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 Rage [Feu Soledad Ramirez][Validée]

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Rage
Furie d'Amour - adore les petits moustiques
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Nombre de messages : 440
Temps passé à Hollow Dream : Un peu plus de deux ans
Date d'inscription : 26/12/2006

MessageSujet: Rage [Feu Soledad Ramirez][Validée]   Sam 31 Jan - 2:50

Nom: Ramirez
Prénom: Soledad ( Ce qui signifie « solitude » mais il est rare qu’on l’appelle comme ça.)
Surnom: Sol (Soleil en espagnol.)Il n’existe qu’une seule personne qui a le droit de l’appeler ainsi. Les autres doivent l’appeler Rage.
Age du coma: 26 ans
Temps passé à Hollow Dream:
- en tant qu'humain: un peu plus d'un an.
- en tant que Chimère: C’est assez récent, dirons-nous.
Ancienne profession: Pompier (gradé sergent-major)

Loyaliste?
Peut-on posséder un sens de la loyauté quand on ne se laisse guider que par ces violentes poussées de haine sans nom ? Peut-être… Qu’on lui donne une raison, sans cela, le peu d’humanité et de bon sens qu’elle possède encore n’est dédié qu’à une charmante fillette répondant au doux nom d’Anthea.

Description physique:
Autrefois… a écrit:
Il suffit de la regarder une seconde pour être certain des origines latines de Soledad. Sa peau arbore un teint doré toute l’année, ses longs cheveux noirs semblent faire leur loi indépendamment des brosses à cheveux ou des gels en tout genre. Il faut dire que dans sa famille, les mélanges sont tels qu’elle laisse encore planer un doute sur la couleur de peau de ses parents. Comme pour bon nombre de ses semblables sud-américaines, la nature s’est montrée généreuse dans les courbes, traçant une poitrine voluptueuse une taille fine favorisée par la jeunesse et des hanches qui semblent ne demander qu’à se faire enlacer. Malgré ses vingt-six ans, beaucoup imaginent à tort qu’elle ne doit même pas avoir sa majorité. Une simple illusion donnée par son attitude enjouée, ses grands yeux ambrés et ses lèvres pulpeuses souvent ornées d’un sourire. Elle semble se moquer de tout, comme si rien n’avait réellement d’importance, comme si le monde n’était pour elle qu’un vaste terrain de jeu. Mais il suffit qu’elle se rapproche un peu de vous pour que vous doutiez de cette part d’enfance. Déjà, il est fort probable qu’elle vous supplante par la taille, du haut de son mètre quatre-vingt.
Dans l’ensemble, Soledad peut vraiment être qualifié de « belle », et c’est bien ce qui parfois lui prête préjudice. Les mœurs inconscientes veulent qu’une jolie fille soit fragile et ignorante… Pour ce qui est de la fragilité, ce serait peu prudent de l’imaginer sans ressources. C’est probablement parce que le regard se perd sur l’opulente poitrine qu’on ne remarque pas le dessin finement travailler des muscles de ses bras, ou les reliefs strictes de ses abdominaux. Et oui, Soledad entre dans la catégorie des femmes athlétiques, même si ses gênes ont joués contre elle.
Depuis son arrivée à Hollow Dream, elle a renoncé à dompter sa tignasse, se limitant à une simple tresse pour les maintenir en arrière. Ses yeux ambrés sont devenus plus animés, plus flamboyants, en parfait reflet de sa personnalité, de cette hargne qu’elle place dans cet espoir de se réveiller un jour.

Les mains dans l’eau de la rivière, Rage contemple son reflet. Elle n’a pas beaucoup changé finalement. Ses courbes sont toujours présentes, toujours féminines et alléchantes, faisant oublier aux proies qu’elle tient plus du fauve que du charmant chaton. Sa taille reste un atout de poids contre beaucoup d’adversaire, contre les femmes plus souvent proies que les hommes. Leur chair est plus tendre, semble-t-il…
Sa tignasse a été quelque peu raccourcie. Elle n’a plus vraiment envie de perdre du temps à tresser ses cheveux noirs. Mais là où les reflets parfois se perdaient dans l’acajou chaleureux, aujourd’hui il n’y a plus qu’une nuance de nuit sans lune, à peine meurtrie par quelques reflets d’un bleu sombre et glacial. Sa peau n’a rien perdu de sa teinte caramélisée, si troublante. Sous ses vêtements, seule une vilaine cicatrice partant d’entre ses seins mutile son ventre pour cesser sa course non loin du flanc, là où la bête l’a eue, là où sa vie s’était échappée. Ses yeux ont eut à souffert d’une légère modification. Ils sont plus chauds, plus envoûtants, plus traîtres aussi. L’ambré animé est mort sous ce rouge orangé brûlant, cinglant, barré d’une pupille en fente. Même ses oreilles se sont prolongées, effilées, jusqu’à devenir légèrement pointue. A présent, elle a vraiment tout du fauve.
Un sourire ourle délicatement ses lèvres pulpeuses, un sourire qui à défaut de posséder cet enjouement enfantin ne reflète plus qu’un goût prononcé pour un cynisme décalé, un peu fou peut-être. Mais non, elle n’est pas vraiment folle.
Ses mains ressortent de la rivière, le sang qui les tâchait s’en est allé. Elle ne les secoue pas et laisse les gouttes d’eau perler au bout de ses doigts et de ses ongles plus longs, plus solides et surtout plus tranchants. Ils paraissent semblables en longueur à des couteaux de cuisine, si effilés, si parfaits pour dépecer.
Mais elle les rétracte subitement. Son odorat s’est considérablement développé et à présent elle sent parfois avant d’entendre l’arrivée d’une personne. Le sourire glacial se transforme, et tandis que les prunelles brûlantes se tournent vers une fillette, les traits haineux de la Chimère se muent subitement en une tendresse sans limite. Peut-être n’a-t-elle pas entièrement changé…



