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 Orillion [Validé]

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Orillion
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Temps passé à Hollow Dream : Longtemps
Date d'inscription : 05/01/2008

MessageSujet: Orillion [Validé]   Sam 3 Oct - 20:11

Nom: Orillion.

Prénom: Orillion.

Surnom: Orillion.

Rang souhaité: Ombre solitaire.

Age du coma: 22 ans.

Temps passé à Hollow Dream: Longtemps, avant la neige et la pluie.

- en tant qu'humain: Quelques mois.

- en tant qu'Ombre: Le reste.

Ancienne profession: Étudiant.

Description physique: Si vous avez de la chance, la première chose que vous voyez de lui est une silhouette d'à peu près cent quatre-vingt centimètres, d'un poids indéfinissable tant une telle notion semble déplacée sur cette forme éthérée, filiforme, spectrale. Spectral, peut être est-ce aussi ce qui qualifierait au mieux le teint blafard de sa peau à la pâleur uniforme et sans la moindre imperfection contrastant de façon singulière avec ses amples vêtements noir. La perceptible solidité de ceux-ci n'a pas empêché le passage du temps de les effilocher et les déchirer en de multiples endroits, manquant de peu de les changer en lambeaux informes. Vous n'avez toujours pas tourné les talons? Dommage, car vous êtes désormais assez près de lui pour pouvoir contempler son visage. Un visage allongé, émacié, inhumainement lisse et désespérément dépourvu de la moindre expression, encadré d'une cascade de longs cheveux noirs, souples et d'une finesse difficilement concevable, des lèvres aussi décolorée que le reste de son épiderme, et des yeux... Voici qu'ils les lève vers vous, justement: deux pupilles noires, complètement noires, si enfoncées dans leurs orbites qu'elles semble n'être que deux puits sans fond, où, parfois, une éphémère étincelle d'émotion vient éclairer un bref instant l'obscurité sinon totale. Et le voici à présent qui prend la parole, de sa voix grave, traînante et monotone, qui, étonnamment, parvient dépit de sa puissance proche du murmure à atteindre sans encombre votre oreille.

Description morale: Autrefois, un humain qu'avait été Orillion dirigeait ses actions par une détermination maladive doublée d'une insatiable soif de perfection. Plus tard, après avoir perdu ses espoirs et sa volonté en même temps que son humanité, l'Ombre dérangée découvrit à son comportement un nouveau moteur dans la haine compulsive qu'il se voue à lui-même.
Aujourd'hui, Orillion est fatigué. Trop fatigué pour poursuivre encore quelque objectif à présent dépourvu de sens. Trop fatigué pour s'en tenir à un strict comportement venu d'un passé depuis longtemps révolu et oublié. Trop fatigué pour trouver en lui assez de force pour alimenter efficacement sa révulsion autodestructrice qui, bien qu'étant toujours douloureusement présent, ne se fait désormais plus entendre que par un murmure à peine perceptible, un bruit de fond subtil et constant. Les transformations survenus au printemps, combiné au raz-de-marée qui a suivi, a pour l'heure écarté chacun de ces piliers, ne laissant à la place qu'un vide béant pour une Ombre à la dérive : si le terme « Ombre dépressive » a de fortes consonances pléonastiques, il n’en semble pas moins convenir à merveille à Orillion : il survit par simple réflexe, chasse par pur instinct, mais se borne pour le reste à se laisser porter par le courant des évènements, du moins pour l'instant. Cela étant, la nature ayant horreur du vide, il n'est pas dit qu'il se maintienne encore longtemps dans cet état de passivité; quand à savoir ce par quoi celui-ci sera remplacé, cela dépendra sans doute des évènements qui le guideront jusque là. Ce qui, au vu du caractère de la Vallée, n'est pas nécessairement une bonne nouvelle...

