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 Pour une entrée en matière, c'est une entrée en matière...

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Cleo Donovan
Créatrice d'Etoiles - fausse blonde vraiment rousse
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MessageSujet: Pour une entrée en matière, c'est une entrée en matière...   Lun 15 Juin - 13:08

Aux commandes de ce yacht flambant neuf, le regard concentré, Cleo s'y serait presque crue. Il ne lui manquait en vérité que quelques petits détails dans le genre d'une casquette de capitaine, un tee-shirt rayé et quelques notions de navigation. Elle savait faire marcher un yacht, pas de soucis, il suffisait juste de faire tourner la clé pour démarrer le moteur. Ensuite on accélérait avec l'espèce de gros machin en bois qu'on poussait en avant, par petits coups bien sûr parce que la croisière risquait pas de s'amuser sinon, et puis surtout on gardait un oeil sur la boussole qui indiquait l'est. Ce n'était pas vraiment bien compliqué et s'il y avait bien une chose que l'on ne pouvait reprocher à Cleo c'était sa stupidité. On devait peut-être s'y mettre à plusieurs pour lui expliquer quelque chose mais elle avait le mérite de vite piger le truc. Et cas d'urgence, elle se référait aux bases de ce truc en question. Le but étant de se diriger vers l'Est, la jeune femme n'avait pas cherché plus loin. Sans doute aurait-elle dû...


Il était un petit naviiireuh
Il était un petit naviiireuh



Ils avaient quitté l'îlot dans une espèce de chaos brumeux. Après une petite discussion sur la direction à prendre, elles avaient convenues que l'Est était sans doute la meilleure destination. Et si elles se trompaient, et bien au moins elles avaient quitté l'îlot ce qui était en soit une petite victoire. Il y avait malheureusement deux points négatifs dans tout cela. Le premier étant que Rage n'avait pas trop l'air de savoir où elles allaient mettre les pieds, ce qui attirait immanquablement un sourire légèrement sarcastique sur le joli visage de Cleo. Ancienneté mon cul, elle pouvait toujours lui donner des leçons, qu'elle écouterait cela va de soit, mais en matière de guide touristique elle lui donnait zéro. Machinalement, elle regarda la boussole, rectifia la position, et se montra un peu plus concernée, un pli soucieux barrant son front, quand elle songea au deuxième point négatif. Ce dernier concernait un certain passager clandestin, d'allure peu engageante, qui devait errait dans les coursives, youpi.

Elles avaient toutes les trois remarqué la disparition de l'homme sur la plage, et c'était sans vraiment se concerter qu'elles avaient décidé prioritairement de se sortir de cette merde aquatique avant de s'en occuper. Lynn, par prudence, était restée sur le toit et Cleo leva les yeux sur le plafond rutilant comme si elle pouvait la voir, flanchant un court instant. Elle avait mit la jeune femme en danger d'une certaine manière, en déclenchant chez elle ce qu'elle surnommait désormais une "Crise de démence". Des cris surtout, un comportement agressif, le genre de caractère qu'un homme presque deux fois plus haut qu'elle et mal rasé en plus de ça pouvait très bien avoir. Si ce con, ou cette créature à la con croisait Lynn et commençait à beugler, elle ne donnait pas cher de la cervelle de la jeune femme qui ne manquerait pas d'aller s'assommer dans un coin à la manière de cette petite horreur de Gollum dans le Seigneur des Anneaux. Pas bon pas bon. Enfin tant qu'elle se mettait pas à parler d'elle à la troisième personne, on pouvait encore gérer relativement la situation...

Mais Cleo faisait confiance à Rage. Cette dernière s'était automatiquement dirigée vers les coursives, quoique d'un pas assez prudent. Au vu de la taille de ses griffes et de son comportement décidé, nul dute que l'inconnu qui avait osé poser ses miches sur leur yacht allait avaler gentiment sa soupe et sans moufter. A moins qu'il soit aussi fort qu'elle... A moins qu'il soit plus fort qu'elle. Dans ce cas Rage lui servirait d'entrée et il n'aurait qu'à poursuivre sa route pour continuer son petit repas avec un excellent Chianti. Se sentant blêmir, Cleo s'asséna deux petites tapes gentilles sur les joues pour retrouver ses esprits, essayant de se convaincre de la toute puissance de Rage. Si cette dernière ne se croyait pas invincible, la rousse était tout à fait capable d'en être sûre pour deux. Quant à Lynn, elles se mettraient à deux pour la protéger car la bijoutière ne comptait certainement pas l'abandonner une nouvelle fois. L'âme d'une héroïne ? Oh euh plutôt une vague culpabilité qui lui faisait presque rentrer la tête dans les épaules. Oui bon d'accord elle avait déconné.

Mais elle n'avait pas été la seule à le faire ! Après tout, la jeune femme n'était pas en pleine possession de ses moyens... Et il valait sans doute mieux la surveiller tout en la protégeant, même contre son gré. On ne sait jamais après tout. Tant qu'elle restait sur le toit, cela irait car il fallait passer par la cabine de pilotage pour l'atteindre... à moins d'être un expert en yacht et de découvrir l'échelle de secours sur le flanc du navire, permettant ainsi à quiconque de rejoindre l'étage sans avoir à croisé une créature féline armée et décidée à combattre. Cleo avait prit la précaution, stupide ou non, de barricader la porte de la cabine avec ce qu'elle avait trouvé sous la main, soit une caisse assez lourde et un pauvre verrou qui n'avait pas fier allure. Si cela n'empêchait pas l'avancée de la brute épaisse, au moins cela aurait le mérite de le ralentir le temps qu'elle passe de l'autre côté. A ce stade, et au vu de la silhouette qui se profilait à l'horizon, elle se sentait tout à fait capable de sauter à l'eau pour rejoindre le rivage à la nage.

En compagnie de Lynn, bien évidemment...

Ce fut le cri victorieux de cette dernière qui l'arracha définitivement à ses sombres pensées. Oui, elle n'avait pas halluciné, c'était bien un rivage et son coeur se gonfla de joie, soulagée d'avoir enfin pût traverser le lac. Cela avait été hasardeux, mais la chance leur avait sourit en leur offrant le plein de fioul nécessaire au voyage. L'homme n'avait pas attaqué, elle avait sût les diriger et la rousse se sentit soudain emplie d'une fierté teintée d'un orgueil qu'elle ne tâcha pas de dissimuler, seule face à elle même. Et puis merde, elle pouvait bien se le permettre même si elle avait joué à la conne pendant un assez long moment. Maintenant que cette aventure était terminée, elle allait pouvoir rejoindre les bras de Matthew, et elle mettrait le plus tôt possible en marche la petite machine de procréation histoire de fêter son retour avec un joli paquet à Noël. Peut-être même que les secours les attendaient en sa compagnie sur le Rivage. Oui le rivage c'était ce que hurlait Lynn, sans doute debout sur le toit entrain de s'extasier et Cleo sourit en ralentissant la course du navire.


Qui n'avait ja-ja-jamais navigué
Qui n'avait ja-ja-jamais navigué

....

Le capitaine non plus d'ailleurs à bien y repenser



Adieu le sourire, Cleo vient de percuter qu'un petit détail lui avait échappé.
Finalement, sa rencontre avec le passager clandestin était relégué au dernier rang de ses priorités.


Où se trouvaient les freins sur ce putain de navire ???
OHE OHE !!!!!!!!!!


Dernière édition par Cleo Donovan le Jeu 18 Juin - 23:27, édité 1 fois
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Lynn Lenra
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MessageSujet: Re: Pour une entrée en matière, c'est une entrée en matière...   Lun 15 Juin - 16:52

Immobile, et presque en apnée depuis un moment. Ce ne fut que lorsque la main de Cléo, posée sur son épaule, se retira que la poitrine osa enfin reprendre un mouvement normal. L'air frais et noir de la nuit emplit ses poumons, la fraîcheur avait manqué depuis un temps et procura un frisson à la petite déjantée. Voilà comment on réalise à peine qu’il fait froid le soir, c’est pas non plus la petite camisole d’intérieur qu’elle porte qui va beaucoup lui tenir chaud. Mais enfin, elle était bien heureuse, déjà, de s’être retrouver perdue sur son îlot avec une camisole fermée, çà, pour sûr, ç’aurait été vraiment, mais alors, VRAIMENT très embêtant.

Or, donc, elle était ouverte. Pfiou, quand même plus pratique. Mais pour le moment, ce qui importe c’est que sans vraiment y avoir prêter attention, notre petit cas psychologique se retrouve seul sur le toit. Ah, quand même ! Non mais c’est pas qu’elle était venue ici, exprès pour s’isoler alors c’est vrai que c’est plus pratique une fois seule. Faut pas non plus abuser de l’hospitalité des gens. C’est donc, enfin seule qu’elle se met à égrener sa petite musique à l’eau de rose en fixant l’eau au loin. Whoé ?! C’est quoi ce bazar ici ? La machine se réveille là dessous. Par réflexe plus instinctif que voulut, elle plaqua ses mains sur le sol, ici, en l’occurrence, le toit. Ouais, pas super efficace mais au moins l’appui est plus solide.
Le bateau commence à ronronner et s’avancer tandis que l’autre ahurie, en haut, s’amuse un peu de cette situation. Bon en bref elle va rester perchée là haut comme une cruche et courir par moment car punaise, ça souffle fort quand on vogue sur l’eau !

Puis après un petit temps qui a finit par lasser, juste un pue, notre grimpeuse en herbe, une ombre se profila à l’horizon. Qu’est ce que c’est ce gros truc ?
Ohoh, z’ai cru voir un sol au loin.
On plisse un coup les yeux sans prêter attention à l’agitation dans le navire, mais qu’est ce qu’ils bien foutrent là en bas !? Tient donc, l’ombre commence à devenir plus nette.
Mais oui ! Mais oui ! Z’ai bien vu un sol au loin !
Bon, c’est pas qu’elle a le mal de mer, ou bien qu’elle aime pas quand le sol se met à trembler, disons qu’elle a l’habitude, mais bon y’a toujours un moment çà en fait trop. Waaahh ! N’empêche, comment il se rapproche trop le sol. Penser à ralentir un peu la cadence serait malin car… Merde qu’est ce qui se passe ?!

Craaassshhhh !

C’est comme si on avait pousser avec une force incroyable, dans le dos de la figure de proue vivante. Et debout sur un toit lisse, c’est pas le mieux à faire. Tout d’abord ce sont les genoux qu’on pliés faisant s’écrouler toute le petit monde, puis bon c’est qu’il c’est crashé bien en longueur le Yacht, donc la petite tarée a glisser d’un bout à l’autre du toit et pas d’agrippe où se tenir. Elle continue sa route, tranquillement, sur la vitre du poste de pilotage, tenant quelques secondes, les jambes dans le vide et les bras accrochée sur le bord du toit.
Mais on devine bien que dans la maison des fous y a pas d’atelier musculation le dimanche matin. La petite folle lâche prise et entame une belle glissade sur la vitre.

On dit « Bonjour Cléo ! » puis on continue son petit bonhomme de chemin finit à l’avant du pont, oui, TOUT à l’avant ! Par un gros coup de bol elle se rattrape à la rambarde sous laquelle elle était déjà presque entièrement passée. Avec une barre solide c’est plus facile, le choc étant passé elle se tire, tant bien que mal, à la force de ses petits bras de malade mentale et remonte avec toutes les peines du monde sur le sol du pont. Ouf !
Elle flâne un peu, le regard à moitié dans le vide en reprenant son souffle, détaillant, sans y faire attention chaque élément du décors qui s'offrait à sa vue. Là, pour sûr ça allait changer du banc de sable perdu au milieu de nulle part! On va pouvoir faire retravailler un peu les mollets ici! Pas d'agence touristique dans les parages? Aucun touriste avec appareil photo et lunettes de soleil? Parfait!
Tout un bel univers vide de monde et abandonné, génialissime! Très ragaillardie par ce constat, elle sauta sur ses deux pieds et, le bruit à l’intérieure ayant reprit de plus belle, elle se décida à laisser aller sa curiosité et d’aller dire quelques mots à ceux qui font tout ce vacarme !
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Llugh
Dromadulaire Serpillus Rudolphe.
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MessageSujet: Re: Pour une entrée en matière, c'est une entrée en matière...   Mer 17 Juin - 3:55

C'est du néant que vient la matière.
Comment la délimiter sinon? Comment la définir?


Llugh s'appropriait son état de spectre, et c'est en tentant en vain de ressentir la matière qu'il traversa les remparts de la nef.