Description morale:
… Dans la mémoire… a écrit:
Immature ? Vous avez dit immature ? Certes, elle n’a pas l’air très adulte dans sa tête, elle qui se montre si prompt à la plaisanterie, si facilement souriante, si emportée dans sa gestuelle pourtant un tantinet féline. Mais il n’en demeure pas moins qu’elle a un cerveau (si si, je vous assure !) et qu’elle sait s’en servir. Oh, elle ne prétendrait pas penser pour les autres, bien loin de là. Soledad fait partie de ces gens chaleureux et aimables qui estiment qu’un simple sourire fait naître une amitié, qu’un simple rire suffit à s’intégrer n’importe où, et jusqu’à maintenant ça lui a plutôt bien réussi.
Elle possède un grand sens de l’honneur et, à l’instar de bon nombre de ses semblables latins, un caractère enflammé qui ne cache rien de ses pensées. Elle est honnête, Soledad. Quand quelque chose ne va pas, elle le fait clairement savoir, et pas toujours avec tact. Quand quelque chose va bien, elle le fait aussi savoir, estimant que dans la vie il est important de souligner ce qu’il y a d’agréable, ne serait-ce que par politesse. En revanche, contrairement à bon nombre de ses semblables latins, elle ne fait pas montre d’une fierté démesurée. Pour elle, tout ne se limite qu’à une chose, sa conception de ce qu’est l’honneur. Moins elle a à regretter, et plus elle pourra aller de l’avant, aussi elle aime prendre des risques, mais toujours dans la mesure où, d’après ses estimations, le pourcentage de réussite est le plus élevé.
Ce n’est pas quelqu’un qui fait preuve d’ambition. Son seul souhait a toujours été de mener la vie qu’elle désire et non pas de vivre pour obtenir ce qu’elle pourrait désirer.
Arrivée sur Hollow Dream, elle a d’office choisi de suivre Mary Malone. Les monstres qu’elle a découverts, les Ombres et les Chimères, sont des aberrations qui n’ont fait que la conforter dans l’idée que les humains devaient rester unis pour survivre. Qui plus est, l’expérience de Mary faisait d’elle la personne idéale à soutenir.
Mais cette opinion a changé. L’erreur fatale, l’empressement à vouloir se réveiller a poussé les humains à l’erreur. Ils n’auraient pas dû être si pressé, et à son sens c’était une bêtise de se jeter à corps perdu sur le premier espoir venu. Toujours fermement décidée à s’en sortir, elle choisi maintenant de suivre ses idées, ses opinions. Après tout, malgré son grand sens de la famille et de l’entraide, Soledad pense toujours que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Que c’est vieux tout ça. Les humains ? Quelle importance. Ils y croient encore tellement. Y a-t-elle cru ? Bien sûr. Et honteusement, elle y croit parfois encore, mais pas pour elle. La mort l’a charcutée, déchirée, massacrée jusqu’au plus profond de son âme, anéantissant l’espoir, les projets, tout ce qui lui permettait de rester en vie. Mais ce n’est pas la tristesse et l’abandon qui l’ont ramenée à Hollow Dream. Elle n’y croit plus, mais ce n’est pas un mal. Sa souffrance, elle sait la soigner, et très bien même, à coups de griffes et à l’éclat du magnifique rouge du sang. Oui, Rage porte bien ce surnom. Elle n’est que haine, une haine vomie contre ceux qui font à tort briller l’espoir pour mieux laisser leurs semblables se faire détruire. Ah, elle est belle, la volonté humaine, mais elle ne sert à rien. Et dire qu’elle avait cru qu’il était possible de se soutenir, possible de s’entraider, de se protéger les uns les autres. Y avait-il quelqu’un pour la sauver elle quand la bête lui a bondi dessus ? Quand elle a hurlé de terreur ? Pourtant elle ne voulait qu’aider, en allant fouiller dans cette clairière, là où la faute avait été commise, là où personne n’était venu remettre en question la futilité de l’espoir humain.
Mais qu’importe. Oui, elle les hait, et tant que faire couler le sang ne fait qu’exacerber sa colère, encore et encore, dans une élévation infernale vers les portes de la folie.
Est-elle folle ? Sans doute le serait-elle devenue.
Heureusement, elle existe. Quoi donc ? Et bien cette petite chose qui donne encore envie de vivre, cette petite chose qui l’a empêché de se laisser aller au néant à la naissance du printemps. Cette si jolie chose pour laquelle elle serait prête à se damner encore et toujours. Et cette chose, c’est Anthea.
Un mot, un geste de la fillette, et la folie meurtrière disparaît subitement, comme si jamais elle n’était apparue. Elle lui a promis de la ramener vers sa maman, et par cette simple promesse, Anthea est le seul être vivant à pouvoir se reposer sereinement entre les griffes acérées de Rage.



Style de combat:
… D’un monstre. a écrit:
Dans sa vie, Soledad a touché un peu à tout, étant une grande adepte des sports en tout genre. Niveau combat, elle se sert de ce qu’elle connait le mieux : la capoeira. Pour beaucoup de monde c’est un sport très visuel, plus proche du divertissement que du combat réel. Pourtant c’est une façon de se battre redoutable. Dans une réelle lutte pour la survie, elle se bat à la manière d’un animal, ramassée vers le sol comme un félin prêt à bondir, se déplaçant avec une rapidité et souplesse dans des mouvements imprévisibles. Elle est très difficile à frapper, puisque ses gestes ne peuvent être connus à l’avance. Elle peut frapper assez fort et assez précisément dans n’importe quelle position. Au sol, sur les pieds ou sur les mains, accrochée quelque part, un vrai singe !
En deux mois passés à Hollow Dream, elle a développé d’autres manières de se battre. Avec des lambeaux de cuir récupérés, elle s’est créé un fouet à l’extrémité duquel elle a fixé de petits pierres coupantes, histoire de faire le plus mal possible en frappant tout en gardant une certaine distance. Il lui arrive parfois de se promener avec une arme à feu, mais ce n’est pas la sienne. Ce genre d’objet étant rare, elle s’est mise d’accord avec d’autres survivants pour partager l’armement.

L’humain lambda n’aurait pas dû envisager de la tuer. Sans doute a-t-il pensé que la fillette qui serrait contre elle une peluche était menacée par la Chimère. Mais Rage venait de lui faire réaliser son erreur. Le pauvre homme baignait dans son propre sang tout juste dilué par la pluie. Oh, il avait bien réussi à lui faire une petite égratignure avec son poignard, mais à présent, c’est elle qui tenait l’arme tandis que lui n’était plus en mesure de tenir quoi que ce soit. Quand avait-il réalisé sa méprise déjà ?
Serait-ce au moment où ils ont commencé à se tourner autour, quand il a réalisé que ses pas ne faisaient pas de bruit, que sa démarche repliée était identique à celle d’un tigre face à un chasseur désarmé ? Ou peut-être au premier coup qu’il lui a porté, celui qui laissait à présent une vague griffure contre le ventre si bien musclé. L’avait-il réellement touchée ou était-ce elle qui l’a laissé s’approcher pour le piéger ? Elle bougeait vite et bien, dans des positions où la souplesse lui paraissait presque surnaturelle. Non, ce n’était qu’une illusion. Ces mouvements étaient parfaitement normaux, juste terriblement improbables. Il croyait qu’elle allait reculer après ce coup, mais elle a avancé, le retenant d’une main tandis que l’autre aux griffes déployées s’était abattu sur son visage, le privant de son œil gauche.
Elle avait souri. Oui, ce sourire monstrueux, avec cette ignoble lueur dans son horrible regard. Il se sentait l’âme d’un petit rongeur face à un chat en furie. Il avait voulu crié, mais le deuxième coup de la Chimère lui avait tranché la gorge, et les cordes vocales par la même occasion. Il n’avait pu que s’effondrer, perdant son sang en grande quantité. A ce stade, il ne ressentait même plus la douleur tandis qu’elle avait commencé à déchirer la peau, du bas-ventre vers le haut du thorax, écartant ce qui protégeait les organes, lacérant les muscles. Son cœur ne battait plus depuis un certain temps déjà quand Rage s’en délectait, léchant avec avidité les morceaux de chair sanguinolente au coin de ses lèvres.



Phobie(s):
Si les monstres avaient peur… a écrit:
Sa plus grande peur est de se retrouver face à une situation dangereuse et d’être impuissante. Le pire pour elle, c’est de voir mourir quelqu’un et de se savoir incapable de lui venir en aide. De manière générale, toutes ses peurs tournent autour d’un sentiment d’impuissance, de fragilité, d’incapacité à protéger et se protéger.

Les doigts redevenus humains caressent avec tendresse les doux cheveux d’une petite fille. Peur ? Peut-être. Une seule peur, celle de faillir à sa promesse, celle d’empêcher sa petite Anthea de retrouver le bonheur auprès de sa maman. Mais à bien y réfléchir, de ce point de vue-là rien n’a vraiment changé.

Autres:
Mais encore ? a écrit:
Même si elle semble ne jamais cacher ses émotions, personne ne l’a jamais vu pleurer, ni à Hollow Dream, ni ailleurs. Elle a toujours sur elle un long ruban de velours blanc. La plupart du temps, elle s’en sert pour attacher ses cheveux.

Si, elle a pleuré, des larmes acides, brûlantes, des larmes de rage et de haine. Mais c’est passé maintenant. Elle n’a plus pleuré depuis sa mort, et peut-être ne pleureras-t-elle plus jamais. Le ruban blanc à disparu de ses cheveux, mais certains le remarqueront peut-être soigneusement attaché à son poignet, tâché de vieux sang séché.

Comment avez-vous connu Hollow Dream? J’y joue encore et toujours.


Dernière édition par Rage le Sam 31 Jan - 8:05, édité 1 fois
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Rage
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MessageSujet: Re: Rage [Feu Soledad Ramirez][Validée]   Sam 31 Jan - 2:52

Histoire:

Chut ! a écrit:
Il paraît que quand vient l’heure de mourir, on voit défiler l’entier de sa vie devant ses yeux…

C’était presque le cas pour Soledad. Autour d’elle, elle entrevoyait des silhouettes en train de s’agiter, mais cela faisait quelques secondes qu’elle n’entendait plus ni les ordres aboyés ni les différentes signalisations sonores des appareils médicaux autour d’elle.
Mais revenons un peu en arrière. Car c’est bien son histoire qui vous intéresse si vous lisez ces quelques lignes, alors reprenons tout depuis le début.