Style de combat: Orillion est un prédateur. Contrairement à bon nombre de ses congénères, la torture, physique ou psychologique de proies inoffensives n'a pour lui aucun intérêt; il se contentera en général de poursuivre ce genre de bétail, quitte à l’"aiguillonner" si besoin est, jusqu'à être pleinement rassasié de la peur de celui-ci. Ce genre de poursuite étant terriblement lassant, et la nourriture procurée particulièrement fade, l'Ombre leur préfère instinctivement la chasse au "gros", se soldant en général par un affrontement meurtrier; il peut alors se nourrir des émotions, bien plus "épicées", générées par ce combat, le meilleur morceau étant la fugitive sensation de désespoir inévitablement ressentie par la victime agonisante. Cette sensation incomparable est à ses yeux d'autant plus savoureuse que l'affrontement aura été difficile, c'est pourquoi Orillion cherchera toujours les proies les plus dangereuses (notons que son instinct autodestructeur n'y est probablement pas pour rien).
Au fil de ses traques, Orillion a développé un style qui lui est propre, adaptant ses techniques de Karate à sa nature d'Ombre. Il tire pleinement parti de sa vitesse surnaturelle et de ses réflexes hypertrophiés pour laisser sur place la majeure partie de ses adversaires, enchaînant esquive et blocage, délivrant des attaques dévastatrices sur les parties vulnérables de son adversaire et se désengageant hors de danger l'instant suivant. Il n'utilise en revanche que peu son intangibilité, essentiellement contre les armes à feu ou pour "absorber" une attaque occasionnel. Enfin, la fragilité de son corps d'Ombre est en partie compensée par sa totale insouciance quand à l'état de celui-ci: il ressent effectivement la douleurs et les blessures... Mais, en général, s'en moque totalement, continuant à se mouvoir et à se battre comme si de rien était. Cela peut bien sûr avoir des conséquences désastreuses sur son organisme, mais confère à court terme un avantage considérable.

Autres: Depuis sa transformation en Ombre, Orillion a commencé à oublier la plupart de ses souvenirs antérieurs à son coma, y compris ceux ayant eu un impact sur sa vie dans la Vallée; il a même oublié d'où lui venait son noms.
Au sujet du noms, toujours: LE "L" SE PRONONCE !!!






Histoire:

Un jour normal, quelque part dans la seconde moitié du vingtième siècle, dans un banal hôpital de province, une mère tient pour la première fois son nouveau-né dans les bras. L'accouchement a été douloureux, mais pas plus que d'habitude, et la seule trace qui restera de cet évènement sera une petite note dans un quelconque registre de l'hôpital. C'est ainsi qu'Orillion, ou quel que fut son nom à l'époque, fait son apparition dans le monde d'une façon parfaitement ordinaire.

Les premières années de sa vie furent, pour autant qu'il s'en rappelle, semblables à cette introduction: ordinaires, sans histoire, avec leur lot nécessaire de douleur et de joie. Les premières années d'un enfant banal, anonyme, taciturne et maladroit, noyé dans la masse grouillante de ses semblables. Et s'est ainsi, lentement, sans bruit ni heurt et dans l'indifférence la plus totale, que son esprit commencera à prendre la voie qui guidera ses pas pour le reste de sa vie... Et au-delà.

Rien de spectaculaire ni de remarquable: il sourit moins, se renferme davantage sur lui-même, parle de moins en moins et semble perdre une partie de son insouciance enfantine, mais le phénomène est trop dilué dans le temps pour être réellement alarmant, si bien que personne, pas même lui, ne se rendra réellement compte du changement. Intérieurement, cela débute par une forme d'agacement. Agacement envers lui-même, sa maladresse, sa normalité, son anonymat. S'ensuit l'émergence progressive d'un perfectionnisme maladif, suivant des critères définis par lui-même et, pour aussi divers qu'ils fussent, avaient généralement comme point commun d'être en pratique irréalisables.

A l'age de onze ans, il mets pour la première fois les pieds dans un dojo, en l'occurrence un club de Karate do Shotokan. A l'étonnement de bon nombre de ses proches, qui s'attendait plus ou moins à ce que le frêle et réservé garçon renonce rapidement, celui-ci continue à pratiquer avec son assiduité coutumière. Cette découverte aura également pour conséquence l'émergence d'une nouvelle facette de sa psychologie: un goût marqué, bien que parfaitement inconscient et inavoué, pour le conflit en général, et l'affrontement physique en particulier.