Quelle étrange sensation... (comme si je n'existais pas)
Ecoute donc... (c'est ma voix que tu ne peux entendre)


Lorsqu'il se dématérialise, c'est son lien avec ce monde qu'il renie.
Il se demanda alors s'il pourrait un jour disparaitre pour de bon en agissant ainsi (et le souhaiterait-il?)
Peut-être n'est-il pas originellement lié à la vallée? Serait-il possible que ce soit sa matérialisation qui soit un effort...?
Une chose reste cependant certaine, quelque chose le lie indéniablement à ces terres, quelque chose l'appelle toujours à les rejoindre. Ces plaintes despotiques lui martèlent les tympans à chaque disparition, elles lui somment de revenir.
Et l'ombre s'y soumet.
Toujours.

Le navire était à l'écoute, et l'esprit hivernal du clandestin lui exposa son silence.

Qui explore l'autre?


En prêtant l'oreille, une multitude de petits bruits sourds et traitres dévoilèrent la présence d'autres parasites.
Un souffle se suspendait? Un autre s'exalta.
Un battement de cœur? Et son sourire s'élargit.

Mais ce sourire s'estompa rapidement lorsqu'il se rendit compte qu'il n'était pas seul dans cette pièce.

Un autre n'a pas plus sa place ici...


Cet autre n'était par ailleurs pas vraiment avec lui, il pouvait le sentir.
Allongée, une créature était abandonnée sur un large lit, livrée et offerte. Un tribu de glace à sa disposition.
La pièce était d'une opulence indécente, et elle contrastait étrangement avec Grianan, ce froid soleil d'hiver dans un écrin satiné. Mais, aussi lointaine que son ancêtre, la chimère ne présentait a priori pas le moindre risque.
A priori... jusqu'à son réveil.
Bien heureusement elle était gravement amochée et ne semblait pas pouvoir devenir une menace de sitôt.

Mais l'étrange jeu de miroirs qui se jouait entre les étrangers le poussa à s'observer à travers la statue de glace. S'ils n'avaient tous deux aucune odeur qui lui soit directement perceptible, il ne pouvait pas en dire autant des lambeaux de fourrure que le déluge avait daigné lui laisser sur le corps.

Mmm... Vois-tu mon cher Grianan, je me demande parfois ce qui nous oppose à vous, autres animaux, dit-il en se débarrassant des restes de son ancienne identité.

L'Obscur devint Cailleach (qui s'oppose donc à Bride?).

L'abondance du luxe inutile de la pièce le laissait perplexe. Tous ces meubles lustrés mais usés par le temps, tous ces vêtements de mauvais goût n'ayant probablement jamais servi.
Le grand placard ouvert l'intriguait pourtant. Mais rien ne s'imposa à ses yeux. Les tenues de plongée côtoyaient toute sortes de robes de soirée guindées de paillettes. Une tenue d'écolière lui offrit brièvement un haussement de sourcil.

Mais comment ce yacht a-t-il pu atterrir ici...?


Dépité, il s'approcha du corps inerte, son absence de parfum le rassurait.

Vous ne valez décidément pas mieux que les humains, ce que je n'aurait pas cru possible.

Les draps de soie immaculés étaient parsemés de légères tâches de sang, discrètes, ces deux couleurs s'accordant si harmonieusement. Il les caressa. Le sang était froid, glacé même. Dans un bruissement proche d'une réponse de la dépouille, Llugh retira lentement son linceul et en déchira un drapé pour s'en vêtir. Un lacet de cuir noir retiré d'un corset abscons suffisant pour l'attacher à la taille.

La présence d'un autre prédateur le tiraillait pourtant.

Nous ne sommes pas seuls... Son odeur est enivrante mais l'autre créature n'a pas notre ichor de givre.

L'ombre albescente lâcha un souris vers la porte.

Qui sera le chasseur...?
En tous cas, l'un de nous est de trop...
lança-t-il de manière suggestive en se retournant vers son compagnon ivoirin.

Les restes de sa pelisse, reposant toujours paresseusement près de Grianan, lui chuchotèrent une vague idée.

Elle a traversé la coque en ma compagnie...


S'il lui fut possible d'étendre son pouvoir à sa tenue, s'il était capable d'agir ainsi sur ce qui compose la vallée... Pourrait-il...? (en aurait-il la légitimité?)

En s'agenouillant près du corps, il prit le temps d'observer son souffle indolent. Il pris le temps de graver dans sa mémoire les moindres courbes, les moindres traits qui le dessinaient. Il existe une certaine proximité que l'on entrevoit qu'avec un ennemi, c'est un sentiment très charnel de vouloir sa mort. Et c'est presque avec tendresse qu'il déposa ses mains lactescentes sur la peau d'une chimère assoupie. Son corps bestial gardant une prestance à laquelle les humains ne sauraient aspirer ; ses muscles saillants, s'ils semblaient ainsi impassibles, lui donnaient au toucher une contenance inaltérable.
Là où Llugh garde la grâce d'un implacable vent d'hiver, son rival avait l'aspect immuable d'un glacier. Et c'est sur cette glaciale unité qu'il cherchait à le concevoir comme une partie de lui-même, une partie qu'il pourrait rendre intangible.
Ses yeux se fermaient sous l'effort et une sueur froide lui parcouru l'échine.
Il dut par ailleurs s'y reprendre à plusieurs fois avant d'apercevoir la brèche ; mais, comme happé en celle-ci par le caractère ineffable de la vallée, c'est une chute interminable (à la hauteur du blasphème) au cœur même de son esprit qui accueillit la prestation.
Comme s'il s'abandonnait à ce néant qu'il désira si ardemment par le passé, l'albescent perdait tout contrôle. Il se donnait intégralement dans cette union contre-nature, et sentit dès lors qu'il n'y aurait pas que son corps qui se dématérialiserait.

Qui sait ce qui aurait pu se passer si une intruse ne l'avait pas obligé à refaire surface?
Un simple instinct de survie le rappela en entendant la porte s'ouvrir brusquement. Et, par réflexe ou par rejet, en reprenant partiellement consistance, Llugh repoussa violemment la chimère de glace de ses dernières forces contre la paroi de la nef.
Intangible, celui-ci la traversa comme un spectre.
Ce qui advint de lui, l'histoire ne le dit pas.

Pris par l'urgence, l'ombre tentait de reprendre ses esprits.

C'était quoi ça...?


Mais en regagnant la dimension matérielle, sa carcasse ébréchée ne tarda pas à le lui rappeler. Totalement abattu par l'expérience, il chut du lit et se releva tant bien que mal pour faire face à l'étrangère. Malheureusement pour lui, il ne l'envisagea que comme une source potentielle d'énergie sans se rendre compte qu'elle était la première chimère à laquelle il faisait vraiment face. Du fin fond de ses entrailles, un appétit inextinguible le tiraillait ; il s'était épuisé à tenter de contrer les lois de la vallée, et ses forces s'étant consumées, il devait s'approprier cette abondante chaleur qui le provoquait.
Son regard perdu cette habituelle neutralité qui le caractérisait, il répudiait la douleur qui l'habitait, et une convoitise primitive le poussa à se jeter sur la chimère.
Les saveurs de cette volonté qu'elle exultait le tourmentaient.

Allié fidèle de la vallée, le hasard décréta qu'à ce moment précis la nef s'échoua sur la rive en projetant férocement Llugh sur l'importune.
Cruel vent hivernal se déchaînant avec une apparente brutalité qu'il était loin de posséder dorénavant.

_________________


Ce que je suis je ne dois montrer -
Ce que je suis tu ne peux savoir -
Quelque chose entre Enfer et Ciel -
Quelque chose qui ne se dressa ni ne chut -
Quelque chose qui par ta ruse ou volonté
Peut te faire du bien - Peut te faire du mal.


Sir Walter Scott
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Rage
Furie d'Amour - adore les petits moustiques
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MessageSujet: Re: Pour une entrée en matière, c'est une entrée en matière...   Mer 17 Juin - 14:03

Son petit monologue avait porté ses fruits? Rage l'espérait tout du moins. Dans le cas contraire, elle ne donnait pas cher de la peau de Cleo, tout comme de Lynn. Le besoin de se nourrir restait cruellement présent. Un bon steack d'humain pour reprendre des forces et partir à la recherche de... Anthea. Elle avait survécu, c'était une certitude. Non pas parce que quelque chose le lui dictait, mais parce que si elle envisageait le contraire, elle allait perdre le peu d'humanité qu'il lui restait encore. C'était fatigant, de se donner de la bonne volonté quand un désir plus profond et bestial s'avérait pourtant dominant.

Pour ne pas se laisser tenter, Rage se concentrait sur la trousse de secours, sortant un à un les bandages qui avaient été épargnés par le flacon explosé. Un éclat de verre lui entailla légèrement le doigt, elle n'y prêta pas attention et referma la boîte pour l'abandonner sur une commode. Les bandes hypothétiquement utilisables s'alignèrent à côté alors que, distraitement, rage portait à ses lèvre son doigt blessé. Et maintenant? La biologie chimérique n'était pas enseignée dans le cursus qu'elle avait suivit de son vivant. Elle savait d'expérience qu'elle guérissait vite. Pensive, elle porta une main contre son flanc, là où débutait la cicatrice qui s'étendait jusqu'à sa poitrine. Cette blessure qui l'avait tuée, qui aurait logiquement dû l'abattre même en tant que chimère. Mais elle était toujours là.
Et Cold était ancien, puissant. Sa guérison devait être plus rapide. Il valait mieux économiser le matériel autant que possible.

Combien de temps pour ces réflexions? Un bon moment en tout cas. Un moment suffisant pour que les pas du retour de Cleo lui parvienne sans qu'elle n'ait finalement tenté quoi que ce soit pour Cold. Il se débrouillera. Et s'il mourrait, cela ferait un prédateur de moins contre lequel se battre pour protéger sa petite. Mieux valait laisser les choses en plan. C'était cruel, mais logique. Pas de remords, tant qu'elle ne le balançait pas tranquillement à l'eau, et pas de regret si elle donnait son maximum pour avoir à l'affronter par la suite. Son nom l'obligea à se retourner. Elle ne fit que hausser un sourcil interrogatif alors que la jeune femme reprenait son souffle pour annoncer l'arrivée d'un nouvel échoué. Haussant les épaules, elle suivit Cleo, sans se poser d'autres question. La suivante qui risquait de venir et qu'elle imaginait aisément était "tu voudrais pas aller voir s'il est encore vivant?" Les humains et leur légendaire courage... Mais l'arrivée dans le salon et les excuses passées, l'annonce ne fut pas vraiment celle à laquelle elle s'était préparée. L'eau montait? Pas besoin de creuser? Pas besoin des humaines? Le repas est servit? Non, pas tout de suite. Il y avait encore un autre. Chaque chose en son temps. Ah, voilà la suite à laquelle Rage s'était attendue. "Il faudrait le ramener". Ouais, Rage devrait le ramener, pour être plus honnête dans les termes. Quant à son utilité, Rage en doutait sérieusement. A moins qu'il puisse lui dire où se trouvait une fillette de douze ans armée d'une peluche. Quant à la direction... Rage ne pu que répondre par la négative. Le monde qu'elle connaissait, cette maudite vallée, n'était plus le même. Où se diriger? Si seulement elle le savait, elle se serait déjà placée aux commandes de ce fichu yacht. Après avoir fait part de son ignorance sur la direction, Rage était simplement sortie de la pièce. Mission: voir ce dont il s'agissait comme échoué.

Cleo n'avait pas menti, l'eau montait vite. Très très vite, même. age longea la balustrade, jetant des regards vers ce qu'il restait de l'île. Rien...
Personne?
Si, Cleo n'avait pas menti, il y avait des empreintes. Des empreintes très légères qui se dirigeaient vers... Une vague supprima les dites empreintes, le yacht tangua, Rage s'agrippa à la balustrade. Le navire était à flot, Cleo aux commandes Lynn perchée sur son toit et... Un passager clandestin quelque part dans le vaisseau.
Et puis quoi encore? Rage poussa un grognement et refit un tour sur le pont, cherchant par où le petit malin était monté. Rien... Pas de traces supplémentaires. Du moins, elle n'en trouva pas. Soit ses capacités à la traque s'étaient quelque peu estompées, soit l'intrus n'était pas humain. La seconde option la dérangeait fortement. Avec Cold dans les vapes, Rage devenait le seul prédateur sur ce rafiot. Et mine de rien, elle aimait bien ce concept. Mais si l'inconnu venait faire pencher la balance, ça n'irait pas très bien. Et si l'inconnu bouffait les humaines avant qu'ils aient tous atteint la terre ferme, ça n'irait pas non plus.