Trois août 1987, dans un hôpital de Los Angeles…



L’infirmière quitta la chambre 436 avec un air de profonde frustration. A l’intérieur, la jeune femme nouvellement mère aurait dû être en train de donner le sein à son bébé dans le calme, mais c’était peine perdue. Nuria refusait la tranquillité. Elle préférait lutter contre la fatigue et parler avec ses deux frères et ses quatre sœurs. Autant de visites d’un coup étaient pourtant strictement interdites, mais Nuria menaçait de hurler au scandale si on interdisait à sa famille d’entrer. Encore heureux qu’elle avait une chambre privée ! Dans la pièce, ça parlait fort, ça riait aussi. Les voix aux chaleureux accents latins scandaient leurs phrases à toute vitesse.

« Nuria ! Ta petite a les cheveux de notre mère. »
« Tu raconte n’importe quoi, Ermindo. Maman a les cheveux horriblement crépus. Là c’est nettement moins ! Ces cheveux-là, c’est tout Nuria ! »
« Peu importe, c’est de la famille, et c’est tout ce qui compte ! »

Nuria devait se faire violence pour ne pas rire aux éclats. Elle devait bouger le moins possible. Accroché à son sein, la petite Soledad tétait avec une vivacité impressionnante, et ne semblait pas le moins du monde incommodée par les cris autour d’elle. Le second frère assis sur le rebord du lit, ne se lassait pas de contempler le petit poupon blotti contre sa maman.

« Nuria, dis moi… C’est qui le père de ce petit bout ? »
« Tu te rappelle les vacances au Brésil ? Et ce charmant danseur de samba au carnaval ? »

Une autre sœur se redressa avec un sourire coquin sur les lèvres.

« Le beau gosse aux yeux couleur soleil ? C’est lui le père ? »
« Oui, quand je l’ai vu, j’ai tout de suite décidé que si j’avais un enfant, ce serait de lui ! »

Et les commentaires allaient bon train sur ce à quoi allait ressembler la petite Soledad. Assurément elle avait les yeux de son papa. C’était certain qu’entre sa maman d’Argentine et son papa su Brésil, cette fillette deviendrait magnifique en grandissant ! Personne ne fut offusqué de savoir que Nuria n’avait jamais signalé à l’homme en question qu’elle était enceinte. Personne ne fut offusqué non plus de savoir qu’elle n’était ni mariée, ni même fiancée. Il fallait dire que dans la pièce, les sept frères et sœurs avaient tous la même mère, mais qu’aucun d’entre eux n’avaient le même père. C’était comme ça dans la famille ! La vie n’est qu’un jeu, on aime comme on respire, et les femmes choisissent les hommes qu’elles veulent aimer longtemps, et ceux dont elles veulent les enfants. C’est totalement contraire aux bonnes mœurs, mais la famille Ramirez se fichait pas mal des bonnes mœurs.



Avril 1993, dans une classe enfantine d’Atlanta…


Atlanta ? Ah oui, en plus d’avoir des tendances bizarres quant à la reproduction, les Ramirez avaient des problèmes avec l’habitation. Une forte tendance nomade faisait qu’ils ne restaient jamais plus de trois ans dans le même logement et rarement plus de huit ans dans la même ville. Nuria, avait fait une demande pour être mutée à Atlanta, curieuse de découvrir la ville, et avait déménagé avec son petit bout. Mais revenons à cette salle de classe.

« Et toi, Soledad. Tu veux faire quoi quand tu seras plus grande ? Avocate comme ta maman ? »
« Non ! Moi quand je serais grande, je serais un super-héro pour sauver tout plein de monde. »

Toute la classe éclata de rire, mais la petite Soledad du haut de ses cinq ans et demi fronça les sourcils, visiblement très convaincue de son choix de carrière. La sonnerie de la cloche mit fin à la petite moquerie et elle s’empressa, tout comme ses petits camarades, de mettre son cahier à dessin dans son sac et de courir vers la sortie.

« Sol ! Dis, tu viens prendre le goûter chez moi ? »
« Non, pas aujourd’hui, j’ai la capoeira. Demain, d’accord ? »
« D’accord !»

Puis elle s’élança dehors et alla plonger dans les bras de sa maman. Après les grandes tendresses habituelles entre une mère et sa fille, les deux demoiselles grimpèrent dans la voiture et partirent se mêler aux embouteillages de cette fin d’après-midi. Dans l’habitacle, la petite voix aigüe de Soledad relatait dans les moindres détails le déroulement de sa journée. Quand elle eut finit, ce fut Nuria qui raconta la sienne. Oh, de façon très romancée, mais Soledad semblait hypnotisée par la voix de sa maman, posant questions après questions sur le pourquoi du comment qui faisait que sa maman avait pu faire en sorte que la vilaine madame arrête de persécuter son gentil mari.


Un dimanche d’octobre 1999, dans un appartement de Houston…


Les poings sur les hanches, Soledad essayait de fixer un air de profond mépris en regardant sa mère confortablement assise dans le fauteuil du salon, et qui lui rendait son regard avec un large sourire moqueur. Soledad avait fugué de la maison pendant deux semaines… Deux semaines !! Et sa mère ne l’avait même pas recherchée, elle n’avait même pas contacté la police pour leur dire que sa fille avait disparu. Suite à une de ces habituelles disputes si fréquente à l’adolescence, Soledad avait fait sa valise et était allée se planquer dans un motel avec l’argent qu’elle avait volé dans le porte-monnaie de Nuria. Elle a pu ainsi se débrouiller tout ce temps. Et voulant continuer son escapade, elle avait cherché un petit boulot, mais personne ne voulait embaucher une jeune fille de douze ans.

« Maman… Tu ne m’aimes pas, c’est ça, hein ? Les autres mères auraient remué ciel et terre pour retrouver leur enfant, et toi tu n’as rien fait ! »

Sans doute aurait-elle voulu pleurer, mais la colère était telle qu’aucune larme ne venait. Nuria effaça son air moqueur pour quitter son fauteuil et se rapprocher de sa fille.

« Sol, ma puce, pour une fugueuse, tu ne t’es pas montrée très rebelle. Le soir même j’ai appelé au club de capoeira, ils m’ont dit que tu étais venu suivre ton cours comme d’habitude. Le lendemain j’ai appelé ton école, ils m’ont dit que tu étais en classe, toujours comme d’habitude. Je savais où tu étais, jour après jour pendant ces deux semaines. Suis-je vraiment une mère indigne ? »

Ah elle devait aimer ça, démolir l’argumentaire de sa fille. Mais il fallait bien avouer que pour une adolescente révoltée, Soledad était une brave petite élève. La discussion s’éternisa jusque tard dans la nuit, jusqu’à-ce que la colère de Soledad soit rompue. Il n’y avait plus rien qui puisse lui servir. Sa mère ne la considérait depuis longtemps plus comme un bébé, elle n’était jamais sur son dos pour faire ses devoirs, elle ne lui avait pas imposé de couvre-feu, elle était toujours disponible pour l’écouter… Une mère parfaite en somme. La crise d’adolescence fut excessivement courte…
Et le lendemain matin, devant leurs pancakes, les sujets de conversation reprenaient de leur banalité habituelle. Dans moins d’un mois, la compétition de capoeira allait commencer, Soledad était impatiente. Et sa mère ne comprenait pas pourquoi elle préférait ce sport de combat. Elle aurait tant voulu voir sa fille faire une activité plus féminine. Pourquoi pas un peu de gymnastique ou de danse ? Elle l’imaginait bien esquisser un tango ou une salsa dans les bras d’un garçon de son âge.




