite, sinon il serait absolument trop tard. Il croisa Meraziel, qui venait lui annoncer ce qu’il avait déjà deviné : les humains détalaient vers la forêt.

« Rassemble les nôtres, dis-leur d’arrêter de se battre et de partir tout de suite à leur poursuite ! Je vais chercher cet abruti de Cold ! »

Et de fait, l’abruti sus-mentionné n’était pas difficile à trouver. La Chimère régnait dans les ruines enflammées du grand salon, occupée à démembrer avec un rire sauvage les cadavres de fantômes qui lui tombaient sous la main. Peut-être ne se rendait-il même pas compte que ses victimes étaient déjà mortes. Vincent se jeta sur lui, en résistant à grand peine aux pulsions vengeresses qui lui dictaient de plonger ses avant-bras dans cette poitrine sans cœur et d’y faire le plus de dégâts possibles.

« On a un énorme problème ! »

VLAN ! Vincent recula, destabilisé par la soudaine impression que sa mâchoire ne rentrait plus parfaitement dans son logement. Est-ce que… est-ce que cet imbécile de Cold venait de lui flanquer un coup de poing ? Oh bon sang, et voilà qu’il le chargeait ! L’Ombre devint intangible, laissant la Chimère passer à travers lui, avant de pivoter sur ses talons et de sauter sur le dos du monstre pour lui hurler dans l’oreille :

« LES HUMAINS VONT S’ECHAPPER ! ILS VONT S’ECHAPPER DE LA VALLEE ! »

Le meneur des Ombres ne criait jamais. Absolument jamais. Et cela devait se sentir dans sa voix, car Cold arrêta soudain de se débattre. Vincent se laissa retomber à terre, pour constater que Ombres comme Chimères le dévisageaient en un surréaliste instant de stupeur. Les deux chefs se fixèrent un instant dans le blanc de l’œil. Puis Cold consentit enfin à observer les alentours. Et il eut alors le seul commentaire qui s’imposait :

« Et merde… »

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Vincent
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MessageSujet: Re: Vincent Korbaz   Ven 19 Jan - 21:27

Vincent resserre légèrement sa prise autour de sa main blessée, et il grimace. Même avec un effort de mémoire, il peine à se rappeler de la suite. Il se revoit courir dans les bois, pas trop vite pour ne pas semer Cold, qui suit les fuyards à l’odorat. Il se rappelle vaguement son soulagement lorsqu’il a distingué Elhil parmi les Ombres qui les suivaient. Et il débouche dans la clairière, blêmit en voyant Mary unir le médaillon entrevu dans le grimoire. Alors il y a une grande lumière, qui envahit ses souvenirs comme un éclair aveugle un humain avec des millions de petites étoiles résiduelles. Cette lumière, et l’indicible sentiment d’horreur qu’elle a gravé dans l’esprit du chef des Ombres, l’empêche de se souvenir de la suite. Les premiers flocons de neige, les Bêtes, la fuite… il ne les connaît qu’à travers ce qu’on lui a raconté.

Le premier moment qui est clair dans sa mémoire, c’est cet instant où il a organisé les survivants en petits groupes pour remettre en état ce qu’il restait du manoir. Toujours hébété, Vincent a alors senti quelqu’un effleurer avec douceur sa manche déchirée et imbibée de sang. Il a tourné la tête, et rencontré le regard inquiet d’Elhil.

« Tu… il y a de la glace sur ta main… »

Vincent a baissé les yeux et découvert qu’effectivement, son bras droit était couvert de glace jusqu’au coude, là où de gigantesques crocs avaient déchiqueté sa chair. L’une des Bêtes l’avait mordu ? Il ne s’en rappelait même plus.

La glace a mis une semaine à disparaître. La douleur est arrivée bien plus tôt. En cet instant où il contemple la cheminée du petit salon, elle pulse encore dans ses doigts brûlés par le gel. Une douleur froide, glaciale comme il n’en a jamais connue. Elle lui rappelle en permanence à quel point il s’est trompé, à quel point il a sous-estimé ses ennemis. Il sait que ses subordonnés comptent sur lui, à présent, et il sait qu’il doit se montrer digne de leur confiance. Il le sera. Mais Vincent est mal à l’aise, troublé par cette froideur qui en temps normal n’est pas la sienne. Certes il n’a jamais été très chaleureux, mais pas au point de refuser d’écouter un vieux vinyle sur le gramophone bricolé par Rosélio, pas au point de refuser de partir à la chasse avec Myst ou Meraziel. Pas au point de plus adresser la parole à Elhil.

Vincent sait que quelque chose a changé depuis que cette abrutissante lumière l’a transpercé jusqu’au cerveau, comme si la vallée s’était encore un peu plus infiltrée dans l’esprit de son serviteur. Il s’efforce de se dire que c’est stupide, mais qu’est-ce qui est vraiment impossible dans ce village de cauchemar ?

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