Après un derneir regard vers la cabine de pilotage, Rage retourna s'engouffrer dans le navire. Plus bas... Il y avait une présence plus bas. Une présence qui n'était pas celle de Cold. A moins que sa certitude concernant la présence d'un passager clandestin ne lui fasse sentir des choses irréelles. Elle ouvrit la première porte, jeta un coup d'oeil à l'intérieur, rien. Elle huma l'air, rien non plus. Porte suivante... Même schéma, même banqueroute. Elle plissa les yeux, ses lèvres se retroussèrent sur un grognement guttural. Cold...
Rage s'élança jusqu'à la chambre qu'elle avait quitté plus tôt. Elle ouvrit la porte avec fracas et se figea de stupeur. Elle eut à peine le temps de voir ce qu'il restait du corps de Cold disparaître "à travers" la coque.

Ombre...

L'intru glacial chuta du lit, Rage sortit instantanément ses griffes, montra les crocs. Elle se baissa. Discuter? Pour quoi faire? Il était clair que le passager clandestin était hostile. Prête à bondir, Rage se ramassa sur elle-même et...

Craaassshhhh !

Le choc. Le yacht vibra, rage bascula en arrière, tenta de se rattraper au cadre de la porte, et l'ombre la percuta de plein fouet, l'obligeant à lâcher prise. La chute fut dure. Son crâne heurta violemment l'autre paroi du couloir. Pourquoi diable ces couloirs étaient-ils si étroits? Mais même sonnée, l'instinct de survie dominait. Rage balaya violemment l'air de ses griffes devant elle, repliant ses jambes pour éjecter son adversaire.

1st ROUND!!!!!
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Cleo Donovan
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MessageSujet: Re: Pour une entrée en matière, c'est une entrée en matière...   Mer 17 Juin - 15:41

Étrangement, maintenant qu’elle le voyait en face d’elle, le rivage ne lui paraissait plus vraiment si accueillant. Surtout avec un yacht lancé à une telle vitesse. Machinalement, les yeux rivés droit devant elle et écarquillés d’épouvante, elle tâtonna sur le tableau de bord pour trouver quelque chose qui arrêterait tout. Dans sa panique, Cleo ne pensa pas un seul instant à faire basculer la manette en bois contrôlant la vitesse à son opposé, ce qui dans toute logique ne pouvait que faire ralentir le yacht. Plus que quelques secondes avant l’impact et le seul réflexe logique qu’elle eut à cet instant fut de crier, et crier encore, tout en s’aggravant fermement à la barre. Et soudain, au lieu de l’eau, il n’y eut devant ses yeux qu’une étendue de cailloux, des petits cailloux tout gris, une plage déserte pas vraiment accueillante. Puis le yacht piqua du nez dans un grand crash et Cleo, les mains serrées à s’en faire blanchir les jointures, heurta la grande roue de bois si violemment qu’elle sut qu’elle aurait les reliefs doré artistiquement placé au centre gravés au nom du navire fermement tatoués sur son abdomen.


Une petite folie pendant les vacances
Non ça ne lui a coûté que deux côtes, tu parles d'une affaire


Matthew allait lui poser des questions mais il n’y avait plus son fiancé dans la cabine à cet instant, juste elle et l’air qui vint à lui manquer tandis qu’elle priait inconsciemment pour qu’aucune côte ne se brise sous le choc. Puis le yacht glissa sur la plage en un raclement désagréable et les cailloux volèrent droit sur le pare-brise qu’ils fracassèrent. Ce fut tout, et pour Cleo s’en était déjà bien assez. Elle reprit son souffle dans un sifflement rauque, au bord de la crise,, les yeux brouillés de mouches noires -SALETÉS- et passa une main prudente sur son ventre. Ca faisait mal, vraiment très très mal mais aucune côte n'était venue transpercer ses poumons, une chance pour elle. Se redressant un peu mieux, et cela assez péniblement, elle fixa les arbres qui se profilaient avec un petit sentiment de victoire qui disparu bien vite quand quelque chose glissa sur le pare brise. C’était une silhouette humaine, à la chevelure flamboyante étrangement semblable à la sienne, vêtue d'une camisole de force qui lui laissait au moins les bras libres et avec un air des plus ahuris qui lui rappelait ces cartoons avec le loup et Betty Boop. Enfin, là ça n'avait rien d'un Loup...

Cela glissa lentement, et stupéfaite, la bijoutière mit tout de même quelques secondes à reconnaître la petite folle dingue qui venait de s’offrir un joli vol plané en direction du pont inférieur. Soit… Attendez quoi ? LYNN ??? Mon dieu et elle qui s’était jurée de la protéger bon sang. Ses lèvres formèrent les mots « Ca va » avant qu’elle ne comprenne que la jeune fille était déjà repartie dans son monde. A vue d’œil, pas de blessures trop graves, pas même traumatisée. Cleo ne sût s’il fallait s’en réjouir ou non. Elle décida de laisser tomber et se dirigea en grimaçant de douleur vers les coursives. Maintenant qu’ils avaient amarrés le yacht, quoiqu’un peu trop brutalement ce que Rage n’allait pas manquer de lui faire remarquer sans nul doute, il était temps de passer aux choses sérieuses concernant un certain visiteur des plus inopportun. Elle laissa à Lynn le soin d’appréhender dans son coin son nouveau territoire et se glissa dans les couloirs, sa main glissant finalement le long de son ventre tandis qu’elle oubliait la douleur pour se concentrer sur le spectacle qui se déroulait non loin d’elle.

Rage était impressionnante, véritable bête chimérique toute droit sortit d'un livre de contes et légendes. Ses ongles déjà bien pointus s'étaient changés en des griffes acérés et la jeune femme, enfin si on pouvait encore la considérait comme tel avec un physique plus animal que humain, avait l'air de savoir s'en servir mais même si cela lui arracha un hoquet de surprise, ce ne fut pas son allure qui la fit se raidir de frayeur, la vessie contractée au point où comme une gamine de 8 ans elle aurait pût se pisser dessus. Car Rage ce battait contre quelque chose, et non pas contre quelqu'un. Un quelque chose d'apocalyptique qui n'avait rien à voir avec une personne. Et cette chose était entrain d’attaquer, oui ça attaquait, Rage qui pourtant savait, pouvait se défendre. Rage était cent fois plus capable de se défendre que Cleo, mais devant ses yeux la Féline semblait en position de faiblesse. La chose était lentement mais sûrement entrain de gagner et si elle arrivait à blesser Rage, alors il ne lui faudrait pas grand chose pour réduire les deux autres jeunes femmes à l'état de charpie humaine.


Il était un petit navireuh
Et le mousse fut mangé



La silhouette menaçante ressemblait à un ours, et était toute aussi velue. Une allure de monstre caricaturé qui lui fit froid dans le dos. D’ailleurs, Rage commençait aussi à avoir froid au vu de son teint pâle tandis que la chose attaquait encore, et encore. Qu’est-ce que ça lui faisait pour la mettre, dans cet état ? Que se passait-il bon sang ? Elle ne comprenait pas mais ne tenait pas vraiment à assister à la fin du spectacle pour le découvrir. Retenant cette fois-ci un cri de panique qui aurait pût la condamner, elle recula doucement de quelques pas, le cœur battant à tout rompre. Mais la chose se tourna alors vers elle, la chose la vit et Cleo ne pensa plus qu’à courir, à s’enfuir par là où elle était arrivée, s’échapper de ce maudit piège à rat malgré sa poitrine qui la faisait souffrir et attraper Lynn au passage, Lynn qui était restée dehors. Tout en fuyant, elle pria intérieurement pour que la petite folle ne mette pas un pieds dans le navire. Et derrière elle la chose bondit, la chose qui était aussi grande qu’un homme, qui avait un visage d’homme sous sa longue chevelure et elle fut fauchée, les mains tendues en avant.


Comme une balle un éclair de panique



Cleo se vit pour la seconde fois mourir.
Et elle détesta cela.


Dernière édition par Cleo Donovan le Jeu 18 Juin - 23:33, édité 2 fois
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Lynn Lenra
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MessageSujet: Re: Pour une entrée en matière, c'est une entrée en matière...   Mer 17 Juin - 16:56

Lynn allait s'engouffrer distraitement dans la coursive du bateau, marchant maladroitement vers l'entrée, les escaliers que Cléo venait d'emprunter vivement étaient là, sous ses yeux. Les bruits confus lui parvinrent mieux et plus nets: de bagarre, des coups, des plaintes étouffées, souffles courts ou haletants. Une effervescence, une agitation qui piqua vivement l'esprit de Lynn, elle se figea un instant prêtant l'oreille à toutes ces choses, ces sons. Oui elle sait très bien ce qu'est une bagarre, elle s'y connaît un peu. Toujours figée sur place elle prêta l'oreille avec toute l'attention dont elle était capable, elle créait une image mentale pour chaque bruissement, un corps qui s'abat sur quelque chose, un membre qui cogne un mur, tête? Coude? Son ouïe n'est pas assez affûtée pour faire la différence le choc permet tout de même de se rendre compte de la violence du contre-coup... aïe.

Toujours figée par toute l'agitation qui régnait en bas, ses pieds exécutaient discrètement des pas, l'un devant l'autre, les marches on juste devant à présent. Léger moment de flottement. Serait-ce finit? Y aurait-il donc un vainqueur et un perdant? Aussi rapidement, peut-être pas d'ailleurs, maintenant il y a un bruit de course. Le reste fut rapide comme tout, la petite timbrée avait entamé la descente des marches et au fil de la descente le rideau se leva sur la scène.
La pièce a commencé depuis longtemps très chère, maintenant que vous avez raté le début, ce sera difficile de tout saisir.
Pas grave, ça n'a aucune importance pour la spectatrice du chaos ambiant, son regard scrutant longuement la silhouette étrangère qui s'était mise à courser l'autre rousse. C'est cocasse comme situation, dans l'agitation Lynn ne voyait rien de plus qu'une crinière rousse s'enfuir face à cet intrus menaçant.
L'espace d'un instant donc, ce fut elle-même qu'elle vit courir dans ce couloir étroit. Des images vinrent frapper son esprit, des souvenirs qu’elles se forçat bien vite à oublier. Et pour se débarrasser de cet impression de voir sa propre chute, elle dirigea son attention sur la silhouette qui se rapprochait indéniablement de sa proie. Lynn était arrivée au bas de l’escalier et restait comme agrippée à une attitude nonchalante qui ne s’associe aucunement à la situation actuelle des choses.

C’est étrange ce mélange de sensations opposées, ce besoin inévitable de se figé sur la source imminente de danger mais cette crainte tout en même temps. Sentir nécessaire, voir vital de rester là et de ne pas regarder ailleurs alors que le peu de logique encore présente dans son crâne lui dicte de courir, au plus vite, le plus loin possible. Courir, fuir…. Mais pourquoi donc ? Voir toute cette agitation se dérouler à une vitesse inouïe alors que l’esprit, hors de toute notion temporelle a, lui, tout son temps pour panser à mille et une choses différentes et inexplicable. Alors que l’autre n’a pas le temps de traverser la moitir du couloir en courant, les idées fusent par milliers dans le crânes de la spectatrice, toujours immobile.


En un éclair, Cléo bascula et s’effondra au sol sous le poids de son assaillant. Peut-on imaginer ce qu’on ressent lorsqu’on se voit, d’un regard extérieur, chuter et mourir juste là, devant soi. Car pour Lynn cette crinière rousse ne lui rappelais que trop bien l’image qu’elle voit en face d’une glace. Mais non ce n’était pas elle, c’était bien et bien Cléo.


Son pied fit un pas en avant alors qu’elle contemplait la scène incrédule et presque indifférente, trop figée sur toutes ces contradictions qui assaillaient son esprit, de la même manière que l’autre avait assaillit la rousse, c’était comme quelqu’un avait voulut illustrer se qui se passait dans son crâne. Les yeux perdus sur ce qui se passait juste là devant ne réalisaient pas l’ampleur des choses, son corps restait là, serein alors que le danger était imminent, sa respiration était inaudible mais aussi naturelle que celle d’un nourrisson endormit, mais son cœur battait la chamade quand même, il manqua de lui crever la cage thoracique lorsque ses pupilles captèrent celle de l’intrus, tout se figea un instant indéfinissable puis tout fila si vite qu’elle n’eut même
pas le temps de réaliser.