Onze septembre 2001, derrière un poste de télévision de Houston…


Les cartons n’étaient même pas encore tous déballés, Nuria et Soledad venaient de changer d’appartement. Mais la télévision, en revanche, était déjà branchée ! Et ce jour-là, Soledad aurait préféré que l’appareil ne soit jamais sorti de sa boîte. Assise à même le sol, devant l’écran, Nuria semblait affolée. Sur toutes les chaînes l’image de deux tours enflammées passait en boucle, attestant d’un accident, puis d’un attentat, puis… Mais la cause, Soledad comme sa mère s’en fichait car aujourd’hui, sous leurs yeux, des gens mouraient en direct. Le téléphone sonna, Nuria se jeta dessus. La conversation qui s’en suivit ne fut qu’en espagnol, mais Soledad comprenait parfaitement ce qui se disait. Sa mère commençait à pleurer, sommant son frère de chercher une manière de descendre. Il devait bien y avoir un passage pour rejoindre les étages inférieurs, non ? Mais à l’autre bout du fil, la voix paraissait étonnamment calme. Collée contre sa mère, Soledad écoutait aussi. A peu de mots près, oncle Ermindo disait qu’il avait déjà contacté ses autres sœurs et son frère, qu’il avait déjà appelé leur mère, et qu’il fallait maintenant qu’il dise à sa dernière petite sœur, sa tendre Nuria, qu’il l’aimait beaucoup, qu’il fallait qu’elle continue d’être une bonne mère, une femme épanouie. La conversation fut brutalement interrompue. A l’écran, l’une des tours était en train de s’effondrer.
Oncle Ermindo était comptable dans l’un des bureaux du dernier étage de la tour sud.
Nuria cria devant son poste de télévision avant d’éclater en de violents sanglots. D’instinct, sa fille la serra contre elle. Fixant elle aussi l’écran, elle ne pleurait pas. Mais sur ses traits l’angoisse était parfaitement visible…

Eté 2004, sur une terrasse de café à Manhattan…


Pourquoi avaient-elles emménagé à New York déjà ? Ah oui, Ermindo disait que c’était la plus belle ville du monde, et qu’il aurait bien voulu que Nuria vienne s’y installer. Alors elle l’avait fait, pour lui rendre hommage. Mais ce n’était pas des histoires de famille qui avait conduit Soledad sur cette terrasse de café. Devant un jus de fruit, elle gardait les yeux baissés, ses traits affichant tout les remords qu’elle ressentait. En face d’elle se tenait une jolie blonde qui, à l’instar de Soledad, ne savait vraiment pas quoi dire. Pour en savoir plus sur l’affaire, il faut remonter au mois précédent lorsque Soledad, pour faire plaisir à sa mère, s’était inscrite à des cours de salsa. Mine de rien, elle avait bien aimé ces leçons ! Surtout depuis qu’elle y avait fait la connaissance du beau Miguel. Le charme latin par excellence ! Elle n’avait su y résister et en moins d’une semaine, ils avaient commencé à sortir ensemble. Un duo torride tant sur la piste de danse que dans l’intimité d’une chambre, mais hélas…
Ingrid l’avait contactée. Ingrid, c’était la jolie blonde en face d’elle sur cette terrasse de café, et c’était aussi la petite amie de Miguel. Miguel qui n’avait pas jugé utile de spécifier à chacune qu’il couchait avec l’autre. Et Soledad s’en voulait tellement de ne rien avoir soupçonné avant qu’Ingrid ne prenne contact…

« Je suis vraiment confuse… Si ça peut vous rassurer, je l’ai immédiatement quitté. »

Bien maigre façon d’essayer de se faire pardonner d’être sortie avec le copain d’une autre. Mais contre toute attente, Ingrid éclata de rire.

« J’ai fait pareil ce matin même ! Ne faîtes pas cette tête horrible, c’est lui le salaud dans l’histoire. »

Un peu surprise, Soledad releva la tête et prit la peine de détailler un peu plus la jeune fille. Ses traits étaient emplis d’une sincérité et d’une tendresse telle qu’elle comprenait pourquoi Miguel avait été séduit. Elles n’avaient rien en commun. Ingrid affichait un teint pâle et de longs cheveux d’or lumineux retenus par un ruban de velours blanc. Un ange, en somme ! Il ne fallu guère plus de quelques mots supplémentaires pour que les deux femmes deviennent amies, elles qui pourtant auraient dû se détester.


L’année suivante, dans une caserne du Bronx…


« Félicitation ! Vous voici maintenant soldat du feu. Après une année d’entraînement et d’examens vous vous êtes montrés dignes de protéger les citoyens de New York. »

Soledad ne pouvait réprimer une forte envie de sourire. Le commandant chef faisait preuve de toute la cérémonie pompeuse indispensable à ce type d’événement, mais elle savait que sitôt les banalités terminées, il serait dans les premiers à se jeter sur l’apéritif ! A côté d’elle, Aaron ne pouvait s’empêcher de faire des commentaires à voix basse pour qu’elle seule puisse l’entendre, ce qui posait à Soledad quelques difficultés supplémentaires pour rester sérieuse. Enfin le discours fut achevé et tout le monde s’empressa de fêter l’événement. Aaron et Soledad n’étaient pas en reste, parfaitement intégrés dans la grande famille des pompiers. Pourquoi avait-elle fait ce choix de carrière déjà ? Pour plein de raisons, la plupart personnelles. Elle avait imaginé décevoir sa mère qui voyait déjà pour elle un brillant avenir d’études, mais contre toute attente Nuria avait décidé de fêter ça en invitant toute la famille pour un grand souper le soir même.

« Aaron, tu viens ce soir alors ? »
« Oui bien sûr ! Je ne raterais ça pour rien au monde. Nous seront combien ? »
« Oh, un petit comité. Entre ma famille, Ingrid, toi, Alex et moi, un peu plus d’une dizaine. »

Aaron faillit avaler de travers son verre de blanc. Petit comité ? Elle avait le sens de l’humour ! Pourtant quand il la fixa d’un air incrédule, elle avait presque l’air surprise qu’il réagisse de la sorte. Mais il se rappela bien vite que pour Soledad, les réunions de famille ne comptaient pas moins de trente personnes de manière générale. Alors une dizaine, c’était effectivement un petit comité.
Le soir même, la fête avait continué dans le grand appartement de Nuria. Tout le monde profitait de la soirée ! Aaron et Soledad paraissaient très proches, mais tous savaient qu’entre eux il n’y avait qu’une profonde amitié. L’année précédente, ils avaient essayé de sortir ensemble, mais d’un commun accord ils ont décidé que finalement ils s’entendraient mieux en tant qu’amis qu’en tant qu’amants. Dommage, Nuria les aurait bien imaginés mariés !
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Rage
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MessageSujet: Re: Rage [Feu Soledad Ramirez][Validée]   Sam 31 Jan - 2:56

Février 2007, dans une boîte de Manhattan…


Comment en étaient-elles arrivées là ? C’était confus dans la tête de Soledad. Peut-être que le verre d’alcool précédent avait un peu aidé l’affaire à se produire, mais peu importe. Ingrid avait besoin de sortir, Soledad aussi. Alors elles étaient toutes les deux montée dans sa mini cooper et avaient foncé dans la première boîte venue. Le thème de la soirée tournait visiblement autour de la culture latine, ce qui n’était pas pour déplaire à Soledad. Mais qu’elle n’avait pas été sa surprise quand Ingrid lui révéla qu’elle n’avait jamais dansé sur ce type de musique ! Elle avait pensé que Miguel, leur ex commun, l’aurait au moins entraînée une fois sur une piste de danse. Mais apparemment ce ne fut pas le cas. Soucieuse de remédier à ceci, Soledad avait entraînée Ingrid sur la piste pour lui faire découvrir les joies des rythmes latins.
Après…
C’était confus. Ingrid se laissait mener, elle souriait, visiblement ravie dans les bras de Soledad. Mais au bout de trois chansons, elles s’étaient arrêtées en plein milieu de la piste. Dieu seul sait ce qui était passé par la tête à Soledad, mais le fait est qu’elle avait rapproché son visage de celui d’Ingrid et l’embrassait maintenant tendrement. Dieu seul sait ce qui était passé par la tête d’Ingrid, mais elle ne repoussa pas Soledad et même s’était collée un peu plus contre elle. Ce devait être à cause du verre d’alcool précédent.
Le lendemain matin, Soledad se réveilla dans son petit appartement. Le souvenir de la veille était parfaitement clair dans sa tête, mais elle avait beau chercher, elle ne regrettait absolument rien. Elle repoussa silencieusement les draps, pour ne pas réveiller Ingrid encore endormie à côté d’elle, puis elle alla s’habiller. Aujourd’hui elle avait congé, alors elle en profita pour aller dans la boulangerie de sa ruelle chercher du pain frais et quelques douceurs avant de rentrer chez elle préparer le petit déjeuner. Elle pensait qu’Ingrid dormait toujours, mais tandis qu’elle était en train de préparer de l’eau pour le thé (Ingrid n’aimait pas le café), des tendres bras blancs l’enlacèrent, des lèvres douces glissèrent dans son cou. Finalement, elles ne prirent le petit déjeuné que deux ou trois heures plus tard, lorsque finalement Ingrid dû quitter Soledad pour aller prendre son service chez le fleuriste à quelques pâtés de maison d’ici.