Son caractère taciturne et renfermé ayant enfin atteint sa pleine maturité, ses relations sociales se réduisent rapidement au strict minimum, la plupart des gens préférant s'éloigner de ce garçon trop sérieux, presque sinistre, ou se contentent simplement de l'ignorer. L'adolescent en prit rapidement parti, et e chercha jamais à changer cet état de fait. Du reste, si lui-même ne rechercha pas activement l'affrontement, son attitude eut tôt fait de lui créer nombre d'ennemis, dont les rencontres se soldaient fréquemment par quelques échanges de coups, où l'obstination maladive de l'adolescent, combiné à son entraînement, lui permit rapidement de surclasser la plupart de ses adversaires.

Ce qui ne fut d'ailleurs pas forcément pour le servir, comme aurait pu à l'époque en témoigner ses parents. En effet, si sa vision de lui-même était considérablement éloigné de ses aspirations, celles qu'avaient les personnes qu'il côtoyait l'était plus encore: "asocial", "comportement violent", "agressif", "rejet de l'autorité", "problèmes relationnels"... Une liste qui ne cessa de s'allonger au fil des années, creusant d'autant le fossé séparant progressivement l'adolescent du reste de sa famille. Problème qu'il résolut de la plus efficace des manières, se détachant d'eux autant que possible dès son entrée au lycée ou il rentre à l'internat. Il traversa les trois années suivantes sans même s'en rendre compte avant de s'inscrire dans une université quelconque, loin de sa ville d'origine, rompant au passage les derniers liens qui le rattachait à ses proches.

Il a à présent 22 ans et marche dans un parc quelconque en revenant de ses cours. Le soleil s'était couché depuis deux bonnes heures, et la lumière artificielle des lampadaires, blanche et crue, éclaire son chemin. Il n'a plus que quelques mètres à faire pour atteindre le bloc résidentiel dans lequel il a récemment élu domicile. Mais un bruit retentit, derrière les buissons. Un cri. De peur, de douleur, de désespoir… Il ne sait pas, et de toute façon ça n'a pas d'importance. Il observe les alentours. Deux personnes marchent sur la même allée, mais soit ils n'ont rien entendus, soit ils font semblant de ne pas entendre. Et vu la façon dont ils pressent le pas en direction des maisons, la deuxième solution semble la plus probable. Il les comprend; et de toute manière, ce n'est pas comme s'il avait attendu quoi que ce soit d'eux; mais il n'a pas l'intention de les imiter. sa curiosité, et sa considérable propension à chercher les ennuis, prend sans difficulté le pas sur sa raison, et c'est sans un regard derrière lui qu'il quitte l'allée et s'enfonce dans les ténèbres.

Pendant des années, le souvenir de cette nuit n'aurait de cesse de hanter l'esprit tourmenté d'Orillion; et, même après sa transformation, il demeura convaincu que rien ne parviendrait à estomper ces réminiscences, sinon la mort. Pourtant, aujourd'hui, elles ne se réduisent plus qu'à quelques images floues, quelques vagues sensations. Un combat, comme il y en avait eu tant d'autre auparavant. Des mouvements brusques dans la pénombre, des borborygmes belliqueux se muant en cris de douleurs, un mouvement inattendu, un choc brutal, puis le noir total. Et une lumière blanche... Une odeur d'éther... deux voix s'interpellant... deux vagues silhouettes dans la lumière... La plus infime parcelle de son être envahie par ce sentiment diffus de désespoir, et, pire, d'échec... Les deux voix continuant de retentir dans la lumière... Trop de lumière... Trop de voix... Ferme les yeux. Le silence. Le noir. Le coma.

Hollow Dream.

C'est le chant d'un corbeau qui achève de réveiller Orillion. Lorsqu'il ouvre les yeux, il se découvre au beau milieu d'une clairière, encerclé de toute part par une barrière d'arbres dont les silhouettes hautes et sinistres se détachaient dans la lumière déclinante. Il se redresse, se lève, observe plus avant les environs; et, enfin, résonne dans son esprit la question fatidique: où est-il?