Les rares fois où le temps suspends son vol, comme le Temps ne peut se permettre un quelconque retard, il file à toute vitesse pour remettre toute les pendules à l’heure et continuer sa route comme si de rien n’était.
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Llugh
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MessageSujet: Re: Pour une entrée en matière, c'est une entrée en matière...   Jeu 18 Juin - 15:50

La chimère fut emportée par le blizzard, mais celui-ci vint s'échouer contre un adversaire qu'il n'aurait pas dû prendre à la légère. Et c'est la mort dans l'âme que Llugh s'en était pris à une fille de Mil.
Une sorte de sentiment de déjà vu.

Courir à sa perte?

Où d'autre aller?


Son teint caramel, cette arrogance, cette force...

Aucun doute possible.


Comme une confirmation, les griffes de sa rivale vinrent lui déchirer l'écorce dans un effroyable craquement de glace. De l'épaule gauche au pectoral droit, il eut la sensation qu'elle lui arrachait le cœur. Il se serait bien intangibilisé mais l'albescent n'en avait plus la force. Toujours est-il que ce vieux cœur de givre était insensibilisé par le froid.
Mais il n'eut pas le temps de s'en remettre qu'elle le projeta violemment contre le cadre de la porte. Celui-ci se brisa sous le choc et mis en branle le couloir étouffant qui les maintenait entre ses mâchoires, semblant plus se délecter de cette offrande qu'il ne se désagrégeait.
Cependant, et aussi féline que pouvait être sa manière de se battre, la promiscuité des murs de cette nef oppressante ne lui permit pas de l'éloigner suffisamment.

Dans une dernière volonté propre aux désespérés, Llugh s'enveloppa de ténèbres et s'appropria la gorge qui lui était offerte, à portée de mains. Avide, impérieux, il s'accapara cette enivrante odeur de miel que sa peau dégageait. Le contact fut bref car la chimère répliqua sans attendre, mais suffisant pour lui permettre de ne pas s'effondrer.
Dès lors, il put s'engager réellement dans le combat, et en profiter pour se nourrir de sa rage.

Ils accomplirent ainsi une danse étrange sans se soucier de ce qui les entourait.
Un pas en avant, et ses mains opalines lui gerçait le corps et l'âme.
Un pas en arrière, et des griffes souveraines lui ôtait sa chair liliale.
A nouveau ce contraste fascinant.
Rouge sur blanc.

Mais si la créature blêmissait à vu d'œil sous les bourrasques répétée du clandestin et que celui-ci reprenait ses forces, l'ombre était loin d'avoir le dessus. Victime d'une matérialisation forcée et n'ayant pas recouvert ses pleines capacités, il ne pouvait guérir efficacement des multiples plaies qui le balafraient. Et son corps lui édicta que l'issue de la bataille était loin d'être certaine.

Un parfum particulier le sorti de l'ivresse du combat.
Une humaine, effrayée, s'était approchée imprudemment et s'apprêtait à s'enfuir.

Oh... Mais qu'avons nous là?
Où pars-tu comme ça?


Llugh abandonna impulsivement sa chimère et s'élança vers la chance qui lui était offerte. Le plaisir de la chasse le prit aux tripes et il ne put réprimer un rire bref mais cruel, et ce malgré les multiples blessures qui le tiraillaient.
Les fragrances de la convoitée atteignirent leur paroxysme lorsqu'il la plaqua au sol.
Terrifiée, elle se débattit, mais ceci ne la rendait que plus exquise à ses yeux. Après le combat titanesque qui avait précédé, les griffures de l'humaine lui en était presque délectables.
Il acceptait les coups avec le reste, il voulait prendre tout d'elle, et ne lui laisser en échange que quelques gouttes de sang qui perlaient de ses blessures.
La vague de panique qu'elle offrait le submergea, le faisant se sentir entier, réconforté, vivant.
Il l'absorbait.
Et reprenait consistance.

En rouvrant les yeux, il aperçut une autre humaine tout proche.
Comment avait-il pu ne pas la voir? Etait-il trop immergé dans sa régénération?
Non, s'il ne l'avait senti, c'est qu'en fait, et contre toute attente elle n'éprouvait pas cette frayeur si douce. Ne comprenant pas les raisons d'une telle indifférence, et légèrement vexé, l'albescent prit cette conduite pour de l'insolence et entreprit de la châtier.
De ses yeux ambrés, derniers vestiges peinturlurés de son passé d'être vivant, il capta son regard et tenta de la perdre en lui.
De cette capacité qu'ont les ombres de sembler contrôler l'obscurité, il s'apprêta à la cloîtrer plus qu'elle ne l'était déjà.

Ragaillardi et malgré ses jérémiades, il souleva sa première victime par le bras presque sans effort et se rapprocha.

Je vais t'apprendre à...

Une force animale ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase.
La chimère l'avait frappé de plein fouet, et il s'écrasa contre les escaliers. Le spectre serra les dents, maudit sa distraction, et laissa échapper un grognement.
Mais en se relevant il s'aperçut qu'en étant projeté ainsi, le bras de la malheureuse rouquine effarée avait sérieusement écopé le coup.

Il fronça songeusement les sourcils.
En effet, s'il ne les voulait pas forcément entières, les garder en vie lui était indispensable. Contrairement au prédateur qui lui faisait face, de la chair morte ne lui serait d'aucune utilité. Il risquait selon toute vraisemblance de devoir les protéger de ces crocs

Comment ont-elles survécues jusqu'ici...?


La glace et le sang.
Le combat entre les deux aberrations risquait d'être rude.
Aurait-il la force d'en endurer un autre?

Il doit y avoir une alternative...


A deux doigts d'entamer le second round, l'albescent l'interpella :

Milesienne!
Sont-ce donc là tes humaines...?

_________________


Ce que je suis je ne dois montrer -
Ce que je suis tu ne peux savoir -
Quelque chose entre Enfer et Ciel -
Quelque chose qui ne se dressa ni ne chut -
Quelque chose qui par ta ruse ou volonté
Peut te faire du bien - Peut te faire du mal.


Sir Walter Scott
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Rage
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MessageSujet: Re: Pour une entrée en matière, c'est une entrée en matière...   Jeu 18 Juin - 16:55

Oh non...
Elle n'avait pas survécu à une bête pour se laisser détruire par une ombre. Il ne l'aurait pas, pas comme ça. Libérée de l'étreinte, Rage s'était relevée, ou tout du moins redressée, baissée, comme une bête qui attend l'assaut suivant. Il ne s'arrêterait pas là, et elle le savait. Les ombres n'ont que leur désespoir et souvent cette émotion avoisinait la rage quand il s'agissait de survivre. Mais il ne l'aurait pas elle. Surtout pas. Le sang perlait, sur le corps d'albâtre. Ce sang qui même mort attisaient ses sens. Ce sang qui faisait disparaître le yacht, le déluge, les pensées cohérentes.
Et ce fut terminé.
Rage n'était plus qu'une bête, une bête assoiffée de sang, de meurtre. Il n'y avait plus de distinction entre ami et ennemi, juste ce désire brûlant de déchiqueter tout ce qui aurait le malheur d'arriver à portée de griffe. Une violence soudaine, impossible à contenir. Un souhait irrépressible de destruction, d'annihilation. Et il en ferait les frais, celui qui par dépit peut-être s'en était pris à elle. Elle allait le massacrer, l'éviscérer. Elle brûlait, impatiente, trop impatiente, trop peu stratégique.

Et il l'a eue.
Ce froid vicié qui calme les ardeurs. La chaleur disparu. Elle était ailleurs, mais se débattait. Elle comprenait, un peu tard, l'emprise de l'ombre. Ce n'était pas la première fois, non. Mais celui-ci était glacé. Tellement glacé que...

Citation :
Elle se débattait, renvoyant des gerbes de neige, luttant contre cette chose devant elle. Les traits de l'ombre s'étaient modifiés, avaient pris ceux du monstre, de ces crocs qu'elle sentait à nouveau s'enfoncer dans sa chair, à travers son corps, jusqu'à son âme. La douleur ne disparaissait pas comme la première fois. Et dans les yeux de la bête elle voyait un étrange reflet de convoitise. Rage frappait, elle n'avait que ça, que ses griffe contre ce cauchemar qui se répétait, qui cherchait à éteindre le brasier de sa vie.

Dans le couloir, elle titubait, chancelait, glissait contre une paroi pour chuter au sol, offrant un coup de plus, dans un dernier élan, et sombra à nouveau dans le cauchemar.

Citation :
Le rire moqueur résonnait au plus profond de son crâne, effeuillant chaque pensée pour la transformée en souffrance. Au-dessus d'elle qui ne distinguait plus la la réalité du cauchemar. Elle chuta, à plat ventre, sentant le poids de son adversaire sur elle. Rage aurait tant voulu se retourner, plonger ses crocs dans la chair, devenir elle aussi le monstre. Puis subitement, elle se senti légère. Dans la clairière envahie par la neige, elle distingua la bête qui, passée par-dessus son corps, se jetait à présent sur une autre forme plus petite, plus lointaine. Une petite forme aux cheveux noirs, qui serrait contre elle une peluche. La petite forme disparu sous la version monstrueuse...

"Anthea..."

A mi chemin entre la conscience et le vide, Rage cherchait à se redresser. D'abords sur ses mains, qui glissèrent sur le sol pour l'obliger à chuter à nouveau, puis à coup de griffes qu'elle plantait dans les parois. Dans ce couloir, elle voyait l'agresseur sur Anthea. Perdue dans son hallucination, Rage poussa un hurlement en essayant d'avancer. Ses forces revenaient, il était hors de question qu'elle laisse un monstre faire du mal à sa petite. Jamais! Elle hurlait, grognait, titubait, et la neige avait complètement disparu devant ses yeux. Elle revit l'ombre se jeter à nouveau sur une autre personne, encore. Mais dans son esprit blessé, la chimère voyait encore et toujours celle qu'elle devait protéger. Elle le vit soulever la silhouette féminine, frêle.
Et la fureur prit le dessus, enfin.
Elle bondit, passa par-dessus Cleo, heurta l'ombre de plein fouet pour l'écarter, l'éloigner de... De? Peu importe, elle devait l'éloigner, absolument. Il heurta les escaliers, elle tira Cleo en arrière, sans même être capable de distinguer avec certitude qui elle cherchait à protéger. Placée entre le second prédateur et les proies, Rage se jeta à nouveau sur l'ombre.
Une main qui saisit la gorge, le poids entier de la chimère pour plaquer l'ombre sur les marche, la seconde main, griffe en avant était prête à s'abattre quand...

Milesienne!
Sont-ce donc là tes humaines...?


Se reprendre la réalité dans la figure faisait à peu près l'effet d'une gifle. Son geste se figea, Les prunelles animales, avide de sang, se firent subitement plus distante. Le yacht, les humaines, l'île... Oui, voilà où elle en était. Elle jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule. Lynn, et Cleo. Deux humaines blessées, attaquées. Et l'agresseur là, à sa merci? Non, le combat pourrait encore durer. Elle n'était pas indemne. Rage secoua un instant la tête, mais si ses griffes s'abaissaient, elle ne lâchait pas prise pour autant.

"Tu n'as pas à poser de question, ombre... Ici, tu es la première menace. Alors dis-moi, devons-nous te laisser vivre?"

Etait-ce réellement une question? Les mâchoires serrées, elle laissait délibérément entrevoir ses crocs, son scepticisme. Il l'avait blessée, et rien que pour ça, elle devait se faire violence pour ne pas poursuivre le combat. C'était difficile de résister. Il sentait le sang, ce liquide si tentateur. Il avait agressé les humaines. S'en souciait-elle réellement? Elle ne savait même pas à vrai dire.
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Cleo Donovan
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MessageSujet: Re: Pour une entrée en matière, c'est une entrée en matière...   Ven 19 Juin - 16:31

Ca ne peut pas finir ainsi. Elle aimerait en être sûre tandis qu’elle se débat sous ce corps qui l’écrase. Elle garde en elle cette volonté farouche, celle qui pourrait la rendre folle à cet instant. Il n’y a plus que le regard de cette chose posé sur elle et elle le fixe droit dans les yeux. Elle n’est pas de taille, elle le sait tandis que ses mains le cognent, le griffent, sans pour autant le dissuader. Mais elle ne se laissera pas mourir en sanglotant. Un grognement rauque lui échappe tandis qu’elle se cambre, essayant de le frapper aussi fort qu’elle le peut, elle la pauvre masse de chair face à un Goliath au regard affamé. Dans un dernier sursaut, elle lui crache au visage, le regard furieux mais la vague la submerge alors, une gifle glacée qui la fait hoqueter. Ses mains tremblent un peu sur le corps de l’autre avant que ses ongles ne se plantent dans la chaire mise à nue. Elle écarquille les yeux, le teint pâle, le souffle précipité et le froid engourdit ses muscles jusqu’à la laisser pantelante sur le sol.