Noël 2008, dans un grand appartement de Miami…


Inutile de rappeler que la famille Ramirez avait la bougeotte. Nuria avait de nouveau déménagé, voulant profiter d’un endroit chaud. Soledad était restée à New York, où elle partageait un loft avec Ingrid. Les économies de l’une et de l’autre avaient permis à Ingrid d’ouvrir son propre magasin de fleurs, et Soledad poursuivait avec efficacité son travail de pompier. Cette année, elle avait même gradé, à la plus grande fierté de sa famille.
Mais revenons à ce Noël 2008. Soledad avait eu quelques appréhensions en présentant Ingrid non plus comme une amie mais comme sa compagne. Ingrid devait être tout autant si ce n’est plus nerveuse qu’elle ! Pourtant l’accueil fut chaleureux, Ingrid faisait partie de la famille ! Pas d’arrière-pensées, pas de silences embarrassés, d’ailleurs même avec amusement on leur demandait quand est-ce qu’elles allaient faire ou adopter un enfant !
Dommage qu’il n’en fut pas de même dans la famille d’Ingrid. Apprenant cette nouvelle, ses parents coupèrent purement et simplement les ponts avec elle. Mais peu importe, elle avait la famille de Soledad. Nuria la considérait comme sa fille, la grand-mère ne la lâchait pas d’une semelle, avide de se faire répéter les détails de leur première rencontre.
Une famille bien étrange, mais elle l’adorait.


Printemps 2012, dans une caserne du Bronx…



« Oyez oyez, chers camarades adeptes de tout ce qui flambe. C’est avec grand plaisir que je vous annonce que je vais me marier ! »

Tout le monde applaudit dans la caserne. Cela faisait maintenant trois ans qu’Aaron sortait avec la secrétaire du service des urgences de l’hôpital voisin, et tout le monde les voyait déjà comme mariés. Donc finalement, la nouvelle n’avait pas grand-chose de surprenant si ce n’est que c’était maintenant officiel. On ouvrit le champagne (sans alcool, ils étaient en service !) pour fêter l’événement. Dans la salle commune, Ingrid débarqua avec un énorme gâteau, histoire de marquer le coup ! Et quelques regards masculins se portèrent naturellement sur la jolie blonde.

« Arrête de baver Alex, Ingrid n’est pas accessible. »
« Tu veux pas partager ? »

A l’autre bout de la pièce, Aaron ne pu s’empêcher de faire l’un de ses traditionnels commentaires.

« Sol est égoïste, mais il faut la comprendre. Tu ne lui as pas encore prêté ta femme, Alex. »

Soledad attira sur ses genoux une Ingrid riant aux éclats. Ici aussi la nouvelle n’avait posé aucun problème. Qui plus est, ça fait une jolie fille de plus qui passe régulièrement dans la caserne, ce qui fait plaisir à tout le monde. Alex coupa le gâteau, Aaron se réserva la première part, Ingrid et Soledad partagèrent la même assiette, et tout le monde chambra le futur marié. Déjà dans les esprits tordus des soldats du feu, le moyen d’enterrer la vie de garçon était en train de se former…


Début 2013, dans une ruelle de Manhattan…


Jo-K, comme il aimait se faire surnommer dans le milieu, changea de vitesse et pressa sur l’accélérateur, mettant plus de distance avec son poursuivant. Il adorait faire hurler le moteur de sa Chevrolet tunérisée, tout comme il adorait faire des courses et les gagner. C’était encore plus grisant en pleine journée, quand il y avait du trafique, quand il voyait les passants hurler en s’écartant de la route. Et il riait, Jo-K. Il riait en faisant un doigt d’honneur dans son rétro à l’intention du petit miteux auquel il mettait la pâtée. Sauf que…

Un visage d’ange noyé dans les fleurs…

Il pressa les freins, mais il allait trop vite. Quelques minutes après, le hurlement des sirènes retentirent tandis qu’une flaque de sang s’étalait, noyant des cheveux d’or et des pétales de marguerite.

Quelques instants après, dans une caserne du Bronx, un téléphone sonna. Alex décrocha, la voix ne lui était pas inconnue. C’était un des secouristes avec lequel il leur arrivait souvent de travailler. Sauf que quelque chose n’allait pas. Sa voix tremblait affreusement, il demanda à ce que Soledad se rende au plus vite à l’hôpital.


Quelques heures plus tard, dans un hôpital de Manhattan…


Trois heures… ça devait bien faire trois heures que Soledad allait et venait dans le couloir. Ingrid avait été emmenée au bloc opératoire et plus les minutes passaient, plus Soledad avait cette affreuse impression qu’une main invisible lui étreignait le cœur. Mais elle refusait de s’assoir, malgré les protestations d’Elizabeth. Elizabeth, c’était la femme d’Aaron, la secrétaire médicale. Les hommes n’avaient pas pu quitter leur service, mais elle s’était empressée de venir, ne voulant pas laisser Soledad seule. Le médecin sorti finalement du bloc opératoire. Soledad connaissait bien cette expression pour l’avoir trop vue. Mais ce qu’il allait dire était encore pire à entendre.

« Elle est en train de mourir, nous ne pouvons plus rien faire. Elle a demandé à vous voir. »

Soledad n’avait même pas attendu qu’il finisse ses mots pour franchir ces portes qui lui étaient pourtant interdites. Dans le couloir, elle croisa quelques infirmières qui se gardèrent bien d’essayer de l’arrêter. Dans la salle du bloc, il ne restait plus que l’anesthésiste et une forme allongée sur la table blanche, recouverte d’un drap pour cacher sa poitrine ravagée par les pneus d’une Chevrolet. Pas besoin du moindre mot, l’anesthésiste quitta les lieux, simplement, laissant les deux femmes en tête à tête.

« Je suis désolée… J’aurais dû faire plus attention en traversant la route. »

Ingrid contenait de plus en plus difficilement les larmes qui lui venaient aux yeux. Comment pouvait-elle s’excuser ? Soledad ne comprenait pas. Elle s’assit contre le rebord de la table, étouffant les excuses de son amour par un baiser. C’était probablement la première fois de sa vie qu’elle pleurait, en voyant sa douce emportée par la mort sans qu’elle ne puisse rien faire.

« Tu as mal, mon trésor ? »
« Un peu… »

Essuyant les larmes d’un revers de la main, Soledad fouilla dans les armoires pour prendre une seringue ainsi qu’un contre-douleur. Elle s’efforça de remplir le réservoir pour aller ensuite l’injecter à Ingrid. C’était tout ce qu’elle pouvait faire, malheureusement pour elle. Si elle avait pu donner sa vie pour récupérer celle de son amour…

« Sol, ma chérie. Je peux te demander quelque chose ? »
« Tout ce que tu veux. »

Les lèvres d’Ingrid murmurèrent tout juste, mais Soledad entendit parfaitement et fondit d’autant plus en larme qu’elle sentait le pouls de sa douce ralentir affreusement. Elle lui serra une main, écarta du visage encore plus pâle que d’habitude les mèches d’or tâchées de sang. Il fallu encore dix minutes pour qu’elle meure entièrement, et quinze de plus pour que Soledad, poussée par une infirmière, quitte le bloc opératoire. La suite… Pouvait-il y avoir une suite ? Sol avait fait le chemin inverse, son regard égaré, comme si elle ne savait pas où aller. Elizabeth la ramena chez elle.