Il n'a cependant guère le temps d'y réfléchir plus longuement: quelques instants plus tard, deux individus émergèrent de l'obscure canopée et se dirigèrent vers lui. D'un simple regard sur ces inconnus, Orillion sut que quelque chose n'allait pas. Tout deux portaient de vieux vêtements sales et usés jusqu'à la corde, par dessus lesquels étaient disposés de façon voyante et aisément accessible un arsenal allant du gourdin improvisé au couteau de chasse en passant par le semi-automatique, en dépit de quoi tout dans leur expression corporelle et leur attitude méfiante évoquait des proies aux aguets. Le premier, un homme aux traits taillés à la serpe, aux tempes et à la barbe grisonnantes, dont les yeux gris semblaient pouvoirs faire fondre la roche par leur seule intensité, s'adressa au jeune homme tandis que le second observait nerveusement les alentours, la main posée sur la crosse d'un 9mm parfaitement entretenu.

Pourquoi les suivit-il? Aujourd'hui encore, Orillion n'est pas certain de le savoir; l'aspect singulier des deux hommes, les talents d'orateur du premier, l'air tendu du second, le fruit de quelque raisonnement minutieux ou plus simplement, et plus probablement, le fait qu'il n'avait rien d'autre à faire. Toujours est-il que ce fut sans la moindre idée de la nature de la vallée qu'il arpentait qu'il accompagna les deux hommes à travers la foret jusqu'au village. Et ce fût bien plus tard, dans la chaleur et la relative sécurité du refuge de ses compagnons d'infortune, que la vérité lui fût révélée. Ce fut là qu'il découvrit qu'une vulgaire bagarre de rue l'avait plongé dans un coma à priori irrémédiable, et que lui furent enseignées les règles de cet infernal terrain de jeu. Mais plus que tout, ce fût là qu'il put se remémorer lesdits évènements, et leurs autres conséquences, aujourd'hui perdu dans les brumes de sa mémoire défaillante, mais qui, à l'époque, fit naître en lui cet inextinguible sentiment de dégoût. Et ce fut sans doute ainsi, dans cette réconfortante demeure, que le destin d'Orillion devint inévitable.

Le soleil commençait à peine à se lever sur un village encore somnolent, aux rues inégales noyées sous une épaisse brume matinale. Ici et là, un mouvement furtif et éphémère venait démentir l'aspect abandonné de l'ensemble, tandis que les premiers humains se préparaient à une nouvelle journée dans cet enfer onirique. Et, à l'orée de la forêt, Orillion tournait le dos à ce spectacle, se dirigeant furtivement en direction de la pénombre persistante s'étendant sous la maigre frondaison. Ses deux anciens guides étaient repartis deux jours plus tôt, et son seul regret était de ne pas pouvoir faire ses adieux, du moins... concernant son départ. Mais il ne peut plus rester. Il ne peut plus supporter la "foule" toute relative du village, ces conversations forcées, ces regards imaginaires, ni surtout les réflexions incessantes que cette inactivité prolongée fait naître inexorablement dans son esprit tourmenté. Il ne peut souffrir davantage cette culpabilité née au creux de son âme lors de cette nuit funeste et croissant progressivement, jusqu'à l'étouffer par sa magnitude. Seul lui reste cet ultime échappatoire, cette fuite en avant, loin de cette sécurité dont il n'a que faire, loin de ces humains qu'il ne peut aider et dont, moins que jamais, il n'est digne d'attendre la moindre aide.

Orillion lui-même a toujours ignoré combien de temps il a exactement passé dans cet état; du reste il s'en moquait complètement. Il y avait le jours et il y avait la nuit, se succédant à intervalle régulier. Toute autre notion temporelle étaient superflue. Il lui fallût apprendre à chasser pour se nourrir, à se prévenir de l'environnement, à se dissimuler des créatures, à demeurer en permanence sur ces gardes. En mouvement, toujours en mouvement, sans jamais s'arrêter, sans jamais s'encombrer de pensées inutiles ou de cette corrosive culpabilité. Peut-être, au fond, fût-ce la période la plus "heureuse" de son séjours dans la vallée, tandis que ses dons naturels et de plus en plus affinés par l'expérience pour passer inaperçu, combinée à une chance insolente et sans cesse sollicitée, lui permirent d'échapper au multiples dangers de la Vallée alors que les journées s'enchaînaient. Mais même l'humain le plus discret ne peut échapper à l'attention du destin, ou de la Vallée, et même la chance la plus insolente finit tôt ou tard par tourner...