Cleo ignore ce que cette créature est entrain de lui faire, mais elle se sent partir, les yeux fixés sur un point invisible dans le ciel. Ce n'est pas la mort, c'est autre chose, un truc qui dégouline le long de sa colonne vertébrale comme un liquide poisseux, quelque chose de malsain. Il fait froid, si froid qu’elle tremble, qu’elle claque des dents. Mais ce n’est pas un froid d’hiver, ce n’est pas ce froid qui accompagne Noël et les batailles de boule de neige dans son quartier. C’est un froid malsain, un froid qu’elle cherche à fuir depuis tant d’années. Son cœur affolé tambourine des S.O.S dans sa poitrine et tout remonte alors, des petites angoisses à la plus grande terreur de sa vie. Tout, tout est là sur le bord de ses lèvres, et elle offre cela à l’autre avant que la nuit ne ferme ses yeux. C'est moins un évanouissement qu'une chute libre dans sa propre tête tandis que les dossiers s'ouvrent, tandis que l'autre fouille, à la recherche de sa survie.


Et soudain Michaëla Donovan lui fait face.

Parfois elle entend le rire de sa mère dans ses cauchemars.



La gorge nouée, Cleo la regarde et trouve qu’elle n’a pas changé. C’est toujours cette même femme de presque 40 ans avec ses yeux d’un bleu de glace. Elle reconnaît sans un sourire la moue pincée qu’arbore ses lèvres tandis que sa main reste crispée sur son verre de lait. Le fameux verre de lait. Le décors se met en place tout autour d’elles et c’est cette matinée là qui s’offre à son regard d’une manière épouvantable. Cela ne peut être qu’un rêve, mais malgré tout Cleo ne peut se sentir que petite et bien faible sous son regard. Par réflexe, elle relève la tête et tâche de garder une expression du visage assez neutre. Elle s’en fout bien que sa mère lui balance qu’elle a le regard vide, qu’elle n’est qu’une paresseuse incapable de bosser, qu’on ne pourra jamais rien tirer d’elle car elle n’a plus 14 ans mais bien 25. Sa mère ne le voit peut-être pas mais elle oui, et malgré sa peur maladive elle se redresse pour mieux la contempler, pour mieux parer l’attaque.

Car elle viendra, elle vient toujours, la critique, la petite pique qui avant faisait sourire son père. Puis il a comprit, et il a baissé les bras. Sans doute parce qu’ils les aimaient toutes les deux, parce qu’il ne pouvait pas concevoir un seul instant que sa propre femme soit aussi perfide envers sa fille, leur enfant, leur trésor, un bijou qu’ils avaient créé à deux pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, Cleo l’a connu sur les épaules de son père tout les 4 juillet. Le pire, c’est-ce qu’elle se prenait au coin de la gueule sans avoir rien fait pour le mériter. Ce matin là, elle s’en rappelle bien et avant que sa mère ne le fasse, Cleo sait qu’elle va boire une gorgée de son lait, toujours du lait, jamais de caféine car Michaëla Adams épouse Donovan ne le supporte pas, avant de se racler la gorge pour lui lancer un autre de ses regards perçant. Un regard qui signifie que ce matin, comme tout les autres matins jusqu’à ses 18 ans, Cleo va s’en prendre plein la gueule pour pas un rond.

Mais parce que c’est un rêve et que cela ne changera rien à la suite, la bijoutière choisit de se détourner, de contempler cette cuisine qui l’a vu grandir, et qui a même accueillie ses premiers pas en lui présentant les meubles en soutien un matin de février alors qu’elle n’avait qu’un an. La cuisine, le domaine de sa mère et Cleo a un pauvre sourire tandis qu’elle repense à ce que son père appelait « la manie de la dame ». Elle pouvait dans le noir éviter les chaises sans une once d’hésitation mais chaque matin, elle devait fouiller les placards pour retrouver les bols et ses céréales. La manie de la dame ou cette mauvaise habitude qu’avait prit sa mère de tout changer de place. Son père se fichait bien de lui demander où se trouvait telle et telle chose mais Cleo avait ce nœud au ventre quand elle se tournait vers elle pour lui poser la question. Et sa mère qui la regardait comme si elle n’était vraiment bonne à rien avant de lui pointer une vague direction.

Quand on a 7 ans, puis 14 ans, on ne comprend pas ou on ne veut pas comprendre mais quand on en a 25, on peut saisir toute la subtilité de cette coutume. Marquer son territoire était une chose, lui offrir le sentiment de n’être qu’une étrangère au sein de sa propre maison en était une autre. Est-ce que sa mère s’en rend compte au moins ? Qu’elle traite sa fille comme si elle n’était que de passage et qu’il fallait signifier à cette squatteuse de faire ses affaires au plus vite pour dégager. A 18 ans quand Cleo essaiera de partir, sa mère l’en empêchera en lui disant qu’elle doit s’occuper d’elle, que c’est son devoir de fille « au cas où elle l’aurait oublié ». Son devoir de fille, Cleo s’est assise dessus le jour où elle a comprit que sa mère serait avant tout une ennemie à ignorer quotidiennement pour mieux survivre. Pourquoi ? Même adulte, même dans ce rêve elle se le demande et finit par baisser les bras et s’apprête à nouveau à entendre la voix de sa mère. Il est 7h33.

Peut-être est-elle heureuse sans moi,
se dit-elle avec un calme étrange.

C’est une belle journée pourtant dans ce quartier résidentiel américain. Il y a quelques drapeaux sur les porches qui claquent dans le petit vent frais. C’est la fin des grosses chaleurs, l’automne commence à s’installer. Le mois d’octobre fait chuter les feuilles des arbres et l’école n’ouvrira ses portes que dans une demi-heure. 14 ans, cela lui semble si loin. Les cheveux plus longs, la taille plus fine, des fringues un peu plus usées. Elle a ses vieilles converses qu’elle a porté pendant 3 ans avant que la voisine ne fasse remarquer à sa mère que Cleo aurait besoin de quelques vêtements histoire de ne pas passer pour une va-nu-pied. Et Michaëla qui trouvera encore à redire, s’exclamant qu’elle ne fait jamais attention à ses affaires, que c’est un trou financier. Tellement de belles journées… Tellement de souvenirs mais la voix de sa mère vient toujours tout gâcher. Claquant comme une balle.

Et Cleo récite à mi-voix.

- Ton père s’est fait sauter le caisson pour un petit garçon alors qu’il avait sa fille sous ses yeux… tu vois il ne t’aimait pas tant que ça…


Quand elle relève la tête, elle croise encore ce regard avide de réponse, cette attente dans les yeux de sa mère. Oui, elle veut qu’elle réagisse mais Cleo l’observe simplement. Même à 25 ans, on ressent toute la malveillance dans ces paroles et elle se contente d’avoir mal pendant quelques secondes. Cela fait un mois que son père est mort mais pas une seule fois Michaëla n’a cherché à l’enlacer, à la consoler. Cleo a tenté une fois, en la voyant avachie sur une chaise, un verre de whisky dans une main et la bouche béante d’une stupide incompréhension. Une seule fois avant que sa mère ne l’a rabroue en lui sifflant à l’oreille, à la manière d'un cobra qui se cabre, de dégager. Et maintenant ça. Ce n’est qu’un rêve, et elle pourrait bien lui dire d’aller se faire foutre, mais à 25 ans on n’a pas le même regard d’une adolescente ignorante qui se demande encore pourquoi son père s’est tiré une balle. Personne n’a cherché à lui expliquer, et tout ce qu’elle a ce sont ces morsures, les attaques de sa mère.

Dans les yeux de Michaëla, derrière la cruelle avidité, il y a une tristesse insoutenable. Cette même tristesse qui ce soir là s’est clairement affichée dans sa posture. Elle peut bien l’attaquer dans ce rêve maudit, dans ce souvenir en putréfaction. Cleo ne pleurera pas, pas encore, elle attendra d’être dans la rue, comme ce matin là. Elle ne lui dira pas d’aller se faire foutre. Cleo se contente juste de la regarder avant de soupirer, un si doux soupir. Elle fait racler la chaise sur le sol d’une manière que sa mère déteste mais elle ne lui laisse pas le temps de lui balancer une remarque. Elle s’approche, laisse la terreur lui donner des crampes au ventre, mais finit par l’enlacer. C’est un corps d’adolescente qui change entre les bras de sa mère et inconsciemment elle trouve le creux de son épaule. C’est sa mère, celle qui lui a donné le jour et elle peut bien la craindre, elle peut bien la fuir, elle ne pourra jamais la haïr, même si parfois elle le pense si fort qu’elle est prête à le croire.

- Il me manque à moi aussi…


Elle se sent soulevée de terre quand sa mère baisse les bras, repose le verre de lait sur l’évier. Une seconde, elle se dit que ça y est, qu’elles pourront peut-être faire quelque chose toutes les deux, ensemble. Ce mot lui arrache un sourire et elle la serre si fort contre elle qu’elle pourrait la blesser par mégarde. Maman, ma maman, murmure-t-elle doucement dans sa tête, éprouvant les mots comme si elle les prononçait pour la première fois. Elle a à la fois 14 ans, 25 ans et un an dans ses bras alors qu’elle espère que peut-être, la main qui vient de reposer le verre de lait viendra se perdre dans ses cheveux pour une douce caresse. Sa mère ne l’a jamais fait mais il n’est jamais trop tard pour apprendre la douceur. Cleo regrette maintenant de ne pas avoir trouvé ces mots ce jour là, de ne pas avoir vu au fond de ses yeux cette simple douleur perdue. Peu importe que sa mère semble la détester et fasse tout pour que Cleo la fuit, elle reste une femme qui vient de perdre son mari.

Elle peut peut-être bien lui en vouloir d’avoir attiré son attention toutes ces années mais face à sa perte, elles demeurent étrangement semblables. Enlace moi maman et oublions… Je saurais quoi te dire à présent quand tu essaieras de me faire mal pour oublier ta propre douleur. Les larmes que tu as voulu m’arracher ce matin là c’était les tiennes, celles que tu n’as osé montrer à personne ne peur que l’on ne te croit pas. Tout le monde savait à quel point tu l’aimais même si les voisins médisent sur ton compte, même si les collègues de papa ne cessaient de le plaindre en silence. Tu n’es pas une méchante femme, tu es juste une amoureuse et tu sais maman, je n’ai jamais eu l’occasion de te présenter Matthew… Car elle est une jeune femme amoureuse et soudain elle entend à nouveau sa voix qui lui donne rendez vous, 20h ce soir, tenue correcte exigée. Son geste vague avant de partir, ses pensées tournées vers la boutique et elle oublie son espoir fatigué d’un mariage.

Et puis soudain il n’y a plus que ce cri, ce hurlement de bête. Il ne vient pas de sa mère mais c’est elle soudain qui la repousse avec une rare violence, une force que Cleo ne lui soupçonnait pas. Elle écarquille les yeux, le souffle coupé, et tâche de comprendre. Mais finalement, elle ne pourra jamais la comprendre. Le passé et le présent s’entremêlent quand sous ses yeux sa mère se fait bête, les crocs jaillissent, ses ongles manucurés se changeant en griffes acérés. Dans son regard brille un désir de vengeance, une envie de meurtre qui la glace. C’est sa mère mais c’est aussi Rage, c’est une chimère, un monstre de placard, un loup garou qui s’avance d’une démarche lourde, la robe qu’elle porte se déchirant tandis que les muscles de sa mère apparaissent. Dans un sinistre craquement, son visage humain se change en une caricature de bête et ses yeux se font rouge, rouge sang. Cleo veut sortir de ce rêve mais se contente de hurler quand sa mère se jette sur elle.

Elle lui attrape le bras et Cleo se débat, essayant de la repousser sans pour autant la frapper. Elle ne peut pas, même si le faciès n’a plus rien à voir avec celle qui l’a élevé tant bien que mal, surtout mal. Mais son bras soudain est tiré en avant et elle chancelle tandis que son épaule se déboîte. La douleur la submerge et la cuisine familière disparaît, avec sa fenêtre d’où lui parviennent les sons de la rue, les moteurs des voitures qui passent lentement dans le quartier. Il n’y a plus de rayons encore chaud du soleil sur les carreaux verts de la cuisine. Plus d’odeur de cire et ses mains sagement posées sur la table en bois. Plus de bol de lait avec les céréales Kristy Crap qu’elle finira par acheter avec le peu de monnaie piquée à sa mère quand cette dernière la trouvera trop grande pour manger « ces conneries ». Il n’y a plus la vieille horloge hibou qui avance de dix minutes, ni même la photo de son père accrochée sur le mur.