Plus tard dans une caserne du Bronx, les pompiers faisaient une minute de silence, certains essuyant discrètement les larmes qu’ils avaient au coin des yeux.


Quelques jours plus tard, dans un loft du Bronx…


Le temps n’avait plus d’importance. Couchée dans son lit, Soledad tenait contre elle l’oreiller sur lequel Ingrid dormait toujours. Il lui semblait que peu à peu, même l’odeur de son amour s’enfuyait, cette odeur de fleurs mélangées qu’elle aimait tant. La veille, l’enterrement avait eu lieu. Mais ce n’était qu’un souvenir tellement vague qu’elle doutait de s’y être rendue. Toute la famille avait été présente. Toute sa famille. Celle d’Ingrid n’avait pas daigné faire un adieu à leur propre fille et Soledad les haïssait pour ça. Elle les haïssait tant que ses mains se resserrèrent sur l’oreiller, se phalanges blanchirent, et ses ongles percèrent le tissu. Elle ne pleurait plus depuis qu’elle était revenue de l’hôpital. Mais finalement, rien ne s’était amélioré. C’était même pire, comme si des ronces s’acharnaient à déchiqueter son cœur exposé, à lacéré jusqu’au plus profond de l’âme. Comme si elle n’était plus que souffrance à l’intérieur, comme si finalement il valait mieux mourir.
Dans la pièce d’à côté, Nuria s’affairait dans la cuisine. Cela faisait trois jours que sa fille ne mangeait plus, qu’elle ne sortait pas de la chambre. Cela faisait trois jours que Nuria avait délaissé son appartement de Miami pour essayer de ramener sa fille à la vie. Mais c’était dur. Elle-même ne pouvait s’empêcher de pleurer à intervalles réguliers, elle qui considérait Ingrid comme sa propre fille également. Le monde était décidément trop injuste.
Depuis sa chambre, Soledad entendit quelqu’un sonner à la porte, mais elle n’y prêta pas la moindre intention. A vrai dire, elle ne prêtait non plus même pas attention à sa mère qui faisait de son mieux pour apaiser son chagrin. Elle préférait juste être seule.
Mais cette solitude allait vite être repoussée. Sans même frapper à la porte de la chambre, Elizabeth entra. Elle alla directement s’assoir sur le lit, constatant les dégâts que la perte d’un être cher peut causer. Qu’aurait-elle pu dire de toute manière ? Elle-même resta silencieuse quelques minutes, constatant que Soledad semblait toujours aussi perdue.

« Hier à la caserne, Alex s’est cassé la figure dans les escaliers. Il s’en sort avec une belle entorse ! Tous disent que c’est parce que tu n’es pas là que la chance les quitte. »

Elle eut un petit rire forcé. Que pouvait-elle faire ? Soledad ne disait rien, alors Elizabeth continua de lui raconter les dernières nouvelles.

« Ce matin, James a prétendu qu’il pourrait bientôt avoir plus de coches que toi sur le panneau des sauvetages. Il ne lui reste que trois personnes, un animal et un collègue pour t’égaler, mais il s’est fait chambrer par tout le monde. Cette nuit, une des canalisations à péter. C’était plutôt drôle à voir, la caserne inondée. Les pauvres bougres ont passé toute la nuit à jouer de la serpillère. »

Malgré elle peut-être, Soledad eut un sourire douloureux. Elizabeth faisait tant d’efforts qu’il aurait été pitoyable de ne pas y répondre, non ? Ses yeux quittèrent le vague pour aller à la rencontre de la jeune femme.

« Pourquoi tu fais tout ça ? »
« Pourquoi ne le ferais-je pas ? Les gars m’en voudraient si personne n’allait s’occuper de toi. Tu sais… Tout le monde l’aimait. »

C’était un fait. Tous adoraient Ingrid qui venait déposer des bouquets de fleurs pour parfumer la salle commune. Tous adoraient quand elle sautait sur n’importe quel événement pour faire un gâteau. Tous adoraient Ingrid pour ce qu’elle était.

« Sol… Je peux te demander quelque chose ? »

Soledad tressaillit dans le lit. La dernière personne a lui avoir posé cette question n’était plus de ce monde.

« Demande toujours et je verrai… »
« Reprend vite des forces et retourne à la caserne. Tu sais… Je suis enceinte et… Enfin Aaron va quitter le terrain dans cinq mois, histoire de ne plus risquer sa vie. Je voudrais que tu veille sur lui pendant ce temps-là. Je serais nettement plus rassurée si tu étais à ses côtés. »

Et surtout plus rassurée si Soledad quittait ce lit sur lequel elle semblait se laisser peu à peu mourir. Un nouveau sourire fut la seule manière qu’elle avait trouvée pour donner une réponse positive, alors Elizabeth enchaîna.

« Et puis aussi… Aaron et moi, on voudrait bien que tu sois la marraine de notre premier enfant. »

Quelques minutes plus tard, Nuria ne savait pas s’il fallait rire ou pleurer. Soledad était allée prendre une douche et avait demandé s’il restait quelque chose à manger. Il fallait qu’elle reprenne des forces, ce soir elle allait faire son service de nuit.
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Rage
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MessageSujet: Re: Rage [Feu Soledad Ramirez][Validée]   Sam 31 Jan - 2:58

Quatre mois plus tard, dans la banlieue de Harlem…


« On se croirait en enfer ! T’as vu la hauteur des flammes ? »
« Merci pour ta brillante remarque, Alex. Bon, voici comment on va s’y prendre. Aaron, tu t’occupe de la façade est. Soledad, tu prends trois hommes et tu gère les façades nord et ouest. Les casernes de Manhattan et du Queens ne vont pas tarder, ils viendront te renforcer. Tous au travail ! »

C’était un de ces incendies comme on n’en voyait que rarement. Un entrepôt avait commencé à brûler et le feu s’était vite rependu. Une seule caserne n’y aurait pas suffit et le groupe du Bronx était arrivé en premier pour soutenir leurs camarades de Harlem. Chacun des pompiers s’exécutèrent et rallièrent leur poste. Soledad dispensa des ordres et mis la main à la pâte, tout comme ses camarades, plus concentrée sur l’incendie que sur les mots qui résonnaient à ses oreilles dans la petite radio qu’elle avait. En temps réelle, elle savait ce que fabriquaient les autres dans le brasier. Le groupe d’Aaron s’était rendu dans les flammes. Dans de tels entrepôts, il arrivait que les SDF élisent domicile le temps d’une nuit, et si tel était le cas, l’un d’entre eux pouvait très bien être piégé. Mais les nouvelles semblaient bonnes pour le moment, du moins pendant la première demi-heure.

« Alex, un SDF sorti. Il dit qu’il était seul. Et de ton côté ? »
« Personne, c’est vide. Aaron a été voir au premier étage. »
« Aaron ? Tu réponds s’il te plait ? Ton rapport ! »

Mais il n’y eut aucune réponse.

« Nom de Dieu, Aaron, arrête de jouer, et réponds ! »

Toujours rien…

« Ici Alex, tous les hommes sont sortis, sauf Aaron. Il doit être coincé quelque part. Sa radio est peut-être hors d’usage, non ? »

Inutile de prendre le risque. Soledad donna la lance à un de ses collègues et répliqua dans la radio.

« Ici Sol, j’ai une ouverture, je file le récupérer. »
« Ok, je veux ton rapport dans deux minutes, c’est clair ? »
« Bien reçu. »

Elle attrapa son respirateur et s’engagea dans le brasier. Le premier, hein ? Devant elle il y avait des escaliers métalliques qui commençaient tout juste à se faire lécher par les flammes. Inutile de perdre du temps, il ne devait lui rester à tout casser qu’environ cinq minutes pour récupérer son ami et sortir de là. Heureusement qu’elle ne mit pas longtemps pour le trouver ! Seul hic, une armoire lui était tombée dessus, trop lourde pour qu’il la soulève tout seul, trop lourde pour ne pas abimer son masque à oxygène.