Une ombre au milieu des arbres. Un hurlement de prédateur, où se mêlaient hargne et haine en une terrifiante harmonie. Deux éclats mordorés dans la pénombre, encadrés d'un visage d'autant plus monstrueux que des traits humains s'y distinguaient encore, déformés par la colère et par l'exaltation du chasseur. Un corps dangereusement fonctionnel, conçu pour tuer, pour détruire et se repaître du fruit de sa sinistre fonction, se rapprochant, si rapide, si fort... Un combat à mort, une lutte pour la survie... Un maelström indescriptible de coups et de parades... L'éclat sombre du sang sur des griffes d'ivoire... Le goût de la douleur partagée... Le bruit des os brisés, de la chair lacérée, de la haine réciproque... Un mouvement de désengagement, une trêve temporaire mutuellement acceptée... Un calme éphémère au cœur d'un cyclone... Deux regards se croisant... Une lueur d'hésitation dans l'éclat rouge de la colère... Un mouvement de recul... un pas... deux pas... Le dos du tueur... un bruit de course... Un bruit de fuite. La douleur, longue, lancinante... La fatigue... Deux yeux noirs se ferment, un corps tombe, un choc... Une silhouette étendue sur le sol.

C'est un Orillion plus mort que vif qui parvient enfin à rouvrir les yeux. Saignant de plusieurs blessures plus ou moins superficielles, et souffrant de contusion multiple, c'est à peine s'il parvient à se remettre debout. Pourtant, il sait qu'il ne peut rester ici, aussi vulnérable qu'un nouveau né, à la merci de la première créature venue. Alors il se remet en mouvement; pas à pas, titubant, trébuchant, rampant parfois, mais sans jamais s'arrêter ni s'accorder le moindre répit. A plusieurs reprises, il entends le cris des chimères au loin; parfois même croit-il entrapercevoir leurs silhouette se détacher de celles des arbres et des buissons entremêlés: mais ce n'était là qu'illusion née de son esprit affaibli et délirant. Et se fût finalement au terme de ces quelques minutes de calvaire qu'il entrevit enfin son salut, la bouche obscure marquant l'entrée d'une grotte souterraine, et se glissa à l'intérieur.

La grotte était peu profonde, mais il semblait que la lumière du soleil ne puisse jamais y pénétrer. C'est donc dans l'obscurité la plus totale qu'Orillion passa les jours suivant, étendue à même le sol, tandis que ces blessures se cicatrisaient d'elles-mêmes peu à peu. Mais sa fuite en avant était terminée, et dans son esprit perturbé réapparut le dégoût de soi qui l'avait accompagné depuis la nuit fatidique. Pire encore, son dernier combat contre la chimère, et la découverte de sa faiblesse et de sa terrible vulnérabilité dans ce monde, le frappent de plein fouet, venant ajouter un poids supplémentaire à sa conscience affligée. Plus que jamais, il eut conscience de se trouver dans une impasse totale. Et, lentement mais inexorablement, son esprit sombre progressivement dans le désespoir.

Dans le monde réel, un corps parmi tant d'autre est allongé dans le lit d'un banal hôpital de campagne. L’homme ne bouge pas, ne survivrait même pas sans son assistance respiratoire: il est en coma de stade 3. L'homme est dans cet état depuis quelques mois. Mais il y a fort à parier qu'il ne le restera pas très longtemps encore. Les lits viennent à manquer, comme toujours, et si l'homme a bien une famille, celle-ci ne semble pas résolue à s'opposer plus longtemps aux suggestions des médecins. D'ici peu, d'une manière ou d'une autre, une place va se libérer.