Elle se réveille enfin, malgré le froid et la douleur qui laisse son corps épuisé sur les marches du yacht tandis que la bête se relève, un peu étourdie. Cleo ignore ce qui vient de se passer, mais à travers ses paupières à demi closes elle reconnaît là un humain et non un monstre, malgré la chevelure abondante et sa barbe. Un homme adulte aux muscles apparent qui est blessé et dans son dos Rage se prépare à une nouvelle attaque. Ses jambes fourmillent d’épuisement mais Cleo trouve la force de se relever, croisant alors le regard de Lynn qui demeure là, à observer la scène comme si elle ne comprenait pas vraiment ce qui se passait. Elle n’a pas toute sa tête, c’est-ce qui lui revient amèrement et elle crie son nom pour lui dire de s’éloigner avant que Rage ne l’attrape par le bras droit, évitant ainsi celui qui est blessé. Elle a mal mais ne pense qu’à la rousse tandis que cette dernière heurte le mur, mise à l’écart par la chimère qui se jette à nouveau sur l’assaillant.

- Lynn vas-t-en !!!!


La bijoutière s’effondre sur le sol, incapable de tenir debout mais tâche de ramper hors de porter des coups qui peuvent de nouveau la faucher. Elle contemple le spectacle effroyable avec une fascination des plus morbides, essayant de se soustraire à cette vision pour ne pas douter de Rage si l’autre reprend assez de force pour la repousse et parer ses coups. Elle ignore qui sera le vainqueur mais si ce n’est pas Rage alors elle pourra toujours ramper aussi loin que possible, l’autre la rattrapera pour terminer son œuvre, pour la mettre en pièces. Elle espère que Lynn l’ait écouté, incapable de la repérer dans ce brouillard de mouches qui l’aveuglent. Elle ne doit pas s’évanouir et se cogne vivement la tête contre la coursive pour se remettre les idées en place. Glissant sur le sol en direction de l’autre sortie, elle sanglote nerveusement. Même si elle est sortie du souvenir, elle sait que le cauchemar ne fait que commencer pour elle.

Mais elle doit survivre, pour aider Lynn et se sauver elle-même.
Elle doit croire en cette infime chance qu’elle possède encore et ne pas baisser les bras.


Dernière édition par Cleo Donovan le Sam 20 Juin - 19:36, édité 1 fois
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Lynn Lenra
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MessageSujet: Re: Pour une entrée en matière, c'est une entrée en matière...   Sam 20 Juin - 10:09

Lynn n'avait cessé de fixer l'assaillant un instant, elle n'avait pas cillé d'un poil sachant que cela pourrait être fatal. Elle n'avait aucun droit de fermer les yeux car elle ressentait que si ceci arrivait c'en était finit, il ne fallait surtout pas fermer les yeux, quitte à en pleuré, elle ne relâcherait pas son regard qui indéniablement restait scotché à ceux de l'intrus.
Tandis qu'elle restait là, impassible et étrangement sereine, lui semblait fulminer, rien qu'à la voir. Serait-ce un taureau pour s'acharner tant que çà sur les jeunes rousses, fallait-il un toréador pour l'arrêter? Il semblait s'enrager rien qu'à voir la dingue qui lui faisait face, il n'était pas aussi hargneux lorsqu'il attaquait l'autre. Peut-être, par un quelconque moyen, avait-il détecté l'odeur de la folie, peu-être était-ce çà la clé d'un tel emportement?

Cléo, inerte pendant lamentablement par le bras qu'il soulevait sans peine, ses cheveux cachaient son visage pendant vers le sol. Poupée de chiffon désarticulée à la crinière rouge. A nouveau l'imagination donna une autre dimension à cette image, imaginant le reflet du miroir à sa place et ce ne fut pas effrayant le moins du monde, non. Imaginer que le reflet qu'elle voyait chaque jour était en train de mourir à petit feu, voir ce reflet ignoble dans cette posture, fit qu'elle se décrispa encore plus qu'avant, si c'était possible.
Sereine à en pâlir un bonze de jalousie.

Bom.........bom...


Elle changea de centre d'attention, remontant de la crinière rouge le long du bras, pour revenir aux yeux du prédateur qui voulait la punir, son regard en était la preuve.
La punir de quoi? Elle n'avait rien fait et n'imagina pas que c'en fut la vraie raison.

Je vais t'apprendre à ...

Apprendre?
Un instant elle fut curieuse d'apprendre ce qu'il voulait lui enseigner.
L'instant suivant Rage avec entaillé profondément le dos de ce qui semblait être un homme, pâle mais pour Lynn, un homme. Rage, victime de son illusion écumait de hargne que l'on ai touché à quelque chose qui lui semblait d'une importance cruciale. Il s'écrasa sur les marches que l'inconsciente avait emprunté plus tôt, Inconsciente, elle l'était! Elle ne se rendait absolument pas compte de tout ce qui se jouait là sous ces yeux. Mais, si elle avait su que sa vie était en jeu, aurait-ce réellement changé quelque chose? Pour le savoir il faudrait qu'elle réalise enfin.
Sa chute fit un boucan qui horripilant les oreilles de Lynn, c'est comme si au début la scène était trop irréelle, qu'en tant que spectatrice elle était dans une bulle insonorisé, mais là! Chaque mouvement faisait un bruit qui se répercutait contre les parois de l'étroit couloir. Rage étant dans une colère telle qu'elle grognait et expulsait l'air dans de bruyants et menaçants soupirs. Cléo se mit à parler seule de père, d'une voix ténue mais quand même une voix, l'homme se relevait et semblait toujours pas calmé.
Ces sons avaient atteint Lynn qui sans raison, sentit son cœur battre plus rapidement.

Bobom........Bobom...


Rage l'attrapa et la balança violemment derrière elle, elle alla s'écraser contre le mur qui lui écrasa le visage. Le choc lui coupa le souffle un instant, appuyée contre le mur, le front pressé sur le bois, elle haleta un moment pour reprendre haleine.

Bobom Bobom!


Elle se reprochait bien une choses qui lui fit encore plus effet que l’émersion qu’elle avait éprouvée plus tôt : elle avait fermé les yeux. Oui, prise au dépourvut par la poigne de Rage, elle avait fermé les yeux, pur réflexe. Savoir qu’elle avait ainsi risqué de se perdre dans le néant absolu la fit frissonné, si Rage ne l’avais mise à l’écart elle savait qu’ayant fermé les yeux elle n’aurait même pas vu sa propre mort arriver. Cette optique sembla exciter encore plus son rythme cardiaque qui ne faisait qu’accélérer depuis quelques secondes.

Bobom!Bobom!

Les coups répétés à sa poitrine se répercutait dans ses tempes et ses mains tremblèrent légèrement, Cléo lui somma de s’enfuir, nuisance sonore de plus venant s’ajouter aux fracas de batailles qui résonnaient dans ce couloir, chaque son semblait consistant et écrasait Lynn contre son mur, haletante, étouffée. Une douleur qu’elle ne connaissait que trop bien vint élancer son crâne, le premier geste fut de presser ses mains sur son visage exorbité, griffant presque son front car cette douleur la crispait de toutes parts. Une migraine atroce prit possession de sa tête et du peu de logique qui lui restait, elle ne pensait plus qu’à une seule chose en cet instant, fuir, courir à toute jambes, loin… loin et ne plus entendre, chaque sonorité, même infime ne faisait que lui enfoncer un pieux dans la tête, elle souffrait, chaque mot échangé venait ajouter à cette souffrance. Elle se serait écraser la tête contre le mur si cela aurait suffit à arrêter la douleur.
Un goût de rouille et de fer lui chatouilla à l’entrée des lèvres, elle reprit un peu de ses esprits sans pour autant échapper à son état de panique, cette migraine la rendait folle. Elle sortit son visage de ses mains, trop intriguée par ce goût de fer.
Ses mains…
Elles étaient pleines de sang ! Elle ouvrit grand les yeux de cette découverte qui la désarçonna, elle aussi bien que sa migraine qui se dissipa sans qu’elle y prête attention. C’était son nez qui avait commencer à saigner après s’être cogné à la parois du corridor. Elle n’avait rien fait. Son souffle lui revint tandis qu’elle s’étonnait de ces mains rouges de sang. Son souffle restait rapide mais l’air ne lui manquait plus, elle se tourna vers les trois autres, trop éberlué de ce qu’elle avait constaté pour réfléchir encore au danger qui lui avait valu ce début de crise. Elle ne s’était pas blessée elle-même, et elle saignait…
Elle était désarçonnée.
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Llugh
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MessageSujet: Re: Pour une entrée en matière, c'est une entrée en matière...   Lun 13 Juil - 11:45

"Tu n'as pas à poser de question, ombre... Ici, tu es la première menace. Alors dis-moi, devons-nous te laisser vivre?"

Vivre...?

L'ombre esquissa un sourire qui se transforma en un rire malsain.
Vivre... Voilà une pensée qui ne l'avait effleuré depuis des lustres. Il ne respirait pas, son cœur ne battait plus, et il demeurait aussi froid que la mort en personne. Il avait finit par se considérer comme faisant partie de la vallée, un jouet, une marionnette qu'elle pourrait brûler quand bon lui semblerait. De ses fils elle le dirigeait, de ses chaînes elle se l'appropriait. Et loin de pouvoir s'échapper de son emprise, il avait beau chercher mais ne voyait pas ce qui encore pouvait le définir comme "vivant".

Le choix appartient à ceux qui peuvent encore espérer.


La décision de vivre ne lui appartenait plus.
Rien ne lui aurait rendu un tant soit peu de chaleur... Si ce n'est la Peur...
Car quand ses ongles carmins vous arrachent un cri ou des lambeaux de chair, la grande dame vous insuffle un semblant de vie. Sa voix rugissante est la seule qui puisse vous sortir de votre torpeur, son chant funéraire est une promesse que vous ne sauriez envisager...
La Mort (l'absolution?) est à désirer comme l'on désire un rêve, c'est le manque en lui même qui est important. Frôler sa peau de marbre reste pour certains le dernier recours pour se sentir en vie. Alors imaginez un instant pouvoir vous rapproprier la terreur que vous inspirez...


Parler lui était difficile en cette position, mais les choses prenaient une direction inattendue, il devait saisir l'opportunité tant qu'il avait le vent en poupe.
Donc après avoir hésité un instant quand à la réponse à offrir à la chimère, et sentant son désir de prédateur lui renifler au visage, il lui offrit son cou en souriant.

Le choix reste visiblement tien. Mais est-ce vraiment la crainte qui te pousserait à m'égorger...? Dit-il en faisant glisser délicatement du bout de ses doigts quelques traînée rouges le long du bras caramel inquisiteur.

Mortes, vous ne me seriez d'aucune utilité. Et d'après ce que je vois, la seule créature apte à tuer vient de blesser deux humaines et me tiens en son joug. Je ne suis pas sûr d'être la plus grande menace pour les gens qui m'entourent. Peux-tu en dire autant?

D'une certaine manière l'albescent absorbait les souvenirs avec le reste. Il prenait les sentiments les plus intenses, comme la peur, ainsi que tout ce qui s'y rapportait. Mais dire qu'il comprenait réellement ce qu'il partageait avec ses proies serait incorrect, il s'agissait plus d'une sensation, d'un manque ou d'une douleur profonde. Et tenter de jouer avec les démons d'une chimère n'était pas sans risques. Il lui sentait une certaine culpabilité envers sa protégée (quelle qu'elle fût), et il n'y avait qu'un pas pour qu'elle se transforme en colère.
Il profita de l'occasion pour se soustraire à son emprise en se dématérialisant et en passant à travers les marches d'escalier. S'il avait repris suffisamment de forces pour y parvenir, cet anéantissement lui était devenu pénible, comme si tout son être gémissait en disparaissant. Il refit surface à quelques pas de là, déboussolé, et tenta de ne rien en faire paraître. Il semble que la vallée n'apprécie pas que l'on transgresse ses règles, et elle risquait de le lui faire payer encore longtemps.


Pour éviter toute confusion et montrer ses intentions momentanément pacifistes, l'ombre fit un signe d'apaisement envers la chimère.

Techniquement tu n'as rien à craindre de moi désormais. J'étais affamé et tu étais tout simplement là. Ce que je veux de toi n'implique rien que tu doive appréhender, et tant que tu garderas ton agressivité pour toi tu n'auras pas à me considérer comme une menace.
Il chuchota, et de toi à moi... Depuis quand ne t'es-tu pas autant divertie...?