« Capitaine ? On a un homme à terre. Je le sors de là, et je l’emmène. »
« Un homme à terre… Et puis quoi encore ? Chuis juste cloué au sol et ma radio est morte. »

Aaron maugréait sur le sol, signe qu’au moins, il allait encore bien. Soledad ne pu s’empêcher de sourire en s’accroupissant près de l’armoire pour la soulever. Un grand coup et ils pourraient sortir tous les deux. Les flammes léchaient leur étage, et Aaron, sur le sol, sentait le plancher chauffer méchamment. Sol pris son élan, renversa l’armoire et…

*BOOOOOOM*

Vilaine explosion. Sol fit un petit vol plané avant de s’écraser contre le mur derrière elle. Un choc brutal, heureusement pas suffisant pour lui faire tourner de l’œil, mais bien assez pour massacrer sa bombonne d’air. Quelque chose avait péter dans la salle d’à côté, propageant une fumée noirâtre presque opaque. Aaron, sur le sol, s’en sorti indemne, mais l’armoire lui avait fait plus de mal qu’il ne l’avait pensé. Il n’arriva pas à se lever. Non loin de lui, une sorte de tonneau métallique roula jusqu’au mur, assez lentement pour qu’il distingue le crâne soigneusement dessiné dessus.

« Sol, on a un problème, produits toxiques. »

Elle se releva en titubant. Déjà dans son masque, la fumée noirâtre commençait à s’infiltrer, mais elle préféra ne pas y prêter attention. Aaron en revanche nota vite cette anomalie tandis qu’elle l’aidait à se relever. Il avait, comme tout pompier qui se respecte, un second masque utilisé généralement pour sortir les blessés, le genre d’appareil qui était aussi bien utile pour aider un collègue dont le matériel était abimé.

« Prend le masque annexe, on ne sait pas ce qu’il y avait dans ces tonneaux. »

Mais Soledad l’ignora et ôta son propre masque devenu inutile.

« Regarde ta jauge, ta bombonne est abimée. »

Il jeta un rapide coup d’œil, accroché à Soledad. Et lâcha un juron.

« On en aura pas assez pour deux, prend le et tire-toi. »

Soledad l’ignora une fois de plus et commença à le traîner, essayant de respirer un minimum de fumée.

« Sol, bordel, fais ce que je te dis. »
« Ouvre encore la bouche et je t’assomme, c’est clair ? J’ai promis à ta femme que tu finiras ton service indemne, alors tais-toi. »

Il émit une nouvelle protestation et Soledad lui asséna un coup derrière la tête. Oh, pas assez pour l’assommer, mais bien suffisant pour lui faire comprendre qu’il n’arriverait pas à la faire changer d’avis. Ils échangèrent un rapide sourire et descendirent les escaliers tant bien que mal. Arrivés à l’extérieur, les secouristes étaient présents pour réceptionner Aaron. Soledad se retourna, contempla les flammes. La tête commençait à lui tourner. Elle entendit derrière elle d’autres sirènes, ceux du Queens arrivaient enfin. Son regard se brouilla. Elle se retourna, un des secouristes, elle le connaissait, lui avait mis la main sur l’épaule et lui disait quelque chose mais… Elle n’entendait pas…



Vingt minutes plus tard, dans un hôpital de Harlem…

Ses yeux s’ouvrirent sur un plafond blanc. Elle aperçu des silhouettes qui s’affairaient autour d’elle, puis ce fut à nouveau les ténèbres. Lentement, elle ouvrit encore les yeux, sur une lumière aveuglante. Juste une rapide vision, de courte durée, Ingrid était là, penchée sur elle et lui murmurait quelque chose. Ces mots résonnèrent parfaitement dans sa tête.

« Brille encore longtemps, ma Sol… Tu me l’as promis. »

Alors elle lutta pour revenir, elle lutta longtemps mais ce ne fut pas suffisant. Les ténèbres l’enveloppèrent une fois de plus, l’attirant malgré elle. De nouveau une lumière, mais différente.


Quelque part à Hollow Dream…


Où était-elle ? Les feuilles mortes craquaient sous ses mouvements. La tête ne lui tournait plus, elle respirait mieux. Où était-elle ? Un monde affreux, elle allait vite s’en rendre compte.


Quelques heures avant l’ouverture de la porte…


Elle s’en est sortie… Dieu seul sait comment mais elle s’en est sorti. Quelques instants plus tôt, elle chassait avec un ami, mais il était mort maintenant. Une lame dans la nuque. Maudites Ombres ! Mais elle s’en était sorti. Il était bizarre, celui qui l’avait épargné. Il lui avait fait du mal, mais avec son consentement. Et en plus il lui avait permit de fuir, d’échapper à l’autre, à celle qui avait tué son ami. Mais sa réjouissance allait être de courte durée. Elle n’a même pas eu le temps de récupérer son ami mort que la neige avait commencé à tomber. La neige ? Mais on lui avait dit que ce monde restait perpétuellement plongé dans l’automne.. Que s’était-il passé ? Elle senti quelque chose l’effleurer, encore pire que le froid, encore pire que le désespoir. Pourquoi s’était-elle mise à courir ? Elle ne le savait même pas. Mais en toute hâte elle avait rejoint le refuge humain, là où peu de temps après les Chimères attaquèrent. On lui raconta ce qui s’était passé, ces amulettes, ces pages arrachées à un grimoire des Ombres. On lui raconta l’empressement à réciter l’incantation sans même prendre la peine de s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’autre chose. On lui raconta la naissance de ces bêtes et de l’hiver. Elle n’aurait su dire si elle devait être terrorisée ou simplement en colère. C’était une prise de risque dont tout le monde se serait bien passé, mais maintenant…
Jusque-là, Mary avait toujours dirigé les humains avec raison, mais là elle avait fait preuve d’une prise de risque démesurée. Non, elle préférait finalement essayer de s’en sortir à sa manière. Dans quatre mois, Elizabeth mettrait son petit au monde. Dans quatre mois, il lui faudra être revenu pour souhaiter à son filleul la bienvenue dans la vie. Dans quatre mois, elle sera sortie d’ici, du moins elle en était convaincue.

De la fin de l’Hiver…


Était-ce réellement ses coups qui avaient incité la bête à lâcher prise? Le regard flou de Soledad ne voyait plus qu'une ombre glacial perché au-dessus d'elle. Une étrange sensation de chaleur s'empara d'elle, cette douce sensation de quelque chose d’agréable glissant sur elle, ce sang qui ôtait l'espace de quelques instants ce sentiment glacial. Elle devait se lever et partir d'ici, fuir loin, très loin, aussi loin que commençait à le faire la bête elle-même. Il n'y avait plus rien...

Jamais la vallée n'avait parut aussi silencieuse aux oreilles de la sud-américaine. Peut-être n'était-elle plus en mesure d'entendre quoique ce soit. Ses yeux semi-ouverts ne voyaient plus rien, son visage se recouvrait peu à peu de flocons de neige. A nouveau c'était le froid, persistant, sinistre. Serait-ce comme la dernière fois? Elle devait l’attendre, cette lumière au bout du tunnel, cette douceur, ses bras tendus pour l'accueillir...

Rien.
Non...


Où était-elle? L'avait-elle abandonnée? Ne l'attendait-elle pas de l'autre côté? La vallée n'offre donc que le néant à la fin?

... Pas ça...


Elle ne sentait même plus le froid. La peur paraissait subitement superflue, inutile. Pourquoi n'était-elle pas là pour l'attendre comme elle aurait dû? Elles s'étaient promis d'être ensemble à nouveau, tôt ou tard. Le moment était venu pourtant, n'est-ce pas?

...Ingrid...

Les lèvres de la sud-américaine remuèrent, mais aucun son ne s'échappa de sa bouche. Rien, pas même un vague filet de vapeur. Tout mourrait à l'intérieur, tout disparaissait. Tout?
...Non!