Orillion ne sait pas s'il a finalement perdu ce combat contre lui-même, ou s'il a été débranché avant cela, Mais, de toute manière, le résultat fût le même. Un jours, sans surprise ni crainte, il ressentit la douleur envahir son cœur, et les ténèbres s'emparer de son âme. Il sentit ses muscles faciaux se figer, ses blessures se refermer, ses yeux s'altérer, son pouls ralentir, lentement, jusqu'à l'arrêt total. Lorsque enfin la douleur cessa et qu’il sortit de la grotte, il pût contempler sa nouvelle apparence. Les rayons de la lune se reflétaient sur la blancheur immaculée de sa peau . Des vestiges de son combat, il ne restait rien; en fait, il ne restait trace de nulle cicatrice, nulle imperfection sur cette chaire inhumainement lisse. Instinctivement, un mot lui vint à l'esprit: Ombre. La haine qu'il se portait lui-même, elle, ne semblait pas avoir disparu avec son humanité; au contraire, il lui semblait que ce mot, cette nouvelle nature, la ferait vibrer plus intensément que jamais. Mais cela, il s'en préoccuperait plus tard; pour l'heure, il avait bien mieux à faire. Il avait faim.

Il était temps de partir en chasse.

Le temps passa. Obnubilé par son futile combat intérieur, Orillion ne se soucia que peu des intrigues et de la politique, sinon même des habitants eux même, de cette Vallée maudite; il lui fut cependant impossible de ne pas remarquer les mutations qui finirent par secouer les clans: l'arrivée d'une certaine "Mary" et l'apparition d'un clan organisé au sein du bétail, l'émergence d'une improbable alliance entre cette "résistance" et les Chimères de Cold, l'escalade de la tension entre les différentes forces en présence. Et lorsque se déclencha l'inévitable confrontation, Orillion était là, à distance respectable du manoir, admirant le spectacle apocalyptique qui s'offrait à son regard. Puis il y eut la trahison, la course vers l'espoir des humains, celle, désespérée, des créatures, les autres événements dont Orillion ne fit qu'entendre parler...

...Et l'hiver vint.

Orillion contemplait le tas de cendre et la carcasse désormais froide qui se dressait fièrement là ou se situait quelques jours plus tôt la demeure de Vincent et de l'ensemble des Ombres "loyalistes". Ici et là, on pouvait encore apercevoir quelques cadavres calcinés; humains, Chimères, Ombres... Désormais réduites à l'état de silhouettes noircies et méconnaissables, rendues indissociables à l'endroit même où elles s'étaient affronté à mort. De tout cela, Orillion ne s'en souciait aucunement. Tout au plus trouvait-il que cette nouvelle et pitoyable scène s'intégrait mieux au décors que l'ancienne. Mais d'autres évènements occupaient son attention. Il observa, autours de lui, le paysage recouvert de ce manteau d'une blancheur uniforme. Il ressentit vaguement le souffle glacé du vent s'infiltrant dans ses vêtements usés. L'hiver. Après tant de temps, qui aurait pu se douter d'un tel changement? Mais cela lui convenait. Ce froid, cette absence de couleur, cet aspect terne et uniforme, tout cela collait à merveille à son état d'esprit. Et les Bêtes... Des créatures capables de faire mordre la poussière aux puissants chefs de clans… Intéressant. Extrêmement intéressant. Une partie de lui-même souhaiterait vaguement en rencontrer une… Ce noyau de haine et de dégout qui travaillait inlassablement à sa propre destruction. Peut-être serait-ce la meilleure façon de disparaitre... Peut-être n'était-il même pas digne de mourir ainsi... De toute manière, ce ne serait pas à lui d'en décider. Et il semblait que la Vallée ait d'autre projet pour lui.