L'arrogance et l'inconscience sont deux sœurs siamoises.


Maintenant, reste à connaître tes intentions véritables...


Il jeta furtivement un coup d'œil vers les deux rouquines et les détailla, ce qu'il n'avait pas encore eut le loisir de faire. Il les trouvait exquises et se demanda si elle ne souhaitait les garder que pour elle seule.

Je suis à vrai dire surpris de vous voir liés à une chimère. Du moins... Étonné serait plus approprié, puisque c'est plutôt vous qui eurent l'air surprises.

Il observa l'humaine qu'il avait plaqué au sol un peu plus tôt et lui sourit. L'effort qu'il dû faire pour ne pas s'approcher d'elle et lui soutirer un hoquet de frayeur fut immense, mais il savait ce qu'il voulait et ne devait pas tout gâcher.

Rester "en vie" me semble aussi judicieux...


Quelle chance en fin de compte de pouvoir se fier à quelqu'un qui peut te protéger. Du moins... ajouta-t-il, perplexe, en observant son épaule meurtrie. Une vraie mère, n'est-ce pas...?
Il laissa planer un doute quand à la signification de ses propos.
Mais rassure toi, je suis loin d'égaler les gerçures qui te meurtrissent ; d'entre toi et moi, je ne suis pas sûr d'être celui que tu doive craindre, humaine.

La chute vertigineuse qu'elle lui offrit lorsqu'il l'avait agressée était sans équivoque. Telle une bansidh (et c'était dire s'il en avait connue une), sa plainte silencieuse était alourdie par des souvenirs froids et ce passé la recouvrait comme des neiges éternelles, ce qui lui attira une étrange compassion. Mais Llugh étant ce qu'il est, il l'exprima comme une ombre, c'est à dire avec amertume, cruauté et cynisme.


S'étant rapproché de la seconde humaine, celle à laquelle il n'avait pas encore goûté, il prit la peine de préciser :

Ne vous inquiétez pas, je ne vous ferez rien dont vous n'ayez profondément envie. Mais si à tout hasard une âme perdue s'offre à moi, je puis vous assurer que cela peut se passer sans anicroche. A des lieux de ce que vous venez de vivre. Car la plénitude de l'absolution est destinée à ceux qui s'offrent aux miens de leur plein gré.

A nouveau il dégaina la lame de son sourire.

Je sais me montrer particulièrement doux...

Il plongea ses yeux ambrés dans ceux de l'ingénue qui exhalait un parfum de perdition des lustres à la ronde.

Petit chaperon rouge, pour entrer dans les ténèbres, il faut accepter la nuit.

Il lui caressa tendrement une mèche de cheveux aux couleurs d'automne, de la couleur des feuilles mortes.
Puis l'ombre lui prit ses mains écarlates et les porta à ses lèvres, bien que le sang n'ai aucune saveur à ses yeux la signification du geste ne pouvait lui échapper.

Il faut accepter de perdre aussi...

La nuit tombant tout autour, le loup revêtit son doux pelage blanc et chantonna pour elle seule :

Un, deux, trois... Nous irons au bois...

_________________


Ce que je suis je ne dois montrer -
Ce que je suis tu ne peux savoir -
Quelque chose entre Enfer et Ciel -
Quelque chose qui ne se dressa ni ne chut -
Quelque chose qui par ta ruse ou volonté
Peut te faire du bien - Peut te faire du mal.


Sir Walter Scott
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Rage
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MessageSujet: Re: Pour une entrée en matière, c'est une entrée en matière...   Mar 14 Juil - 0:49

Il riait... Pitoyable cadavre. Tenait-il si peu que ça à son existence? Il y avait suffisamment tenu pour s'en prendre à des humaines. Une volonté d'exister malgré tout. S'il voulait jouer avec ça, elle pouvait tout aussi bien lui arracher la gorge. Oui, c'était une bonne option. Une idée très séduisante. Et il jouait sur les mots. La crainte? Non. Elle ne s'en cachait pas. C'était la haine. Et aussi l'esprit de concurrence qui lui insufflait cette irrésistible envie d'en finir, là, maintenant. Les autres n'y émettront pas d'objection. Quand sa vie est en jeu, l'être humain se transforme en un monstre aussi sauvage qu'aveugle. Un peu comme une chimère au final. Mais s'il voulait la mettre mal à l'aise par cette première question, c'était raté. Elle ne cachait pas sa hargne. Elle se contentait de la maîtriser quand ça l'arrangeait

Quant à ses paroles mesquines... Voulait-il provoquer un sentiment de culpabilité? Ces humaines n'étaient rien pour elle. Juste des proies potentielles, des aides pour survivre, sans plus. Il n'y avait aucun lien moral, rien qui puisse la pousser à les protéger dans un but altruiste. Aucune pitié ni compassion. Elle se fichait pas mal de les avoir blessée. En revanche, elle savait très bien que les blessures physiques leur causeraient moins de peine que ce qu'il venait de leur faire subir. L'un dans l'autre, Rage s'en sortait très bien.

"Ne te méprend pas, Ombre. Je n'ai rien d'un bon samaritain. Et leurs blessures ne sont que e faibles dommages collatéraux. Tu es un danger pour elle, alors ne me fait pas croire que dans ta grandeur d'âme, tu ne voulais pas les tuer. JE ne t'ai pas laisser en tuer une. La nuance est faible, mais présente."

Il avait peut-être effleuré les sentiments de Rage, mais il se trompait lourdement sur leur cause exact. Le remord d'avoir fait du mal malgré elle? Oh non. Jamais elle n'avait sérieusement fait du mal. Jamais sa brutalité ne lui avait causé la plus petite once de regret. Bien au contraire. Ce qu'elle redoutait, c'était l'hésitation à payer le prix nécessaire pour avoir ce qu'elle voulait. C'était là, que ses doigts se resserraient irrésistiblement sur la gorge de l'Ombre. Et là qu'il eut la brillante idée de s'éclipser, fondant à travers les marches que, par dépit, Rage frappa de son poing libre, faisant craquer le bois sous son coup. Elle se redressa brusquement, griffes toujours sorties, alors que l'ennemi du moment se permettait de réapparaître. Il voulait jouer? Allons donc. Lui, pas menaçant? Il était le seul venu troubler l'ordre,

"Et qu'as-tu à dire pour la chimère que tu as jeté par-dessus bord? Tu te trompes lourdement sur moi, Ombre."

Elle crachait ce dernier mot, comme uns insulte. Comme s'il n'était qu'un animal plus vil encore que la chimère.

"Ton orgueil t'aveugle. Mes intentions? Si seulement tu pouvais ne serait-ce que les imaginer, toi qui ne sait même pas exploiter ton pouvoir jusqu'à trouver une juste interprétation..."

Un rictus méprisant souleva ses lèvres, dévoila les crocs. Il pouvait très bien détourner la conversation, jouer sur la nature de Rage. Les demoiselles fraîchement arrivées ignoraient passablement de choses sur le monde qui les entourait à présent. Chimère... Un nom abstrait pour qui n'avait pas encore idée de toute l'espèce qui se trouvait derrière ce simple mot. Et il se prenait pour l'artiste sur scène, parlant avec cynisme, essayant d'arrondir les ongles. Une tentative qui portera ses fruits. Les humains sont si... Faibles d'esprit. Mais Rage, elle... Elle n'y voyait qu'un serpent tentant de relancer la tentation. Peine perdue pour la chimère.
A quoi jouait-il alors qu'il s'approchait de Lynn? A se faire passer pur l'ami de la folle? Il eut à peine le temps de fredonner qu'elle le trouvait décidément trop proche de l'humaine. Les griffes de la chimère se refermèrent sur le col, le vêtement, la nuque même s'il le fallait, pour le tirer en arrière.

"Bas les pattes... Si tu veux jouer la sérénade, aies au moins la décence de le faire quand il n'y aura personne pour vouloir te trancher la gorge dans les parages. Je connais assez bien les ombres pour savoir que leur venin se distribue aussi bien dans les gestes que dans les mots."
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Cleo Donovan
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MessageSujet: Re: Pour une entrée en matière, c'est une entrée en matière...   Jeu 16 Juil - 19:00

La douleur de son épaule était tout bonnement insupportable. Effondrée au sol, la tête appuyée contre le mur, Cleo priait en silence pour qu’elle soit tout simplement déboîtée et non pas brisée. Il lui avait semblé que Rage, au vu de son comportement envers Cold, possédait quelques notions de secourisme qui lui seraient bien utiles dès qu’elle aurait finit sa petite conversation avec l’ombre. La jeune femme ne comprenait pas pourquoi la féline prenait son temps avec cette créature démoniaque qui les avait attaqué. Merde enfin ! Cette dernière avait tout de même cherché à les bouffer ! Il ne s’était même pas servit de ses dents mais… d’autre chose. De ses yeux ou de son souffle, de quelque chose qui était entré en elle et qui avait tout fouillé. Cleo ne rêvait que de le voir mort et elle tourna la tête pour observer la scène, priant pour que Rage en finisse en plus vite.

Même elle n’avait pas été épargné par le pouvoir étrange que l’homme barbu semblait posséder.

Mais était-ce bien un homme, un monstre ? La rousse n’arrivait pas à se décider. C’était un ennemi et il fallait s’en débarrasser. Ce point là au moins était clair dans sa pauvre tête malmenée. Elle renifla, essaya vainement de se relever, grognant sous l’effort. A deux pas d’elle, Lynn se tenait immobile et contemplait ses mains avec effarement. La folle avait sans doute du heurter la coursive du yacht avec un peu trop de violence car sa bouche et son menton était couvert de sang. Cleo mit un instant à comprendre que cela venait de son nez mais elle ne sut si ce dernier était cassé. La bijoutière pu enfin se remettre sur pieds et elle s’approcha avec lenteur de la jeune fille. Il ne fallait pas qu’elle déclenche une crise en étant trop brusque et elle évita stratégiquement de poser une main rassurante sur son épaule, préférant attirer son attention avec la voix.

- Viens Lynn. Il faut qu’on sorte d’ici…


Cleo ignorait si cette fois ci la petite allait l’écouter mais il n’était pas question de la laisser ici en compagnie de ces deux dingos. Aux yeux de Cleo, ils étaient tout deux capables de les tuer mais elle ne se décidait pas à intervenir dans leur petit concours pour leur faire remarquer que ce n’était sans doute pas le moment de dialoguer. Qu’importe le vainqueur tant que ses propres fesses étaient en sûreté et après une hésitation, elle se décida à reculer d’un pas, incitant ainsi Lynn à la suivre. Si les deux créatures commençaient à pactiser pour décider à quelle sauce elles allaient être mangées, Cleo doutait fortement de ses chances de survie. Là, elles avaient encore la possibilité de se tirer et de les laisser s’entretuer.

Si Rage n’était pas un bon Samaritain, elle n’était pas Saint Thomas. Pas besoin de le voir pour croire au danger potentiel que ces deux là représentaient. Même si la féline avait tenté courageusement de les défendre. Avec pour résultat une épaule déboitée et un nez en sang. Ah oui, belle tentative, vraiment. Si Cleo avait pu, elle l’aurait applaudit. Néanmoins, la question de Rage la surprit quelque peu. Ainsi l’ombre, qu’importe ce que ce terme signifiait dans ce pays, avait jeté Cold par-dessus bord. A un autre moment, Cleo aurait sans doute sourit, et peut-être même qu’elle aurait remercié le prédateur de ce petit service. Bien fait pour l’espèce de cachet d’aspirine qui s’était sans doute noyé, ça lui apprendrait de jouer au con.

Un autre pas en arrière et Cleo s’arrêta net. Le truc indéfinie et poilu venait de se tourner vers les deux humains pour les prendre à partie. Pas bon pas bon.

- Liées est un grand mot. On s’est retrouvé embarquées dans la même galère.


C’était une phrase à double tranchant. Si Rage était ennemi pour cette bestiole là, Cleo ne voulait certainement pas être cataloguée comme une potentielle amie. Ca pourrait sans doute lui faire gagner quelques petites secondes de survie. Mais ainsi, elle signifiait à l’ombre que la Chimère ne tenait pas spécialement aux deux humaines. Un casse croûte mit de côté, bon Okay. Les tuer pour la faire souffrir ne servirait donc à rien. Une faiblesse en moins pour Rage. Cleo s’en voulait d’agir ainsi, surtout que sa petite manipulation était assez merdique pour n’être finalement qu’un mauvais calcul. Mais quand on a une épaule en miette et le corps à deux doigts de s’effondrer pour récupérer un peu à sa manière, on évite de trop réfléchir. Seulement, le simple fait qu’elle lui réponde attira définitivement son attention. Et dire que d’habitude elle avait plutôt tendance à se la boucler histoire de ne pas envenimer les choses.