Une petite lueur, quelque chose de chaud... Non, de brûlant. Quelque chose qui souleva à nouveau la poitrine inerte, couverte de sang. Quelque chose qui ronge, qui détruit, qui s'empare de l'âme, la déchire en petits lambeaux et en fait des boulettes de papier à jeter aux flammes. Quelque chose, qui grandit, qui consume, qui remplace l'éclat de vie par quelque chose semblable à de la bestialité. Cette chose qui ronge l'esprit, qui colore le monde de rouge, qui vient à faire brûler le sang dans les veines, maltraitant chaque nerf, chaque bonne volonté, chaque sentiment quel qu'il soit.

Anthea...

Et un nouvel élan, plus douloureux. Non, elle ne peut pas mourir, pas ici.
Elle ne peut pas finir là où jamais elle ne retrouvera ceux qu'elle aime.
Elle ne peut pas mourir sans avoir tenu ses promesses.
Elle avait promis, non?

Le cri qui déchira le silence de la vallée n'avait plus rien d'humain. Partagé entre la fureur et un rugissement de pure sauvagerie, il se perdit en échos entre les arbres décharnés. Le ciel s'assombrit, des éclairs zébraient le ciel. La vallée toute entière hurlait quelque chose de différent, quelque chose que Soledad n'était pas en mesure de percevoir. Elle rampa dans la neige, laissant derrière elle une large trainée de sang, ses râles mêlés de grognements animaux lui ôtant tout semblant d'humanité apparente. Encore un effort, encore...

Dans un cri de colère et de douleur, des griffes émergèrent de ses doigts, se plantèrent à travers la neige, jusque dans le sol, redoublant son avancée lente sur le chemin d'une renaissance. Ses yeux brûlaient tellement... Elle les ferma, étouffant les sanglots, les larmes douloureuses. Quand elle les rouvrit, la pupille fendue se bordait d'un rouge orangé hargneux, violent. Elle devait agripper quelque chose, le démolir minutieusement, frapper, déchiqueter, pour apaiser cette souffrance qui la détruisait à l'intérieur, qui enlevait tous ses espoirs, qui remplissait ce qu'il restait de son coeur d'une haine sans limite. Pourquoi mourrait-elle? Pourquoi personne ne venait l'aider? Pourquoi elle risquait sa vie pour les autres quand personne n'était là pour faire pareil avec elle?

Tous des lâches, des faibles...


Oui, des lâches. Et elle, pourquoi elle se battait, hein? Pourquoi elle ne voulait pas mourir? Eux devraient tous mourir. Mary, et les autres. Eux qui ont fait venir les bêtes, cette bête qui l'a tuée. Tous les massacrer tous... Et plus encore. Faire payer leur pseudo-altruisme, faire payer leurs espoirs inutiles, faire payer...

Anthea...

Le visage enfantin et souriant était là, s'imposait à elle, se formant dans la neige, cette même neige qu'elle commença à lacérer de ses griffes, à détruire de ses mains ensanglantée. Elle ne peut pas mourir. Pas tant que la fillette vivrait. Alors elle sera damnée, jusqu'à la fin...

Plic!

Une goutte d'eau tomba sur sa main, glissa sur sa paume, emportant un peu de sang avec elle jusque jusqu'à tomber sur la neige éventrée.

Ploc!

Soledad roula sur le dos, son regard fauve lançant une menace à ce ciel obscurcit par les nuages. Qu'elle crève aussi, cette vallée, elle et toutes ses illusions, elle et sa malédiction.

Plic-ploc!

Les gouttes tombèrent sur le visage de la sud-américaine. Puis ce ne fut pas que de la pluie, mais tout un déluge. Elle gémit, le froid s'emparant encore d'elle, lui provoquant des tremblements incontrôlables, figeant sa haine, étouffant la brûlure qui la rongeait de l'intérieur. Une douche froide démesurée. Elle se tourna à nouveau sur le ventre, rampa jusqu'à un arbre, s'appuya dessus pour se redresser. L'eau faisait fuir le sang, faisait fondre un peu la neige. Où étaient passées les griffes qu'elle avait au bout doigts? Le monde pâlit, perdit de cette couleur rouge, repris ses teintes ternes et mortes. Et elle, n'aurait-elle pas dû l'être aussi?

Soledad contempla ses mains, sa blessure, sombra dans les ténèbres... Et si tout ça n'avait été qu'un mauvais rêve?


… A la naissance du Printemps.



Rage a écrit:

Je les hais…
Eux qui n’ont fait que prouver leur inutilité. Eux qui sont une honte, qui ne sont que des proies sans cervelle.
Je les hais…
Un seul a essayé de me ramener quand je mourrai, un qui n’était probablement même pas humain à l’origine.
Le les hais…
Elle s’est détournée de moi, quand elle aurait dû m’aider. Lui seul m’a aidé, lui qui n’aurait pas dû être humain ce jour-là. J’ai fait confiance à une ombre, et lui a tout fait pour me sauver.
Mais je les hais…
Aucun n’a été capable de veiller sur Elle. Ils auraient dû veiller sur Elle. Quel être adulte censé laisserait une fillette contempler un amas de chaires sanguinolentes ? Il n’y avait personne pour serrer Anthea sans ses bras, personne pour l’éloigner, pour la protéger. Personne pour faire ce que j’étais devenue incapable de faire.
Je les hais…
A cause d’eux, je n’ai pas pu mourir. J’ai dû revenir au cauchemar, céder la place à un monstre. Mais je suis bien, à présent. Forte, puissante, capable de protéger ma douce petite. Personne ne lui fera plus de mal. Personne…
Elle est à moi.
Ma petite Anthea.

Et ainsi vint le déluge…


Dernière édition par Rage le Dim 1 Fév - 4:57, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Rage [Feu Soledad Ramirez][Validée]   Sam 31 Jan - 3:05

Génial, déjà en humaine, c'était pas la joie, mais là, j'ai une ennemie mortelle de plus T_T

Validée, évidemment ^^

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MessageSujet: Re: Rage [Feu Soledad Ramirez][Validée]   Sam 31 Jan - 3:06

Meuh non! Ce n'est pas parce qu'elle est hargneuse qu'elle va chercher à te tuer. De fait, elle va même plutôt rester indifférente avec Mary, tant qu'elle ne s'approche pas d'Anthea. XD

Merci beaucoup pour la rapidité! ^^
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MessageSujet: Re: Rage [Feu Soledad Ramirez][Validée]   Sam 31 Jan - 3:08

De rien, je trainais dans le coin, ça tombe bien xD

Oh pas de risque que j'approche Anthea xD

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MessageSujet: Re: Rage [Feu Soledad Ramirez][Validée]   Sam 31 Jan - 3:20

Alors elle se contentera de te détester en silence et sans te nuire. ^^
Angel
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MessageSujet: Re: Rage [Feu Soledad Ramirez][Validée]   Sam 31 Jan - 3:22

Qui te dit que ce sera pas moi le prédateur hein? What a Face

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Rage
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MessageSujet: Re: Rage [Feu Soledad Ramirez][Validée]   Sam 31 Jan - 3:28

C'est pas avec un rang pareil que tu vas me faire peur, bergère... XD
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Mary Malone
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MessageSujet: Re: Rage [Feu Soledad Ramirez][Validée]   Sam 31 Jan - 3:37

J'ai une grosse crosse *SBAFF*

Mince on flood sur la préz, c'est maaaaaaal!

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Vincent
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MessageSujet: Re: Rage [Feu Soledad Ramirez][Validée]   Sam 31 Jan - 4:04

Oh, Sol... Shit que tu es belle... *_________*

Bon belle dans le genre mordant, mais belle quand même. Smiiile Et en plus tu as même l'air d'avoir un vague début de reconnaissance envers moi, donc tout va bien... XD

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Rage
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MessageSujet: Re: Rage [Feu Soledad Ramirez][Validée]   Sam 31 Jan - 4:14

Mary, tu es le maaaaaal!

Vincent... Non pas que j'ignore que les chimères sont censés haïr les ombres... Mais tu es le seul à avoir permit à Anthea de ne pas se sentir complètement impuissante. Et en plus, tu as tenté de sauver Sol. Pas comme les autres... Bon, t'as pas eu de chance, elle était déjà morte. Mais malgré un côté bestial, elle a quand même un minimum de reconnaissance.
Et merci! ^^
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