Un lieu de neige, un lieu de froid... Une forêt recouverte par l'hiver... Deux combattants se faisant face... Un humain, une proie, serrant son arme entre ses doigts raidis par le gel pour mieux oublier sa peur... Une trêve rompue... Deux coups de feu, deux projectiles, si lents, si dérisoires, mordant le vide en traversant leur cible... Un poing fendant l'air, rapide, précis, inexorable... un craquement sec, un bruit d'os broyé... La victime, le visage ensanglanté, du même sang chaud qui coule à présent entre les phalanges du prédateur... Un pistolet qui se relève, Un index tremblant se crispant à nouveau, par désespoir, sur la gâchette... Une arme s'envole, portée par l'impact d'une lourde botte noire... Trois coups, mortels... L'arme achève sa trajectoire et s'écrase au sol, en même temps que son ancien porteur... Quelques spasmes d'agonie... Et puis plus rien. La neige, le froid, les arbres... Le tueur hésite, s'approche, se penche sur le cadavre de sa victime, s'empare de son trophée, et disparaît, son nouveau manteau noir encore maculé de sang flottant dans le vent, laissant derrière lui un adieu définitif... et un 9mm parfaitement entretenu.

Peut-être Orillion, emprisonné dans les replis de son désespoir et de sa propre révulsion, songeait-il vaguement à l'époque que les choses ne pouvaient plus réellement empirer; cela, néanmoins, aurait été bien mal connaître la Vallée. C'est donc sur ces entrefaites qu'arriva le printemps, la pluie et, par dessus tout, ce qui sera considéré par l'Ombre comme la plaisanterie la plus cruelle et retorse que lui ait infligée cette joueuse et perverse entité. Avec cette nouvelle saison, une ancienne ardoise fût momentanément effacée. Sous cette pluie battante, une flamme fût rallumée. Dans un corps onirique, un cœur se remit à battre. Ainsi l'Orillion qui s'éveilla, ce matin là, fût de nouveau ce pathétique humain, empli de faiblesse, de maladresse, d'émotion, d'incompréhension et de cet infime et salutaire noyau d'espoir rougeoyant au creux de son âme.

Cependant, ce n'était là qu'une illusion, un voile opaque jeté devant son regard et qui, rongé par les ténèbres de la vérité, ne mit pas longtemps à se déchirer. Il suffît pour cela d’une journée, une seule journée de marche boueuse, de rencontres impromptues, de pensées parasites et de douloureuses et incompréhensibles réminiscences. A l'aube, un pouvoir incommensurable le fît naître au creux d'une forêt balayée par la pluie, sous un arbre pourrissant. Au crépuscule, quelques propos innocents et une infime tache de sang achevèrent de le faire sombrer, sous les feux d'un soleil couchant, au pied de l'arbre-roi.

Il ignorait ce que sa "renaissance" était censé lui apporter: elle ne fit que le faire sombrer un peu plus dans les abîmes insondables du désespoir, rouvrant des blessures dont il n'avait même pas consciences. Sa première mort avait été acceptée sans surprise et avec la résignation et le fatalisme dans lequel l'avait plongé sa dépression; la seconde lui fût arrachée de la plus cruelle des manières, tel un rêveur extrait brutalement de ses songes pour plonger dans l'enfer de la réalité. L'espace d'un instant, l'humain agonisant eut pleinement conscience de sa nature; de son échec; de la monstruosité qui par sa faute, s'était emparé de son corps; des atrocités commises et acceptée en son noms; du seul avenir qui l'attendait à présent, pion dérisoire et inhumain entre les doigts squelettiques de la Vallée, Ombre.

Puis il redevint cette Ombre, et reprît à nouveau sa macabre errance, marchant, chassant, songeant et se haïssant. Mais jamais ce sentiment ne fût oublié, jamais cette nouvelle blessure ne se referma, pas plus que la profonde lassitude par laquelle elle se traduisit ne se dissipa. Plus que jamais, il portait en lui le mortel désespoir qu'il infligeait à ses victimes. Le déluge lui même, qui vint au terme de cette période funeste et balaya cet univers onirique dans son ensemble, ne fit que confirmer une fois de plus sa conscience de n'être plus qu'un jouet insignifiant manipulé par la Vallée, condamné à être porté par le flot des évènements, jusqu'à être submergé et... Disparaître.

Pourtant, quelque chose, Vallée, Arbre, Destin ou Hasard, décida qu'une fois de plus, Orillion survivrait

Et la fin de cette histoire… Est encore à écrire.

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