« Une vraie mère, n'est-ce pas...? »


Cleo se mordit violemment les lèvres.

- Je ne sais pas ce que tu as vu dans ma tête… ni même comment tu as fais.

A la manière d'un souffle, ou juste ses yeux comme deux mains qui fouillent, qui ne cessent d'ouvrir les vieux dossiers. Vas-y, raconte moi tout. Cleo frissonna sans pouvoir s'en empêcher, écœurée. Heureusement, sa colère à cet instant était bien plus forte que son malaise. Et elle continua d'une voix devenue rauque.

- Mais si tu crois que tu peux m‘avoir en me parlant de ma chère maman, alors tu te trompes lourdement, fils de pute.

Que croyait-il ? Qu’elle s’était placée sous la protection de Rage en cherchant à retrouver l’amour et le confort qu’offrait une véritable famille ? Même si elle s’était promit de veiller sur Lynn, Cleo avait bien comprit qu’ici c’était chacun pour soi. Pour Rage, elle n’était qu’un garde manger. Pour Cleo, la chimère représentait une chance de survie. Rester à ses côtés lui permettraient d’en apprendre un peu plus sur ce monde. Elle commençait tout juste à accepter le fait qu’elle ne soit pas dans le même monde de Matthew, mais cela ne l’empêcherait pas de tout faire pour rentrer chez elle. Cleo devait se marier et avoir un enfant. Lui, il n’avait rien. La bijoutière se foutait bien de ses paroles mielleuses et en simple réponse, elle se racla la gorge pour lui cracher au visage.

- Va te faire foutre.


Cet abruti avait manqué la crise d’adolescence pour essayer de les monter les unes contre les autres d’une manière aussi pathétique. Cleo lui tint tête le plus fièrement qu’elle put mais son cœur rata un battement quand la créature se détourna pour se rapprocher de Lynn, toujours immobile. La première phrase l’alerta, même si la signification était doute bien différente de celle que la rousse était entrain d’imaginer, et elle s’approcha de nouveau, le front luisant d’une sueur âcre. Elle était terrifiée.

- Ne la touches pas !


Qui sait ce que cela allait déclencher chez la petite. Malheureusement, l’ombre ne l’écouta pas et se contenta d’effleurer du bout des doigts ses longs cheveux si semblables aux siens tout en continuant de murmurer d’une voix charmeuse. Cleo se figea soudain quand il se saisit des mains ensanglantées de la tarée pour les embrasser, goûtant du bout des lèvres la saveur de son propre sang. Les yeux écarquillés, elle se tourna vers Rage, la suppliant en silence d’agir. La bijoutière ne pouvait rien faire face à un monstre deux fois plus haut et deux fois plus large qu’elle. Si seulement elle avait pu disposer d’une arme à feu plutôt que d’une stupide hache abandonnée à terre qu’elle devait maîtriser avec ses deux mains.

Obéissant ou pas à son regard, Rage se contenta d’avancer, plantant ses griffes dans son vêtement pour le faire reculer. Aussitôt, Cleo se précipita vers Lynn, se plaçant devant elle d’une manière risible. Cela n’empêcherait sans doute pas l’ombre de l’attaquer à nouveau, voire même pas du tout. Et ça ferait mal. Elle n’était pas capable de sacrifier sa vie pour sauver celle d’une inconnue mais tenterait jusqu’à la fin de la protéger, dut elle se prendre l’ombre en pleine face. Instinctivement, elle su que le danger désormais se tenait plutôt derrière elle, à la manière d’une bombe à retardement. Nerveusement, elle tourna la tête pour contempler le visage de Lynn. Tic tac tic tac. Pour un peu, elle en aurait tremblé.
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Lynn Lenra
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MessageSujet: Re: Pour une entrée en matière, c'est une entrée en matière...   Sam 1 Aoû - 1:08

Lynn ne prêtait aucune attention à tout ce qui se déroulait autour, les répliques cinglantes échangées entre Ombre et Chimère ne parvenaient pas à ses oreilles. Celles-ci étaient obstruées par un silence forcé, du genre pas du tout de ceux dont on peu profiter, du genre de ceux qui oppresse. Il se resserre petit à petit jusqu'à vous englober complètement et vous finissez seuls, coincés à jamais. Le cœur emprisonné dans une toute petite boite qui l'empêche même de battre.
Ces silences qui vous tuent à petit feu.

Ceux-là auquel Lynn était souvent soumise.

Mais elle est tellement loin, toujours perdues dans un vide sans fin que cet emprisonnement est sans grand effet. La petite tarée sans le vouloir anime le désir d’un monstre. Mais Désirée reste immergée par le vide de sa pensée alors qu'un regard avide échafaude sa chute prochaine. Trop lointaine elle ne capte aucun son de l'échange, jusqu'à ce qu'une voix, assez proche pour être faiblement perçue, s'élève. Cléo s’était rapprochée et s’adressait à la jeune tarée qui sortie doucement de son effarement. L’autre rouquine avait eu raison de ne pas la toucher et malgré toute la douceur de son ton Lynn tourna lentement son regard vide vers elle en gardant son silence.

Viens Lynn. Il faut qu’on sorte d’ici…

Tout ces sons alignés les uns après les autres avaient difficile à parvenir jusqu’à la conscience de l’autre, mais une fois qu’ils eurent atteint leur destination ils résonnèrent sans fin, et sans aucune réaction. Ses yeux suivirent l’échange suivant passant de l’un à l’autre comme s’ils se passaient une balle invisible au lieux de mots.
Puis, sa colonne vertébrale se glaça d’un coup, partant bu jusqu’à sa nuque, les paroles qui sortaient à présent arrivèrent jusqu’à son esprit, c’était bien d’elle dont il s’agissait, même s’il regardait ailleurs c’est Lynn qui était le centre de la tirade, la malheureuse de son côté fixait un point vide, tout les alentours n’étaient que flous.

Ne vous inquiétez pas, je ne vous ferez rien dont vous n'ayez profondément envie. Mais si à tout hasard une âme perdue s'offre à moi, je puis vous assurer que cela peut se passer sans anicroche. A des lieux de ce que vous venez de vivre. Car la plénitude de l'absolution est destinée à ceux qui s'offrent aux miens de leur plein gré.

Une âme perdue, c’est bien de la pauvre petite folle qu’il parlait chaque mot s’enfonçait comme une épine dans sa chair tandis que son regard vide s’embuait et ses jambes faiblissaient.
De quoi avait-elle envie ?
Les pas de l’ombre se rapprochant d’elle assombrissaient tout autour et sa voix donnait l’impression d’emplir toute la pièce, résonnant sur chaque paroi pour l’assaillir silencieusement encore et encore. Comme autant de bruits sourds qui se multiplient à chaque phrase.
Lynn sentit que la menace se rapprochait d’elle, elle pouvait sentir clairement l’onde d’envie et de délectation qui approchait par sa gauche et au fil de son avancée, l’importance de cette ombre se grossissait et devenait de plus en plus clair.

Je sais me montrer particulièrement doux...

Un visage sortit de la brume liquide qui cachait sa vue un visage au teint blafard, le visage d’un mort, celui de la seule personne qui n’existait plus à présent. Un visage qui la fixait d’un regard pénétrant, et Lynn, à travers ces yeux couleur de l’ambre pouvait voir plus loin, bien plus loin que quiconque en ce moment. Elle n’avait plus contrôle sur les évènements, les avait-elle eu un jour ? Non, je ne crois pas, mais elle était absorbée par ce regard. Il y avait quelque chose caché derrière, et elle sentait l’envie incomparable de savoir de quoi il en retournait. Elle devait savoir.
Un bruit fort et tempétueux s’échappa de l’extérieur, mais enfermée dans cette bulle avec ce seul visage lui faisant face, il ne parvint qu’un léger grondement, comme un coup de tonnerre lointain.

Ne la touches pas !

Tout cela était à présent trop loin et … « externe » que pour avoir un quelconque impact ici.
Cette réplique était vaine à présent, trop tard. Car les paroles coulaient de sa bouche, comme le son apaisant d’un ruisseau, le ton de sa voix prenait des intonations mystérieuses et envoûtantes. Le monde devint cotonneux et isolé, ils était deux et seuls, les battements lents et lourd de son cœur remplirent l’atmosphère.

Petit chaperon rouge, pour entrer dans les ténèbres, il faut accepter la nuit.

La main de l’inconnu saisit ensuite une mèche de ses cheveux rouge feu, ses iris seuls suivirent doucement le geste avec un début d’appréhension, mais l’atmosphère créée par cet homme était étrange, et Lynn tout entière s’enivrait de cette douceur pourtant si dangereuse. Un instant le résonne ment de son cœur accéléra d’un cran. Après ce mouvement, la main quitta sa tignasse pour descendre et se saisir de ses mains qu’il porta à ses lèvres. De retour dans son champ de vision le sang rouge éclatant qui colorait ses mains affolèrent les chocs dans sa poitrine, son regard prit l’expression d’un être traqué et revinrent vers l’homme croisant son regard.

Il faut accepter de perdre aussi...

Puis elle ne le vit plus, elle continuait de sentir sa présence près, tout près, ça n’était pas dérangeant mais sa vision se perdait petit à petit et bientôt elle ne voyait plus rien du tout. L’Ombre flottait, juste là, elle le savait, elle pouvait la sentir aussi clairement que si elle pouvait la voir. Elle ne se cachait pas. Sa voix s’éleva tendrement, lointaine et suivie d’un léger écho qui entonnait doucement cette mélodie enfantine qu’elle se souvenait avoir connue. Silence.

Un, deux, trois... Nous irons au bois...


Lynn se tenait là, debout, raide comme un
réverbère. Tout se passait dans sa tête,
uniquement dans sa tête, les mains toujours
tournées vers sont visage dont les yeux ne
pouvaient quitter l’homme en face.
Il était déjà bien trop tard.


Faiblement le rire d’une petite enfant résonna
mais fut ignoré. Ces paroles, légères et
fluides bercèrent l’enfant perdue qu’elle était,
l’accompagnant dans sa solitude. Meublant le
silence et colorant les ténèbres. Chaque note
avait sa couleur, et Lynn pouvait sentir ces
couleurs et les entendre voler tout autour
dans une danse pleine de volupté. La jeune écervelée
se laissait lentement envoûté par ces choses
et elle s'éloignait sans le savoir, loin,
trés loin au fond d'elle même.
Mais malgré ces charmeuses sensations l’homme
rôdait encore, et semblait de plus en plus
proche, L’ingénue fut peu à peu oppressée,
mais ne réagit pas trop occupé avec ses rêves.
Lourde erreur.


Lynn restait immobile, son regard perdu
semblait vide.
Alors que tous étaient conscient, elle
voyagait seule dans sa tête, au prises de tous
les pièges de sa propre folie.


Quatre, cinq, six... Regarde par ici...


Cette voix ?
L’ancienne internée ouvrit soudain les yeux et
ce qu’elle vit en face d’elle, cette personne, lui
arracha un hoquet de surprise. Alors qu’au
même instant son crâne lui lançait des douleurs
atroces, comme un appel à l’aide. Stop !
La peur et la colére se mélangeaient en elle
alors qu'elle ne pouvait réaliser ce que ses
yeux lui montraient, c'était impossible.
Même une tarée comme elle ne pouvait
croire à ce genre de situations, sauf que ses
sentiments aveuglaient sa logique.


Lynn qui avait lâché ces quelques mots,
porta ses mais à ses tempes dans
un de ses réflexes idiot dont elle avait
le secret, sa respiration devint de plus
en plus saccadée, ses yeux s’emplirent
d’eau tandis qu’elle se crispait et que ses
ongles s’enfonçaient dans sa chaire. On
pourrait croire qu’elle était en train de
perdre la tête, mais cela fait bien longtemps
que c’était déjà je cas !
Le prédateur fut tiré en arrière mais rien
ne changea pour autant. Ce n'était pas
lui qui l'éffrayait à cet instant.
Cléo se tourna vers elle et à son regard
elle ne devait pas avoir vraiment tord.


Elle avait beau être revenue à elle,
rien n'était pareil. Etait-elle donc restée
coincée en elle? Ou bien est ce qu'elle avait
caché qui était sortit? En tout cas ses yeux
lui jouaient de sales tours, elle ne oyait plus
rien que du faux.
Croyez vous qu'elle sache distinguer le vrai?
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MessageSujet: Re: Pour une entrée en matière, c'est une entrée en matière...   

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